Violences policières lors des gardes à vue de lycéens : 11 enquêtes ouvertes
Violences policières lycéens : 11 enquêtes ouvertes

Onze enquêtes ont été ouvertes par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », pour des violences imputées à des policiers ayant entraîné de graves blessures lors des interpellations de lycéens. Des avocats d’adolescents placés en garde à vue dénoncent des violences physiques et des « tentatives d’humiliation » qui laissent les mineurs « terrorisés ».

Des témoignages de violences et d'humiliations

Ainoha Pascual, avocate membre de la Legal Team Paris, a assisté trois adolescents à Paris. Elle décrit : « Quand on ouvre la porte » du commissariat, « qu’il y a 47 kg et 1,56 m derrière, c’est spécial comme sentiment ». Elle ajoute : « Je sens qu’ils sont terrorisés ». Selon elle, « une très grande majorité arrive en garde à vue blessés », après avoir « pris des coups de matraque » ou avoir « été tirés au sol ».

Prisca Ancion, du collectif action judiciaire (CAJ), qui a assisté une « petite dizaine » de jeunes en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise, abonde : « On n’a pas une seule interpellation qui se passe sans que les lycéens décrivent une insulte, une gifle, un maintien de la tête au sol, des étranglements ». Elle déplore « qu’il n’y a pas du tout d’adaptation des pratiques » des policiers « par rapport à leur minorité ». Elle affirme aussi que les commissariats sont le théâtre de « violences psychologiques » et d'« insultes racistes ».

Des conditions de garde à vue dénoncées

Dans le sud-ouest de la France, Ludovic Tardy, avocat à Pau, a assisté ce week-end trois mineurs. Il relève : « On parle de mineurs qui ont passé la nuit en geôle sans matelas, sans couverture ». Des interrogatoires tendus, rythmés de sarcasmes, ont également été rapportés. Un policier parisien aurait lancé à un adolescent : « Avoir cours de 8 heures à 18 heures ? C’était pareil pour nous, connard ! », selon son conseil qui témoigne sous couvert d’anonymat pour protéger le mineur.

Des plaintes pour faux en écriture publique à prévoir

La pénaliste Clothilde Legros prédit de « nombreuses plaintes pour faux en écriture publique », une infraction criminelle, « s’il est établi par des vidéos que les procès-verbaux ne correspondent pas à la réalité des opérations policières ». Les avocats s’inquiètent aussi des conditions d’accès à un avocat. Camille Duprié, membre du CAJ, affirme avoir été empêchée d’assister un lycéen, les policiers lui reprochant de « racoler des clients », avant de la contraindre à quitter les lieux. Plusieurs avocats accusent ces entraves de servir à camoufler des dossiers « vides ».

La Conférence nationale des procureurs généraux dément de son côté : « Les parquets ont été saisis sur l’ensemble du territoire de la commission de graves faits de violences contre des policiers ou gendarmes, personnels de l’enseignement ou élèves, et de dégradations par moyens dangereux ». Ces enquêtes de l’IGPN pourraient aboutir à des poursuites disciplinaires ou pénales contre les policiers mis en cause, tandis que les avocats préparent des plaintes pour les mineurs concernés.