Vallica, village corse en sursis, renaît grâce à son plus jeune maire de 24 ans
Vallica renaît grâce à son maire de 24 ans en Corse

Vallica, le village corse qui défie la désertification grâce à son jeune maire

Au bout d'une petite route escarpée qui serpente à travers le maquis corse et les chênes verts, le village de Vallica se dresse fièrement sur un promontoire dans la vallée de Tartagine, en Haute-Corse. La D463 s'arrête ici, faisant de ce hameau le terminus du Giussani, l'une des régions les plus rurales de l'île, nichée au cœur du massif montagneux à 800 mètres d'altitude.

« Pour vivre ici, il faut y être enraciné, confie avec un sourire Jean-René Castellani, le maire. Nous sommes un peu loin de tout, mais c'est précisément ce qui fait la force et l'authenticité de notre village. » À Vallica, les deux tiers des 28 habitants permanents ont plus de 60 ans selon les données de l'Insee. Pourtant, depuis deux ans, ce minuscule hameau perdu dans la forêt suscite une attention particulière.

Le passage de flambeau générationnel

En décembre 2023, un symbole fort s'est produit : Michelle Antoniotti, 90 ans, doyenne des édiles corses, a passé le flambeau à Jean-René Castellani, un agriculteur et exploitant forestier de 24 ans devenu ainsi le plus jeune maire de Corse. « Devenir maire, j'y pensais, mais pas si tôt, reconnaît-il. Je ne savais pas comment fonctionnait une commune. J'étais détaché de la politique. Mais il fallait donner un nouveau souffle au village. Je suis là uniquement pour ça : faire en sorte qu'il ne meure pas. »

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Loin du découragement qui touche de nombreux maires de petites communes – un tiers d'entre eux ne comptent pas se représenter aux prochaines élections municipales –, Jean-René Castellani briguera un deuxième mandat dans cette commune confrontée à la désertification et aux défis de l'extrême ruralité.

Les réalités d'un village en sursis

La Corse connaît trop bien ces difficultés : 119 communes sur 360 n'atteignent pas une centaine d'habitants, avec une moyenne de seulement 55 âmes. À Vallica, en l'espace d'un siècle, la population a été divisée par dix avec la disparition de l'économie sylvopastorale. « Quand j'étais jeune, il n'y avait aucun enfant, raconte le maire. La plupart des habitants étaient déjà des retraités. Au village, on vit un peu à l'écart du monde, mais l'isolement ne m'a jamais pesé. »

Pourtant, la réalité est implacable : les maisons qui l'entourent sont vides, pour la plupart en indivision ou en ruine. Formé pour devenir technicien à l'Office national des forêts, Jean-René Castellani a finalement opté pour un retour aux sources en créant son entreprise de travaux forestiers à 20 ans.

Une gouvernance de proximité

« On peut dire qu'il donne l'exemple, considère Claudine Colombani, une retraitée installée au village depuis une dizaine d'années. C'est un jeune maire, il amène un peu de fraîcheur. Il fait ce qu'il peut, avec les moyens restreints d'une commune d'une vingtaine d'habitants. Mais il se donne à fond. »

Ici, personne ne donne du « monsieur le maire » au premier magistrat, que nombre d'habitants ont « vu naître ». On l'appelle « Jean-René » sur son téléphone portable, à toute heure du jour et de la nuit. Chaque foyer ou presque est représenté au conseil municipal. « Le village tout entier tient dans une salle, s'amuse le maire. On fonctionne comme une grande famille. »

Le sacerdoce municipal

La tâche relève du sacerdoce avec une indemnité peu motivante : 1 048 euros bruts par mois pour le maire, le plus souvent utilisés au profit du village. La mairie ne peut compter que sur le dévouement d'une secrétaire partagée avec une commune voisine et un agent technique. Généralement, le maire et ses élus mettent eux-mêmes la main à la pâte.

« Il faut savoir tout faire, explique l'édile. Dans la même journée, je peux être sollicité pour des travaux, un conflit de voisinage ou faire une déclaration d'impôt… » Le tout avec un budget annuel très serré de 160 000 euros.

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Les signes d'une renaissance

La mairie organise régulièrement des « journées citoyennes » pour impliquer les habitants dans la restauration d'éléments du patrimoine comme un vieux lavoir ou une aire de battage. Récemment, une vingtaine de personnes ont remis en production, pioches à la main, une parcelle en jachère depuis les années 1930.

« Nous ne pensions jamais revoir cela un jour, confie Jean-René Castellani. À travers des actions comme celle-là, on recrée un peu de vie là où tout semblait perdu. »

La commune porte un projet ambitieux pour la prochaine mandature : un lotissement de six maisons pour installer de nouvelles familles. « La pression immobilière sur le littoral est telle que les gens vont retourner vers l'intérieur, veut croire le maire. C'est devenu trop cher, tout le monde ne pourra pas suivre, mais c'est à nous de leur donner des raisons de venir. »

Une dynamique nouvelle

Les choses évoluent déjà à Vallica. Il y a deux ans, un restaurant-pâtisserie a ouvert ses portes dans la salle des fêtes jouxtant la mairie. Claire Antoniotti, 36 ans, la gérante, a fait le pari de vivre et travailler « au village ». « En ouvrant une affaire ici, on sait qu'on ne sera jamais millionnaire, sourit la jeune femme. Mais on a quand même le sentiment d'apporter quelque chose, un peu de vie, alors qu'avant les gens ne venaient que pour les enterrements… »

Dans ce village corse où la moyenne d'âge dépasse largement les soixante ans, l'arrivée d'un maire de 24 ans et l'ouverture d'un commerce à l'année représentent des signes d'espoir tangibles. Vallica, malgré son isolement et sa petite taille, montre qu'avec du dévouement et des projets concrets, même les villages les plus menacés par la désertification peuvent envisager un avenir.