Le Comité départemental de Voile de l'Hérault (CDV 34) est sorti de son silence. Dans un courrier adressé au président du Département, à celui de l'agglomération sétoise et au maire de Frontignan, avec copie à l'État, il réclame une étude indépendante, transparente et globale pour sortir de l'impasse née de l'interdiction provisoire de la pratique libre du kitesurf, du wingfoil et de la planche à voile sur l'étang d'Ingril. Cette interdiction, prise fin juin par la préfecture maritime de Méditerranée et la mairie de Frontignan, a rompu l'équilibre établi par l'arrêté de 2023 sur le partage des usages du plan d'eau.
Un équilibre rompu par les arrêtés de fin juin
Le président du CDV 34, Bruno Gutierrez, rappelle que le comité ne s'opposait pas aux mesures antérieures : « Qu'il y ait des réserves à l'utilisation de cet espace ne nous pose aucun problème en soi. La diminution par deux des places du parking pour diminuer la surfréquentation du site, et l'arrêté de 2023, qui organisait le partage dans le temps et l'espace du site, étaient de bonnes solutions ». Mais cet équilibre a été rompu par les arrêtés de la préfecture maritime de Méditerranée et de la mairie de Frontignan, interdisant provisoirement la pratique libre de ces sports sur le plan d'eau.
Avant la publication du nouvel arrêté préfectoral, la Fédération de voile avait demandé un rendez-vous à Pierre-Luc Lecompte, en charge du dossier aux Affaires maritimes. Selon Bruno Gutierrez, « la cause était déjà entendue. C'était l'interdiction nette de la pratique libre du kitesurf, du wingfoil et de la planche à voile, au profit de la pêche professionnelle, priorité inscrite dans le Schéma de cohérence territoriale de l'agglomération sétoise ». Aux risques évoqués par la fédération d'une pratique en mer (tramontane, spécificités côtières), l'État opposait d'autres sites pourtant déjà saturés ou interdits : étang de l'Or, Ponant, étang de Thau. « L'impression qui est ressortie de cet échange est que l'État était allé un peu vite en besogne », commente-t-il.
Un provisoire qui pourrait durer
L'arrêté préfectoral, entré en vigueur le 29 juin, a surpris tout le monde avec son régime transitoire. Pour retrouver l'accès au site, les pratiquants devront fournir une étude scientifique sur la capacité de charge du plan d'eau, réalisée par un bureau d'études agréé, et garantissant le maintien des conditions optimales d'exercice de l'activité de pêche professionnelle. Bruno Gutierrez estime que « cette période transitoire ne peut avoir pour seul objectif de laisser les pratiquants s'autoréguler. D'autant que lorsqu'un conflit d'usage concerne plusieurs catégories d'usagers, aucune des parties ne peut être à la fois juge et partie ». Il dénonce « un provisoire fait pour durer ».
Pour le CDV 34, l'État doit plutôt mobiliser les collectivités afin de trouver des solutions. Le comité demande donc une étude indépendante, portée par les collectivités compétentes, en associant tous les acteurs, et axée sur trois volets : l'environnement, avec la préservation de l'étang d'Ingril et de ses écosystèmes ; l'économie, professionnelle, comme touristique et sportive ; et le partage de l'espace et du temps, afin de définir les conditions d'une coexistence organisée, sécurisée et durable des différents usages. Cette réflexion pourrait même s'inscrire dans un cadre plus large sur le développement des activités nautiques sur le littoral héraultais, via la Commission départementale des espaces, sites et itinéraires du Département.
Des réponses encore timides
Les courriers insistent : « L'enjeu n'est pas de choisir entre les pêcheurs et les pratiquants de sports nautiques. Il est de créer les conditions d'une coexistence durable ». Le comité demande à la Ville, à l'Agglo et au Département de se saisir de l'étude et de reprendre les négociations. Seul l'Agglo a répondu, en indiquant son intention de réunir ses services pour étudier la question. Les Fédérations de Voile et de Vol libre préparent, de leur côté, un mémorandum technique commun, qu'elles ne communiqueront qu'une fois invitées à la table des négociations. Une menace subsiste : si la révision du Schéma de cohérence territoriale de l'agglomération sétoise réserve l'étang exclusivement à la pêche, le dossier sera clos.



