Analyse du sondage bordelais : une campagne sous le signe de l'incertitude
Frédéric Dabi, directeur général de l'Ifop, dévoile son analyse exclusive du sondage réalisé pour Sud Ouest, LCI et Sud Radio ce mercredi 25 février. Le constat principal est sans appel : l'incertitude règne en maître. Un sondage ne prédit pas les résultats, mais il expose les rapports de force à un instant précis de la campagne électorale.
La stabilité remarquable de Pierre Hurmic
La situation de Pierre Hurmic, maire écologiste sortant, apparaît particulièrement stable comparée à ses homologues de Lyon ou de Strasbourg. Il caracole en tête avec 8 points d'avance, répliquant son score des sondages et du premier tour de 2020. Son implantation est solide sur plusieurs fronts :
- Il séduit fortement les deux extrêmes générationnelles, les jeunes comme les personnes âgées.
- Il perce dans toutes les catégories socioprofessionnelles.
- Il capte même une part significative de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022.
Cette performance survient malgré la concurrence de la liste LFI menée par Nordine Raymond, qui atteint 12%, et malgré la présence, curieusement faible, de Philippe Poutou à 5%.
Thomas Cazenave en position de force, mais fragilisé
Thomas Cazenave, candidat macroniste, devance nettement ses concurrents avec 10 points d'avance dans son camp, un écart qui dépasse la marge d'erreur. Il figure parmi les rares représentants de la majorité présidentielle à réaliser un tel rassemblement dans un sondage local. Cependant, la division au centre droit entrave toute dynamique réelle.
L'effet Dessertine, du nom du candidat dissident de la droite, est bien tangible. Avec 15% des intentions de vote, notamment chez les retraités, pour un candidat qui ne s'est jamais présenté auparavant, son impact est notable. Il s'empare d'un tiers des électeurs de Nicolas Florian en 2020, illustrant une forte volatilité potentielle entre les deux camps de centre droit.
Des épées de Damoclès pour les deux favoris
Pierre Hurmic et Thomas Cazenave possèdent chacun leur vulnérabilité stratégique. Hurmic aurait tout intérêt à ce que la liste LFI ne se qualifie pas pour le second tour. De son côté, Cazenave pâtirait d'un maintien de Dessertine, mais bénéficierait grandement d'un ralliement de ce dernier.
Cette configuration rend l'élection plus incertaine qu'en 2020. Si LFI se maintient et que Dessertine se retire, Cazenave pourrait prendre l'avantage. À l'inverse, si Dessertine persiste, Hurmic en tirerait un bénéfice considérable, avec ou sans la présence du Rassemblement national au second tour.
La droite radicale en difficulté, une quinquangulaire possible
Un fait marquant de ce sondage est la performance cumulée de Julie Rechagneux (RN) et de Reconquête, qui frôle les 10%, contre seulement 3,3% en 2020. Compte tenu de la marge d'erreur (environ 3% pour un échantillon de 700 personnes), la qualification du RN pour le second tour reste une hypothèse crédible.
Toutefois, Dessertine lui grignote un espace précieux, captant 40% de son électorat de 2020. Face à cette alternative pour les électeurs de droite, le RN peine à incarner la radicalité. À plus de quinze jours du scrutin, tout reste possible, y compris une quinquangulaire au premier tour.
Bordeaux demeure la ville écologiste ayant les plus grandes chances d'être conservée par cette famille politique en France, peut-être même la seule. Mais, comme le souligne l'analyse, rien n'est encore joué et la certitude est absente de cette campagne.



