Italie : un référendum constitutionnel décisif sur la justice
Les Italiens sont appelés aux urnes dimanche 22 et lundi 23 mars pour se prononcer sur une réforme judiciaire profondément clivante. Ce scrutin représente un test politique majeur pour le gouvernement de coalition de la Première ministre Giorgia Meloni, au pouvoir depuis octobre 2022. La réforme, présentée par l'exécutif comme essentielle pour garantir l'impartialité de la justice, est vivement contestée par une large partie de la magistrature qui y voit une tentative de prise de contrôle politique.
Une réforme au cœur d'un bras de fer institutionnel
Le projet de réforme constitutionnel vise principalement à séparer les fonctions de procureur et de juge, actuellement exercées par des magistrats aux parcours professionnels souvent communs. Giorgia Meloni défend cette mesure comme une « étape historique » nécessaire pour éviter toute confusion et préserver l'impartialité, principe cardinal de la Constitution italienne. « Si celui qui t'accuse et celui qui te juge sont deux collègues dont les parcours se croisent, le risque de partialité est réel », a-t-elle argumenté lors du lancement de campagne pour le « oui » à Milan.
Cependant, l'opposition et de nombreux magistrats dénoncent une instrumentalisation politique. En février 2025, plus de 80% des membres de l'Association nationale des magistrats ont observé une grève d'une journée pour protester contre le projet. Le ministre de la Justice Carlo Nordio a qualifié ces critiques de « litanies capricieuses », affirmant que la réforme corrigerait un « mécanisme para-mafieux » au sein du système.
Un second volet tout aussi controversé
La réforme prévoit également la division en deux entités du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'organe de contrôle et de discipline des juges, dont les membres sont élus par leurs pairs et le Parlement. Une nouvelle cour disciplinaire serait créée, suscitant de vives inquiétudes. Pour l'avocat pénaliste Franco Moretti, qui dirige la campagne pour le « non », ce tribunal risque d'être « potentiellement le bras armé de la politique », utilisable pour « régler des comptes » avec les magistrats récalcitrants.
Le contexte est marqué par des tensions persistantes entre le gouvernement d'extrême droite et la magistrature. Meloni et ses ministres ont régulièrement critiqué des décisions judiciaires, notamment sur l'immigration, les jugeant trop clémentes. Bien que les accusations de favoritisme des juges envers la gauche aient culminé sous Silvio Berlusconi, le climat actuel reste particulièrement tendu.
Un enjeu politique aux conséquences potentielles lourdes
Les derniers sondages indiquent une légère avance du « non », l'opposition présentant ce vote comme un référendum sur le gouvernement Meloni. La Première ministre cherche à minimiser l'importance personnelle du scrutin, affirmant qu'« il n'y a aucune possibilité que je démissionne » quel que soit le résultat. Elle souhaite « aller au bout de la législature ».
Pourtant, l'ombre du référendum constitutionnel de 2016 plane. Ce scrutin, rejeté par les électeurs, avait précipité la chute du gouvernement de l'ancien Premier ministre Matteo Renzi. Pour Valerio Valentini, journaliste politique à Il Post, un échec pourrait coûter à Meloni « cette aura d'invincibilité dont elle a bénéficié jusqu'à présent », même si cela ne signifierait pas nécessairement la chute immédiate de son gouvernement.
Au-delà du clivage politique, la réforme ne résout pas les problèmes structurels profonds du système judiciaire italien, notamment la lenteur notoire des procès. Une réforme de 2022 avait déjà réduit la flexibilité entre fonctions de juge et de procureur, limitant à un seul changement durant les dix premières années de carrière. Le référendum des 22 et 23 mars décidera si l'Italie poursuit dans cette voie de séparation radicale, avec des implications durables pour l'équilibre des pouvoirs.



