Lyceens: les policiers azureens denoncent violences et impunite
Lyceens: policiers azureens denoncent violences et impunite

Jean-Luc Bragato, délégué départemental du syndicat Alliance 06, a dressé un constat alarmant de la situation des policiers des Alpes-Maritimes lors des déjeuners Cannes Radio-Nice-Matin, organisés au Bistrot des Anges du Cannet. Accompagné d’Émilie Singama, représentante d’Alliance dans la cité des Festivals, il a dénoncé la violence des mouvements lycéens, une réponse judiciaire jugée insuffisante et une dégradation des conditions de travail.

Des violences inédites lors des mouvements lycéens

« Sur l’ensemble du département, le mouvement des lycées a fortement mobilisé tous les effectifs policiers, y compris les enquêteurs. Il y a eu des dégradations à Nice, Cannes, Antibes, des policiers ont été blessés, il y a eu des jets d’acide, de cocktails molotov et de projectiles divers et variés », a déclaré Jean-Luc Bragato. Il a notamment rapporté le cas d’une collègue à Grasse, qui « effectuait son premier mois de service » et a reçu « un projectile en plein front ». Selon lui, « cette colère est partie un peu dans tous les sens, et malheureusement, les policiers sont toujours pris pour cible ».

Face à des auteurs de troubles à l’ordre public généralement mineurs, les forces de l’ordre ont dû faire preuve d’une « extrême retenue » malgré les provocations. Le syndicaliste appelle les parents à la responsabilité : « manifester est un droit, mais brûler un lycée ou s’en prendre aux forces de l’ordre, c’est autre chose. Et si on jette quelque chose sur un policier, il faut s’attendre à une réponse. »

Un sentiment d’impunité et des parquets inégaux

Jean-Luc Bragato affirme que le mouvement semble « infiltré » par des casseurs extérieurs aux établissements. « Au Lycée du Parc Impérial, une centaine de jeunes qui venaient de l’Ariane ou des Liserons et incitaient à commettre des violences n’étaient pas des élèves », certifie-t-il. Il pointe également une réponse judiciaire souvent insuffisante : « Il se développe malheureusement un sentiment d’impunité, parce qu’il n’y a pas de sanction immédiate pour les fauteurs de troubles, juste des convocations ultérieures, sauf s’ils sont multirécidivistes. »

Le délégué syndical nuance toutefois : « Avec le procureur de la République de Nice, on a néanmoins de bons échanges, et ce dernier a accéléré certaines convocations, il y a eu quelques jugements immédiats. Mais avec le Parquet de Grasse, c’est plus compliqué, car son positionnement semble l’exception de la garde à vue. Même en cas de conduite en état d’ivresse, alors que l’on est un danger sur la route, il n’y a pas de GAV. C’est un mauvais signal. »

Des policiers en colère et des moyens insuffisants

Interrogé sur la cristallisation des colères de la société sur l’uniforme, Jean-Luc Bragato répond : « Oui, c’est vrai. Mais les policiers sont eux-mêmes en colère. Le prix de l’essence nous impacte aussi, certains policiers ont recours à des chèques courses pour manger, et beaucoup de ceux qui viennent sur la Côte d’Azur veulent en repartir. Le Ministère de l’Intérieur nous place dans une situation dangereuse, les policiers sont exposés aux coups et blessures mais malgré plusieurs entrevues, nous ne sommes pas entendus. Nous manquons de moyens, et la volonté politique n’y est pas. »

À Cannes, le maire David Lisnard dénonce régulièrement l’absence d’effectifs sur des zones sensibles comme La Frayère ou Ranguin, touchées par le narcotrafic. Le porte-parole d’Alliance répond : « Le commissaire Haget fait ce qu’il peut avec les moyens dont il dispose, mais si les collègues ne sont pas à La Bocca, c’est qu’ils sont occupés ailleurs, pas en repos au commissariat. Priorité est donnée à la lutte contre les stups, mais aussi aux violences intrafamiliales. À Cannes-La Bocca, on envoie des renforts CRS, mais ce sont des opérations ponctuelles, et les trafiquants s’adaptent toujours, disposent d’énormes réseaux, avec le développement Ubershit de la livraison à domicile, qui complique encore notre travail. »

Un abandon ressenti par les forces de l’ordre

Sous contrôle d’Émilie Singama, Jean-Luc Bragato confesse qu’« il y a une vingtaine d’enquêteurs en moins à Cannes, cette année. Certains se retrouvent avec 500 à 600 dossiers à gérer, c’est une honte, car il y a des victimes derrière ! Cannes n’est pas du tout attractive pour les policiers ; à Grasse le commissariat survit et Antibes est juste le moins mal loti. »

Le syndicaliste conclut sur un profond malaise : « Tous les syndicats sont d’accord pour constater qu’il y a un mal-être dans la police, qu’on n’avait jamais connu auparavant. Pour ma génération, c’était une vocation à vie, alors que les jeunes d’aujourd’hui nous disent qu’ils ne feront pas carrière dans la police. En réalité, les policiers se sentent abandonnés de la République. »