Un rejet massif des deux leaders d'opposition
Selon une enquête exclusive de l'institut Cluster17 pour Le Point, 44 % des Français estiment que ni Jordan Bardella ni Jean-Luc Mélenchon ne seraient crédibles pour diriger le pays en cas de crise grave. Cette perception négative s'étend au scénario d'un duel au second tour, où 41 % des personnes interrogées ne souhaitent la victoire d'aucun de ces deux candidats.
Un problème de légitimité démocratique
Jean-Yves Dormagen, président de Cluster17, analyse cette situation comme révélant un problème de légitimité politique et démocratique. « Dans ce scénario éventuel, une partie importante de la société ne serait pas représentée », explique-t-il, soulignant ainsi une fracture profonde au sein de l'électorat.
Mélenchon et Bardella, deux épouvantails
Pour l'électorat allant de la gauche de gouvernement à la droite modérée, les leaders de La France Insoumise et du Rassemblement National font office d'épouvantails. La perception de Jean-Luc Mélenchon est plus dégradée que celle de Jordan Bardella sur les critères de crédibilité présidentielle et de crainte d'une dérive autoritaire. En revanche, concernant le respect des libertés publiques et de la presse, c'est Bardella qui inquiète davantage, avec 40 % des craintes contre 31 % pour Mélenchon.
La mobilisation des électorats respectifs
Malgré les polémiques, le leader insoumis parvient à mobiliser son socle. Si seuls 24 % des Français souhaitent le voir gagner (contre 34 % pour Bardella), ce chiffre s'élève à 78 % chez ses électeurs de 2022. Mélenchon reste perçu comme celui qui défend le mieux les classes populaires, mais cette tendance s'inverse parmi les répondants ayant un niveau de diplôme de Bac ou inférieur, qui sont près de 50 % à préférer Jordan Bardella.
Un rejet au sein même de la gauche
« Jean-Luc Mélenchon est fortement rejeté dans des groupes de gauche, rappelle Jean-Yves Dormagen. Il ne fédère même pas toute la gauche et a perdu des électeurs chez les sociaux-démocrates. » Ainsi, 37 % des électeurs de Raphaël Glucksmann aux européennes ne glisseraient pas un bulletin LFI dans l'urne.
Le délitement du front républicain
L'un des principaux enseignements de ce sondage est le délitement du front républicain. Si huit électeurs écologistes sur dix et 68 % des sociaux-démocrates voteraient pour Jean-Luc Mélenchon face à Jordan Bardella, 73 % des électeurs Renaissance s'y refusent. Chez Les Républicains, on culmine à 90 %.
Un renversement historique
« Nous ne sommes plus comme en 2002, quand Jacques Chirac faisait 82 % contre Jean-Marie Le Pen. Ce front républicain n'est plus automatique. Une majorité de Français y est aujourd'hui opposée. Ce front n'est demandé que par la gauche et une partie du centre », relève Jean-Yves Dormagen.
Le barrage républicain s'inverse
Plus encore, on assiste à un renversement du barrage républicain pour contrer le candidat LFI. 44 % des personnes interrogées se déclarent prêtes à voter pour Jordan Bardella pour empêcher l'arrivée de Jean-Luc Mélenchon à l'Élysée, dont plus de 70 % des électeurs LR et 32 % des électeurs d'Emmanuel Macron en 2022.
Les réserves de voix et les clivages
Jordan Bardella dispose de réserves de voix importantes. « Le RN est en train de passer le mistigri de la stigmatisation et de la diabolisation à LFI », résume le politologue Pascal Perrineau. Cette confrontation profite ainsi à Bardella, qui unifie les droites et capte une partie du centre, tandis que Mélenchon divise la gauche et est rejeté par le centre.
Un électorat Renaissance profondément clivé
C'est l'électorat Renaissance aux européennes de 2024 qui est le plus clivé sur l'évaluation de la plus grande menace entre LFI et le RN. Quand on leur demande s'ils sont favorables à une alliance allant de LFI à LR pour contrecarrer l'extrême droite, 47 % sont pour et 47 % sont contre. Dans la configuration inverse — une coalition du RN aux écologistes contre LFI —, 54 % soutiennent cette idée et 42 % y sont opposés.
Des choix électoraux encore mouvants
Dernier enseignement majeur : les choix sont loin d'être figés, surtout hors des électorats les plus polarisés aux deux extrêmes de l'échiquier politique. « L'électorat de gauche et centriste, ainsi qu'une grande partie de l'électorat de droite, n'a pas fait son choix pour la présidentielle et attend de voir émerger une nouvelle offre », conclut Jean-Yves Dormagen.
L'électeur tacticien et le vote utile
À un peu plus d'un an du scrutin présidentiel, les électeurs du centre-gauche et du centre-droit sont encore orphelins. L'enquête révèle que l'électeur devient de plus en plus tacticien, intégrant la dimension du second tour dans son vote du premier tour. Plus d'un Français sur deux (54%) serait ainsi prêt à voter utile à la présidentielle, c'est-à-dire à accorder son suffrage à celui ou celle qui a une réelle chance de gagner, si possible pas trop éloigné de ses convictions.



