Municipales : LFI impose ses alliances au PS, une situation complexe pour la gauche
Municipales : LFI impose ses alliances au PS, une situation complexe

Le temps des tractations municipales : LFI s'impose comme partenaire incontournable

Les urnes ont parlé et le temps des négociations est désormais venu. Au lendemain du premier tour des élections municipales, La France insoumise (LFI) a indéniablement tiré son épingle du jeu. Déjà victorieuse à Saint-Denis, en passe de conquérir d'autres métropoles comme Toulouse ou Roubaix, le parti de Jean-Luc Mélenchon s'installe également comme une force de nuisance déterminante dans de nombreuses villes pour les autres formations de gauche.

Des alliances forcées dans plusieurs grandes villes

À Avignon, Besançon ou encore Toulouse, les Insoumis ne sont pas en position de l'emporter seuls au second tour, mais deviennent des partenaires nécessaires pour battre la droite. « LFI met la gauche dans une situation très complexe politiquement », analyse le constitutionnaliste Benjamin Morel, « et en particulier le Parti socialiste ». Après des mois d'invectives réciproques au niveau national, voici les deux mouvements contraints à la négociation dans de nombreuses communes.

Les stratégies divergent selon les villes, reflétant la situation délicate du Parti socialiste :

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  • À Nantes, un accord a été acté dès lundi soir
  • À Besançon, la maire sortante Anne Vignot (soutenue par PS, PCF et EELV) a annoncé son alliance avec l'Insoumise Séverine Vézies
  • À Avignon, PS et LFI ont officialisé leur rapprochement en milieu de journée
  • À Toulouse, l'union des listes socialistes et insoumises a été scellée au petit matin

Toulouse : laboratoire des nouvelles alliances

Dans la ville rose, François Piquemal (LFI, 27,56 %) fera donc alliance au second tour avec son adversaire socialiste François Briançon (24,99 %), face au maire sortant Jean-Luc Moudenc (37,23 %). Un partage du pouvoir se profile déjà : la mairie pour l'un, la métropole pour l'autre.

« Les tractations n'ont pas été si difficiles que ça », explique Agathe Roby, seconde sur la liste Insoumise. « On a fait campagne sur cette idée d'une union nécessaire et obligatoire pour renverser la droite à Toulouse. » Elle ajoute : « François Briançon a fait un choix de responsabilité, et nous avons fait le choix d'un partage de gouvernement. »

Benjamin Morel souligne cette proximité programmatique : « Les bases militantes peuvent être extrêmement proches à gauche, il y a une porosité sur de nombreux points des programmes. » Un proche d'Olivier Faure confirme cette logique : « Le PS va garder la métropole et exercera une influence sur le territoire. »

Les bastions de la résistance socialiste

Néanmoins, certains bastions socialistes résistent à cette dynamique d'union :

  1. À Paris, Emmanuel Grégoire (arrivé en tête) a déposé une liste inchangée, refusant la main tendue par l'Insoumise Sophia Chikirou
  2. À Marseille, Benoît Payan refuse toute union avec Sébastien Delogu
  3. À Toulouse même, Marc Sztulman, 17e sur la liste de François Briançon, a quitté la liste après la fusion avec LFI

Ce dernier justifie sa décision : « J'ai un certain nombre de valeurs qui sont totalement incompatibles avec ce que LFI défend : l'absence d'ambiguïté sur la question de l'antisémitisme, sur la violence en politique... » Il précise : « François Piquemal n'a jamais pris ses distances avec Jean-Luc Mélenchon, notamment sur ses propos abjects lors de la tuerie devant l'école Ozar-Hatorah en 2012. »

Une situation inextricable pour le Parti socialiste

Pour Benjamin Morel, cette montée électorale de LFI place le PS dans une « situation inextricable » : « S'ils s'allient aux Insoumis, ils ne pourront pas avoir la même latitude critique à leur encontre. C'est bien beau de dire "tout sauf LFI", mais quand votre majorité municipale en dépend, ça devient plus difficile. »

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Le constitutionnaliste développe le dilemme : si les socialistes maintiennent un cordon sanitaire avec les Insoumis, « il y a des villes qui vont tomber aux mains de la droite ». Et Mélenchon pourra alors affirmer : « Regardez, il n'y a pas de victoire possible sans une union de la gauche. Cette union de la gauche, j'en suis le porteur... Les socialistes sont les grands diviseurs. »

La stratégie insoumise et l'ombre de la présidentielle

Jean-Luc Mélenchon a habilement joué la carte du front antifasciste, selon Benjamin Morel : « La rhétorique du front républicain est encore mobilisatrice à gauche. Faire monter un péril d'extrême droite, qu'ils qualifient sans nuance de fasciste, permet d'activer cet imaginaire. »

Un cadre socialiste assume un certain « pragmatisme » : « L'enjeu, au niveau local, c'est de ne pas laisser la ville à la droite. » D'autant que le bureau national socialiste a peu d'influence sur les élus locaux : « Le parti est très féodalisé », précise Benjamin Morel. « La direction n'a pas d'autorité sur eux, parce qu'au niveau national, elle a été d'échec en échec ces derniers scrutins. »

Mais une fois les municipales achevées, l'horizon présidentiel recommencera à occuper les esprits. Pour Benjamin Morel, une union avec les Insoumis coupe le PS « d'un potentiel électorat charnière au centre ». En face, « le pari des Insoumis, c'est qu'en 2027, il y aura un RN susceptible d'atteindre le second tour, et qu'une injonction à l'union dans l'électorat de gauche sera extrêmement forte ».

Les alliances municipales d'aujourd'hui préfigurent donc déjà les rapports de force de demain, dans une gauche française plus divisée et recomposée que jamais.