Une mutation électorale sur le littoral
Dans plusieurs communes du littoral français, une évolution notable se dessine au sein du corps électoral. Les propriétaires de résidences secondaires choisissent de plus en plus souvent de voter dans la commune où se situe leur bien plutôt que dans celle de leur résidence principale. Cette tendance, bien que progressive, est confirmée par les chiffres et les observations des élus locaux.
Le cas emblématique de Soorts-Hossegor
À Soorts-Hossegor, station balnéaire des Landes où plus de 60 % des logements sont des résidences secondaires, le phénomène est particulièrement visible. Pour 3 970 habitants en âge de voter, on recense un peu plus de 4 200 inscrits sur les listes électorales. « Oui, on a ressenti une petite mutation ces dernières années », reconnaît le maire Christophe Vignaud. Selon lui, ces électeurs supplémentaires ne constituent pas encore un groupe suffisamment massif pour influencer radicalement le résultat des scrutins, mais leur présence modifie la dynamique locale.
Pour beaucoup de ces propriétaires, voter à Soorts-Hossegor donne l'impression que leur bulletin a davantage de poids que dans une grande métropole comme Bordeaux ou Toulouse, où leur voix serait noyée dans la masse. « Certains sont là tous les week-ends, donc ils ont un peu les mêmes besoins que les gens qui vivent ici à l'année : services, commerces, santé… », analyse le maire sortant, qui est également candidat à sa réélection.
Un sentiment de stigmatisation et de manque de considération
Philippe Gelez, autre candidat aux municipales à Soorts-Hossegor, avance une explication à cette inscription croissante. « Le problème, c'est qu'ils ne se sentent pas considérés », affirme-t-il. Les propriétaires de résidences secondaires évoquent des différences de traitement, comme l'accès au stationnement gratuit réservé aux résidents permanents. La récente augmentation de la taxe sur les résidences secondaires a également renforcé ce sentiment d'inégalité, alors qu'ils estiment participer pleinement à l'économie locale.
Olivier Bégué, troisième candidat dans la commune, nuance ce propos. « Ils ne protestent pas tellement contre le montant de la taxe, mais plutôt sur l'utilisation qui a été faite de leur argent », précise-t-il. Selon lui, si les fonds étaient clairement destinés à lutter contre les difficultés de logement, notamment pour les jeunes, leur acceptation serait plus grande.
Moliets, une proportion record de résidences secondaires
À Moliets, autre commune landaise détenant le record départemental de résidences secondaires, la tendance est similaire. La maire Aline Marchand constate une augmentation significative du nombre de votants, passant de 1 088 en 2020 à 1 316 en 2026. Son adversaire, Benoit de Valicourt, souligne l'attachement sentimental de ces propriétaires. « Les gens veulent que leur voix compte, que leur village de cœur ne devienne pas un village à touristes », explique-t-il.
L'augmentation de 60 % de la taxe sur les résidences secondaires en 2024 a été vécue comme une stigmatisation par certains. « Les propriétaires se sont sentis montrés du doigt », regrette Benoit de Valicourt. Il distingue cependant ceux qui louent leur bien toute la saison et ceux qui viennent régulièrement, ces derniers étant de véritables acteurs de l'économie locale.
L'enjeu de l'équilibre territorial
Aline Marchand met en garde contre les déséquilibres potentiels. « Si on ne crée pas un équilibre entre les résidences principales et les secondaires sur la station, on perd les services publics, les commerces, les logements pour les personnes qui travaillent, et on devient un village fantôme », alerte-t-elle. Les aménagements durables réalisés durant son mandat visent justement à valoriser Moliets pour tous, y compris pour les propriétaires qui louent leur résidence secondaire.
Cette évolution électorale reflète une transformation plus profonde des stations balnéaires, qui vivent de plus en plus à l'année. Les propriétaires de résidences secondaires, en s'impliquant davantage dans la vie politique locale, cherchent à préserver l'âme de leurs communes de cœur tout en faisant entendre leurs préoccupations spécifiques. Une mutation à suivre de près, alors que les enjeux de logement et de développement touristique restent au cœur des débats.



