Nouvelle-Aquitaine : le réseau électrique obsolète freine la transition énergétique
Réseau électrique obsolète freine transition énergétique Nouvelle-Aquitaine

Nouvelle-Aquitaine : le réseau électrique obsolète freine la transition énergétique

Première région de France en termes de capacité de production d'énergies renouvelables, la Nouvelle-Aquitaine se heurte pourtant aux limites du tout-renouvelable. Face au succès des encouragements pour le photovoltaïque, les postes sources sont saturés et le réseau électrique révèle ses faiblesses structurelles.

Un réseau datant de l'après-guerre

« On a aujourd'hui des réseaux de distribution qui datent de l'après-guerre. » Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, n'a pas manié la langue de bois le 15 février dernier sur BFM TV. Celui qui est aussi ministre de la Souveraineté énergétique s'exprimait quelques heures après la publication de la nouvelle programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).

Ce document-cadre très attendu résume les efforts à venir de la France en matière de transition énergétique. Le ministre a annoncé « 200 milliards d'euros d'investissement dans les réseaux, les lignes à haute tension, ce qu'on appelle le transport d'électricité et la distribution ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des objectifs ambitieux mais des réalités contraignantes

Cette PPE renferme aussi le chiffre de la production photovoltaïque visée à l'horizon 2030. Ces 48 gigawatts (GW) sont en deçà des 54 GW espérés par les professionnels du secteur, mais déjà mieux que les 42 GW envisagés dans le scénario le moins favorable. La production devrait monter crescendo jusqu'à atteindre 55 à 80 GW en 2035.

Selon nos informations, l'État a fixé une cible de 30 GW de renouvelables produits en Nouvelle-Aquitaine à l'horizon 2040. Un chiffre qui associe le photovoltaïque, l'éolien terrestre et l'hydroélectricité. Un comité de pilotage se tenait le mercredi 18 mars pour valider ces objectifs.

La saturation des postes sources

Les élus de Nouvelle-Aquitaine ont assurément surveillé ces publications avec l'espoir d'y trouver une relance de leurs projets communaux. Nombre de collectivités voient en effet leurs ambitieux chantiers arrêtés ou menacés avant même le premier coup de pelle, faute de capacité d'absorption par le réseau électrique.

Plusieurs postes sources sont saturés et ne peuvent plus absorber de nouvelles productions de renouvelables, en Lot-et-Garonne, dans les Landes ou dans les Pyrénées-Atlantiques notamment. Huit postes sources du Béarn et du Pays basque intérieur sont concernés.

La frustration des élus locaux

Les délégués départementaux d'Enedis font le tour des communautés de communes pour inciter les élus à mettre les deux pieds sur les freins. Un moment pas toujours simple, comme lors de cette réunion de la CdC du Béarn des Gaves, mi-janvier, où le cadre d'Enedis a dû expliquer qu'on ne pourrait plus raccorder de producteurs d'énergie supérieurs à 36 kilowatts jusqu'en 2028.

« Vous êtes désolé et moi encore plus, s'est levé le maire de Labastide-Villefranche, Jean-Jacques Lateulère. Il y a deux ans, ici, en conseil communautaire, un représentant de la préfecture nous a demandé d'adhérer à un schéma directeur où il fallait placer tous nos projets de renouvelables. On a avancé nos projets et, là, de but en blanc, on nous dit ''Circulez, il n'y a rien à voir'' ? »

Le maire poursuit : « Cela fait plus de trois ans que j'ai un projet agrivoltaïque dans ma commune. Je ne vous dis pas l'argent investi en études depuis plusieurs années. J'ai l'impression d'être le dindon de la farce. »

Des conséquences financières pour les communes

Comme beaucoup de ses confrères, Jean-Jacques Lateulère compte sur les rentrées d'argent frais récoltées par les taxes et le loyer pour alimenter durablement le budget de sa commune. « Ce qui est sûr, c'est que ça changera la destinée de Labastide pour les trente prochaines années. Quand on a de telles rentrées, on peut construire un budget. C'est beaucoup plus difficile que de compter uniquement sur les dotations de l'État ou l'augmentation de la fiscalité. »

D'autres élus se sont émus de cette annonce difficile à entendre après des années d'encouragement aux projets de renouvelables. Le président de la communauté de communes du Haut-Béarn, Bernard Uthurry, a même écrit au ministre.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

La réalité physique des contraintes

« Le problème est purement physique, souffle le maire sortant d'Oloron. On a fait une telle promotion des énergies renouvelables qu'on a vu fleurir les ombrières photovoltaïques sur les parkings. Avec cette accélération, on se retrouve confronté à l'impossibilité de voir les tuyaux d'Enedis et RTE transporter davantage. On voit défiler en commission de super projets qui ne verront jamais le jour. »

La commune voisine de Lédeuix espère que le nouveau schéma régional libérera le projet de champ photovoltaïque local, 4,5 hectares portés par Enoé, aussi engagé dans les petites communes d'Agnos ou Herrère. « Cela pourrait rapporter 70 000 euros annuels à la commune, souligne encore Bernard Aurisset. Quand vous avez un budget d'1,5 million, c'est très loin d'être négligeable. »