Un vent de renouveau souffle sur Saint-Denis avec l'élection de Bally Bagayoko
Dans la halle animée de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, le nom de Bally Bagayoko résonne désormais dans toutes les conversations. Ce mardi, jour de marché, le centre-ville vibre d'un enthousiasme palpable pour le nouveau maire de la deuxième plus grande ville d'Île-de-France. La victoire du candidat insoumis constitue une véritable prouesse, puisqu'il a réussi à sortir le maire socialiste sortant Mathieu Hanotin dès le premier tour de ces élections municipales. Un succès d'autant plus remarquable qu'il intervient après une campagne particulièrement houleuse, marquée par une succession de plaintes et d'accusations entre les deux principaux candidats.
Le « vrai Dionysien » face au « Parisien » : un changement d'ère
« Lui, c'est un vrai Dionysien. Il nous connaît, il nous comprend », se réjouit une habitante, son caddie à la main devant l'étal d'un commerçant. Ses paroles, presque un slogan de campagne, sont accueillies par quelques acclamations. Ce matin-là, les avis négatifs sur le nouvel élu sont rares, même si certains se montrent désintéressés.
« Ça fait du bien », reprend Bineta, 44 ans, en scrutant un étal de poissons. « C'est un enfant du pays, ils nous donnent de l'espoir à tous. » Elle se félicite de voir « la triste parenthèse Hanotin » se refermer, ajoutant avec véhémence : « Lui, il est venu de Paris pour transformer Saint-Denis en un arrondissement de plus. »
Mathieu Hanotin, député socialiste de Seine-Saint-Denis entre 2012 et 2017 avant de devenir maire en 2020, avait mis fin à plus de 70 ans de règne communiste sur la ville en battant le maire sortant Laurent Russier. Pourtant, l'édile a toujours été perçu comme « un Parisien » par une partie des habitants, un qualificatif qui contraste fortement avec l'image de Bally Bagayoko.
Un parcours ancré dans la vie locale
Né dans les Hauts-de-Seine il y a 52 ans, Bally Bagayoko a grandi à Saint-Denis, où il s'est engagé en politique dès 2001 aux côtés du maire communiste de l'époque, Patrick Braouezec. Très impliqué dans la vie de la commune, il est notamment reconnu pour son investissement dans le sport. « Il y a plein de jeunes et même de moins jeunes qui l'ont croisé ou ont œuvré avec lui. On le connaît bien », témoigne Solange, dont le fils a joué au basket dans le club de la ville. Un sport que l'élu, aujourd'hui cadre à la RATP, a pratiqué à un niveau semi-professionnel.
« Il est comme nous, on peut lui parler quand on le croise. C'est un noir qui a grandi dans les quartiers mais il a réussi dans la vie. C'est la preuve qu'on peut s'en sortir et des gens comme lui peuvent nous aider », commente Aymane, 19 ans, qui a voté pour la première fois dimanche, « pour Bally évidemment ».
Des attentes fortes en matière de sécurité et de justice sociale
Avec cet élu qui leur ressemble, issu d'une famille nombreuse ayant vécu en HLM, les habitants de Saint-Denis espèrent enfin être compris. « L'ancien maire se disait de gauche, mais il n'a fait que renforcer la police municipale et parler de sécurité », s'énerve Bineta. « Les gamins ici, c'est pas de plus de la police dont ils ont besoin. » Si elle admet des problèmes et « beaucoup de trafic de drogue », elle estime que ceux-ci relèvent de la responsabilité de la police nationale.
« Les petits, ils sont déjà contrôlés de partout. Peu importe où ils vont, ils sont regardés de travers avant même d'avoir ouvert la bouche. Ils ne trouvent pas de travail à cause de leur nom et de leur adresse sur le CV. Alors ici, ils veulent trouver la paix et avoir des agents de police qui dialoguent et qui sont pédagogues. Pas de la répression à tout-va. Ça Bally le comprend », développe-t-elle. Cette politique sécuritaire est l'un des principaux reproches adressés à l'ancien maire, notamment par Bally Bagayoko lui-même.
Un programme social ambitieux pour répondre aux besoins des habitants
« Hanotin voulait gentrifier Saint-Denis, Bally veut aider les pauvres déjà ici. C'est toute la différence », commente Solange. Dans son programme, Bally Bagayoko propose des mesures concrètes telles que :
- Des kits de rentrée scolaire gratuits
- Le pass Navigo gratuit pour les élèves de primaire et de collège
- Un tarif selon le quotient familial pour les lycéens
- Une mutuelle communale avec des tarifs avantageux
- Une maîtrise des charges et des loyers
- La création d'un statut « parent solo »
Un symbole d'espoir sous haute surveillance
Rémi, 73 ans, originaire du Mali comme le nouveau maire, analyse avec calme cette élection : « Avec tout le désordre politique dans le pays, il va être scruté. Beaucoup vont espérer qu'il échoue. Mais il a les épaules. Il va montrer une belle image de notre ville et son parcours diplômé, sportif. Il est capable de parler dans les bureaux des institutions et à des jeunes sur un terrain de basket. C'est le meilleur exemple à donner aux enfants de l'immigration, le meilleur étendard pour la ville et il donne de l'espoir aux gens. »
Ce mardi, une chose est sûre : les attentes des Dionysiens sont à la hauteur de l'espoir suscité par l'arrivée de Bally Bagayoko à la mairie. La ville observe désormais avec attention les premiers pas de son nouveau maire, dont le parcours et les promesses ont su toucher une population en quête de reconnaissance et de changement.



