Blocus lycées Nîmes : quatre jeunes témoignent de leur colère
Blocus lycées Nîmes : quatre jeunes témoignent

À la veille de la grande manifestation du mardi 6 octobre, quatre jeunes lycéens et étudiants nîmois ont livré à Midi Libre leurs revendications, leurs angoisses et leurs espoirs. Esteban Laussat (terminale générale à Dhuoda), Chiara Gazave (terminale STIDD à Dhuoda), Tom Marteau (1re générale au lycée Daudet) et Jasmine Cereal (étudiante en 2e année de DN MADe mode à Hemingway) dénoncent un état dégradé des établissements, un système Parcoursup inégalitaire et des classes surchargées.

Des lycées qui tombent en ruine

Esteban Laussat décrit un lycée Dhuoda qui « tombe en ruine » : « Il y a des cratères, des endroits qui menacent d'effondrement. Les toilettes sont dans un état pas possible. Les chauffages ne marchent pas en hiver, et avec l'architecture du bâtiment, il fait aussi très chaud l'été. »

Chiara Gazave précise que le bâtiment classé historique n'a jamais été rénové, sauf celui des prépas. « Les coursives s'affaissent et ils ont décidé de poser des étais. On en compte presque plus de 150 dans tout l'établissement », ajoute-t-elle. Elle évoque aussi l'internat, où elle était interne l'an dernier : « On a des fenêtres qui ne s'ouvrent pas : un ami a mesuré, elles s'ouvrent de 12 cm. On ne peut pas rafraîchir la nuit alors que les températures de jour peuvent monter jusqu'à 38 °C. »

À Daudet, Tom Marteau reconnaît que son lycée est « un peu plus préservé », mais il rapporte des fermetures liées à la chaleur : « Un après-midi, le lycée a été fermé car les températures montaient à 35, 36 degrés au troisième étage. » Il mentionne aussi un effondrement de plafond dans la vie scolaire.

Jasmine Cereal, qui a fait sa terminale en bac pro mode, souligne le manque de matériel adapté : « Les chaises pour les machines à coudre ne sont pas du tout adaptées à la couture, donc il y a beaucoup de mal de dos. » Elle évoque également un bâtiment E dont le 2e étage est interdit car « trop dangereux », avec de la moisissure, des pigeons et une suspicion d'amiante.

Parcoursup : un système jugé inégalitaire

Tom Marteau estime que Parcoursup est « un système très inégal » : « Malheureusement, il y a plein de fois où on a des gens qui ont leur bac, de bonnes moyennes, qui travaillent, et qui n'ont pas de débouchés après. »

Chiara Gazave s'interroge : « À partir du moment où c'est un algorithme qui décide de notre futur, il faut se poser des questions. » Jasmine Cereal, bien que boursière, critique la priorité donnée aux boursiers : « Pourquoi un boursier aurait-il droit plus facilement à acquérir des études qu'un autre ? C'est injuste. » Elle raconte avoir été classée devant un camarade ayant une meilleure moyenne pour une formation à La Réunion.

Chiara donne l'exemple de son frère, titulaire d'un BTS en maintenance aéronautique, à qui une spécialisation est refusée car il a un bac général. « Pour Parcoursup, il doit repasser un bac pro », déplore-t-elle. Esteban pointe la hiérarchisation des spécialités dès la première : « Ça ferme plus de portes qu'autre chose. »

Manque de professeurs et classes surchargées

Chiara affirme n'avoir « très rarement vu à Dhuoda un prof remplacé – si je ne veux pas dire jamais ». Elle cite des absences prolongées non remplacées, y compris un congé maternité et un congé paternité annoncé pour décembre. « On passe le bac à la fin de l'année, on a besoin d'avoir des profs ! » insiste-t-elle.

Tom rapporte un cas similaire à Daudet : un professeur absent toute l'année pour raison de santé n'a jamais été remplacé. Jasmine évoque des classes de 40 élèves en terminale, avec certains cours regroupant tout le monde dans une grande salle. Chiara précise que sa classe peut monter jusqu'à 36 ou 38 élèves, une charge difficile à gérer pour les enseignants.

Ces témoignages illustrent les raisons de la mobilisation des lycéens nîmois, qui entendent « défendre leurs droits » lors des prochaines actions.