Secours en montagne : la Cour des comptes relance le débat sur la facturation aux usagers
Secours en montagne : vers la fin de la gratuité ?

Secours en montagne : la fin de la gratuité en débat

Depuis la pandémie de Covid-19, les amateurs d'air pur et de sensations fortes affluent vers les massifs montagneux. Cette ruée vers les sommets s'accompagne d'une hausse spectaculaire des interventions des services de secours, mettant sous tension les finances publiques. Dans ce contexte, la Cour des comptes ouvre un débat brûlant : faut-il facturer les usagers pour les opérations de sauvetage en montagne ?

Une explosion des coûts et des interventions

Le principe de gratuité des secours en montagne est ancré dans la loi française depuis une ordonnance royale de Louis XV en 1733. Pourtant, cette tradition séculaire est aujourd'hui remise en question. En 2024, près de 10 000 interventions ont été recensées en France, soit une progression de 18 % par rapport à 2018. Dans les Pyrénées-Atlantiques, par exemple, l'hélicoptère Dragon de la Sécurité civile intervient régulièrement sans demander de paiement aux randonneurs perdus ou aux vététistes blessés.

Cette gratuité généralisée pèse lourd sur les budgets. Le dernier rapport de la Cour des comptes, publié en février 2026, chiffre à 107 millions d'euros le coût global des secours en montagne en 2024. En moyenne, chaque intervention coûte 10 780 euros, une augmentation de 55 % depuis 2012. Ces dépenses incluent le carburant, l'entretien des hélicoptères, et les salaires des secouristes, pilotes, mécaniciens, urgentistes ou maîtres-chiens d'avalanche.

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Les nouvelles pratiques et leurs risques

La randonnée connaît un essor notable, notamment chez les 18-49 ans, avec une hausse de 8 à 10 % depuis 2021. Cependant, cette démocratisation s'accompagne de risques accrus. Les réseaux sociaux attirent parfois des marcheurs mal équipés vers des sites dangereux, comme le lac de Montagnon en vallée d'Aspe, réputé pour ses névés glissants.

Le chef d'escadron Renan Lemetter du Peloton de gendarmerie de haute montagne d'Oloron-Sainte-Marie rappelle que plus de 9 interventions sur 10 sont parfaitement justifiées. Un accident peut survenir même aux randonneurs bien préparés. Pourtant, des comportements insouciants, comme des traileurs en petite tenue à haute altitude, compliquent les missions des secouristes.

La pratique du VTT dans les bike parks est particulièrement pointée du doigt par la Cour des comptes pour son caractère accidentogène. Elle souligne une contradiction : l'État assure gratuitement les secours l'été, alors qu'ils sont payants l'hiver dans les stations de ski, où les communes peuvent facturer les victimes depuis la loi Montagne de 1985.

Les propositions de la Cour des comptes

Face à cette situation, la Cour des comptes préconise plusieurs mesures. Elle appelle à une meilleure sensibilisation du public et à la création d'une force unique d'intervention regroupant pompiers, gendarmes et policiers. Toutefois, cette dernière idée a été écartée par le ministre de l'Intérieur.

La juridiction financière envisage également de facturer totalement ou partiellement les interventions. Cette piste divise les secouristes eux-mêmes. Dominique Lemblé de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers estime que c'est au législateur de trancher, tandis que d'autres craignent que la facturation n'incite les personnes en détresse à retarder leur appel, aggravant ainsi leur état.

Les modèles étrangers et leurs limites

À l'étranger, plusieurs systèmes coexistent :

  • En Lombardie et dans la Vallée d'Aoste en Italie, le remboursement est exigé pour les interventions non justifiées médicalement, basé sur des critères comme le niveau d'équipement.
  • En Suisse, les personnes secourues sont facturées, sauf si elles disposent d'une assurance adaptée.
  • En Autriche, une assurance annuelle de 36 euros couvre les frais, avec parfois une participation forfaitaire selon le type d'intervention.

Cependant, ces modèles impliquent des lourdeurs administratives, avec des recouvrements et du contentieux. La Cour des comptes note que la fin de la gratuité ne garantit pas une responsabilisation accrue des pratiquants, comme le montre la hausse constante des interventions dans les Alpes où les secours sont payants.

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Un débat aux enjeux complexes

La question reste ouverte : qui doit payer pour les secours en montagne ? Alors que les réserves budgétaires fondent comme les glaciers, l'idée de faire contribuer les usagers séduit une partie de l'opinion publique. Pourtant, distinguer le bon marcheur du mauvais est délicat, et les erreurs en montagne sont humaines.

Comme le résume un accompagnateur de Bagnères-de-Luchon : Qui coûte le plus cher à la société : le randonneur qui prend soin de sa santé ou le sédentaire qui grignote devant la télé ? Le débat, loin d'être clos, continue d'agiter les acteurs de la montagne et les institutions.