Les interpellations de lycéens mobilisés depuis fin septembre atteignent un niveau inédit. Selon les données communiquées par le ministère de l'Intérieur, 6.547 personnes ont été interpellées en une semaine, dont 87 % de mineurs. Ce chiffre dépasse les bilans des émeutes après la mort de Nahel (3.354 interpellations en dix jours) et les pics des « gilets jaunes » (1.723 interpellations le 8 décembre 2018). Jean-Luc Mélenchon, candidat insoumis à la présidentielle, a estimé sur X que « la surenchère policière est hors de contrôle », évoquant un niveau d'interpellations « plus élevé que pendant mai 1968 et au plus haut niveau depuis octobre 1961 pendant la guerre d'Algérie ».
Un bilan quotidien en hausse depuis fin septembre
Le décompte des interpellations a débuté le mercredi 30 septembre, avec 625 personnes interpellées. Le lendemain, le ministère de l'Intérieur a fait état de 1.949 interpellations, une journée record. Le vendredi 2 octobre, 1.747 personnes ont été interpellées. Après une pause le week-end, 984 interpellations ont été dénombrées le lundi suivant à 18 heures. Le mardi 6 octobre, des professeurs, étudiants, syndicats et parents ont rejoint les lycéens dans plusieurs grandes villes françaises, portant le total à 6.547 interpellations à la fin de la journée.
Sophie Binet a déploré, dans une tribune publiée par Libération, que « jamais depuis Mai 68 un gouvernement n'a répondu de la sorte à une mobilisation lycéenne ». Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS spécialisé dans les questions de police, a confirmé auprès d'Actu : « On n'a jamais vu ça en France. Une réponse aussi violente, alors que nous sommes très loin d'une situation émeutière comme lors des émeutes de 2005 ou de 2023… C'est hors norme ce qu'il se passe. »
Comparaison avec octobre 1961 et Mai 68
Le 17 octobre 1961, des milliers d'Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre-feu raciste imposé par le gouvernement, en pleine guerre d'Algérie. Selon le musée de l'histoire de l'immigration et une proposition de résolution à l'Assemblée nationale, « en quelques heures, plus de 12.000 personnes furent conduites, dans des cars de police ou des bus de la RATP réquisitionnés à cet effet, à l'ancien hôpital Beaujon, à Vincennes, dans la cour de la préfecture de police, au stade Coubertin et surtout au Parc des Expositions ». Ce chiffre ne tient pas compte des personnes mortes ce jour-là lors de cette « sanglante répression », des mots de François Hollande, premier président français à l'avoir reconnue.
Révolution Permanente a affirmé que le nombre d'interpellations du 1er octobre (1.949) est « plus grand nombre d'interpellations en un jour depuis le 17 octobre 1961 ». Le mouvement de Mai 68, quant à lui, a connu des pics de 422 interpellations le 6 mai et 450 le 10 mai, ainsi qu'un pic d'environ 600 personnes lors de l'évacuation de la Sorbonne, selon l'ouvrage Les manifestations de rue en France 1918-1968 de Danielle Tartakowsky. Le bilan total de Mai 68 est estimé entre 4.000 et 5.000 interpellations, un chiffre déjà dépassé par la mobilisation actuelle.
Des données à relativiser
Les comparaisons avec Mai 68 restent approximatives, car le recensement des interpellations tel qu'on le connaît remonte à 2006, lors des manifestations contre le contrat première embauche (CPE). Pour les « gilets jaunes », le pic d'interpellations a été de 1.723 personnes le 8 décembre 2018, lors de l'acte IV, selon les données du ministère de l'Intérieur. Ce bilan a été dépassé les 1er et 2 octobre. Toutefois, la comparaison sur la totalité du mouvement est difficile, car les « gilets jaunes » se sont étendus sur plus de six mois.
Les émeutes après la mort de Nahel, tué par un policier le 27 juin 2023 à Nanterre, ont conduit à 3.354 interpellations en dix jours, selon le bilan définitif du ministère de la Justice, auxquelles s'ajoutent environ 1.000 arrestations a posteriori. Le bilan actuel des blocus lycéens est supérieur. Les données communiquées quotidiennement par les préfectures et le ministère de l'Intérieur montrent une intensité de la réponse policière sans précédent récent, selon les déclarations de la gauche et des organisations syndicales.