Référendum judiciaire en Italie : Meloni face à un test politique majeur
Italie : référendum judiciaire, test pour Meloni

Les Italiens appelés aux urnes pour un référendum judiciaire historique

Les citoyens italiens se rendent aux urnes ce dimanche et lundi pour un référendum constitutionnel sur une réforme du système judiciaire initiée par la Première ministre Giorgia Meloni. Ce scrutin, qui ne nécessite pas de quorum de participation, risque de se transformer en véritable test politique pour la dirigeante d'extrême droite, à moins de deux ans des prochaines élections législatives prévues en 2027.

Une réforme jugée indispensable par le gouvernement

Le gouvernement de coalition de Mme Meloni, au pouvoir depuis octobre 2022, considère cette réforme comme essentielle pour garantir l'impartialité et l'efficacité du système judiciaire italien. Dans un message vidéo diffusé cette semaine, la Première ministre a qualifié ce référendum d'« occasion historique de rendre le système judiciaire plus méritocratique, plus responsable, plus efficace ».

La réforme propose deux changements majeurs : la séparation définitive des carrières des juges et des procureurs, et une modification profonde du fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'organe qui supervise tous les magistrats et gère leurs affectations, mutations et promotions.

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L'opposition dénonce une atteinte à l'indépendance judiciaire

Les partis d'opposition, emmenés par Elly Schlein, présidente du Parti démocrate (centre-gauche), voient dans cette réforme une tentative de mainmise du pouvoir politique sur le système judiciaire. « Ce projet de loi mal rédigé affaiblit l'indépendance du pouvoir judiciaire », a déclaré Mme Schlein, critiquant une réforme qui ne s'attaque pas selon elle aux problèmes structurels comme la lenteur des procès ou la surpopulation carcérale.

Plus de 80% des membres de l'Association nationale des magistrats italiens (ANM) se sont opposés à cette réforme, allant jusqu'à participer à une grève d'une journée en février 2025 pour manifester leur désaccord.

Les modifications controversées du CSM

L'aspect le plus polémique de la réforme concerne la transformation du Conseil supérieur de la magistrature. Actuellement, ses membres sont élus par leurs pairs et par le Parlement. La réforme propose de :

  • Diviser le CSM en deux conseils distincts : un pour les juges, un autre pour les procureurs
  • Créer une nouvelle cour disciplinaire composée de 15 membres
  • Modifier le mode de désignation avec trois membres nommés par le président de la République, trois tirés au sort sur une liste parlementaire, et neuf magistrats choisis par tirage au sort

Pour Franco Moretti, avocat pénaliste et chef de la campagne du « non », cette nouvelle cour disciplinaire risque de devenir « potentiellement le bras armé de la politique ». Il craint qu'elle puisse être utilisée « pour régler les comptes avec cette partie du pouvoir judiciaire qui a osé la toucher ».

Un contexte politique tendu

Ce référendum intervient dans un climat politique particulièrement polarisé. L'ex-Premier ministre Silvio Berlusconi était connu pour ses conflits avec la justice, qu'il accusait régulièrement de partialité politique. Giorgia Meloni et ses ministres ont également critiqué à plusieurs reprises des décisions judiciaires qu'ils jugent trop clémentes, notamment en matière d'immigration.

Le ministre de la Justice Carlo Nordio, qui avait qualifié les critiques des juges de « litanies capricieuses », a déclaré lors d'un débat public que la réforme permettrait de mettre fin à un « mécanisme para-mafieux » au sein du système judiciaire. Des propos qui ont suscité la controverse, tout comme ceux de sa cheffe de cabinet Giusi Bartolozzi, qui a évoqué la possibilité de « se débarrasser » des magistrats agissant comme des « pelotons d'exécution ».

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Un scrutin aux enjeux multiples

La complexité technique de la réforme n'a pas empêché les enjeux politiques de dominer le débat. Comme l'a admis Mario Alessi, un directeur commercial romain de 60 ans : « Je vote 'non' parce que je n'aime pas ceux qui soutiennent le 'oui' ». Cette confession illustre comment ce référendum dépasse largement les questions purement judiciaires pour devenir un test de popularité pour le gouvernement Meloni.

La Première ministre a toutefois tenu à recentrer le débat, affirmant que ce référendum porte avant tout sur « la justice », tout en rappelant que « les Italiens qui veulent nous renvoyer chez nous peuvent facilement le faire dans un an », faisant référence aux prochaines échéances électorales.

Des résultats attendus de justesse

Les derniers sondages indiquent que les deux camps sont au coude à coude, promettant un résultat serré. Les bureaux de vote fermeront lundi à 14 heures GMT, avec des résultats attendus dans la soirée. Un échec du référendum constituerait un revers significatif pour Giorgia Meloni, même si elle a exclu catégoriquement toute démission en cas de défaite.

Ce scrutin représente donc un moment crucial pour l'avenir politique italien, où se mêlent questions institutionnelles, enjeux de pouvoir et batailles idéologiques dans un pays qui reste profondément divisé sur la relation entre justice et politique.