L'intersyndicale des sapeurs-pompiers de l'Hérault a présenté, ce lundi 5 octobre à Montpellier, l'ensemble des revendications d'une profession en grande souffrance, lors d'une conférence de presse à l'initiative du député écologiste Jean-Louis Roumégas. Parmi les points clés : un financement pérenne, la reconnaissance du métier comme à risque et une meilleure prise en charge des maladies professionnelles, alors que la profession n'est toujours pas reconnue comme métier à risque.
Une hausse de 15 % des interventions dans l'Hérault
Le capitaine Gassien Gambier (Avenir Secours) et le sergent Sylvain Boutellier (Fédération autonome) ont présenté, au nom de l'intersyndicale de l'Hérault, les différentes revendications des sapeurs-pompiers professionnels. "Ce que l'on demande, c'est un financement pérenne", indique Gassien Gambier. "Rien que cette année, sur l'Hérault, on a connu une hausse de 15 % du nombre d'interventions mais vous vous doutez bien que le budget alloué par le Département (ce sont eux qui assurent généralement les trois-quarts des financements, NDLR) ne peut pas suivre la même courbe."
Un autre dossier d'importance est "la tension opérationnelle", selon Sylvain Boutellier. "Il faudrait pouvoir se recentrer sur les vraies urgences", reprend-il, pointant du doigt de nombreux "transports par carence. Quand on se retrouve, par exemple, à 2 h du matin à faire le taxi médical… Mais si l'on doit prendre en charge la bobologie, il nous faut des moyens humains, matériels et financiers conséquents."
Des fumées toxiques et des PFAS en cause
Ce qui motive ces pompiers professionnels et explique leur mouvement de protestation, "c'est une meilleure reconnaissance de notre santé", poursuit Gassien Gambier. Car l'information peut sembler incroyable mais la profession "n'est pas reconnue comme métier à risque" ! Or, cet été incendiaire en a apporté la preuve : les hommes du feu respirent beaucoup de fumées toxiques, ainsi que des PFAS, ces polluants éternels présents dans certains retardateurs. "On a des cagoules filtrantes mais elles permettent difficilement de respirer lorsqu'il fait des chaleurs extrêmes et qu'il faut produire un effort physique. Même les plus sportifs d'entre nous éprouvent des difficultés."
Si, en 2022, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé l'exposition professionnelle des pompiers comme cancérigène pour l'humain, les maladies professionnelles restent néanmoins tabou au sein des pompiers et sont parfois difficiles à prouver. "Pourtant, relève Sylvain Boutellier, l'incidence des cancers est bien plus élevée dans notre corps de métier."
Une proposition de loi pour moderniser la Sécurité civile
Malgré l'annonce de Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur, lors de la clôture du congrès national des sapeurs-pompiers, qui a promis 1 milliard d'euros sur cinq ans, ce samedi 3 octobre, l'intersyndicale attend encore des réponses. Après une saison de feux d'une ampleur inédite, Jean-Louis Roumégas et les députés du groupe écolo-social ont déposé une proposition de loi relative à la "modernisation de notre modèle de Sécurité civile". "Il s'agit de l'adapter aux nouveaux enjeux face au réchauffement climatique", indique le parlementaire, qui se désole de "l'impréparation générale".
Parmi les principales mesures, "la consolidation du financement, notamment avec l'instauration d'une taxe spéciale sur les contrats d'assurance et la création d'une taxe de séjour affectée aux Sdis (Service départemental d'incendie et de secours)". Selon l'élu écologiste, il faut aussi "revenir à l'âge légal de 55 ans après au moins 20 ans de service pour la retraite et mettre en place une recherche nationale pour trouver des produits moins toxiques pour éteindre les incendies". La proposition de loi devrait être présentée en décembre, lors de la niche parlementaire du groupe.