Le Rassemblement national confronté à son défi historique : l'implantation locale
La critique est passée relativement inaperçue au sein d'un parti encore marqué par l'échec de son « plan Matignon », la présence de candidats racistes et des errements programmatiques. En juillet 2024, au lendemain des élections législatives partielles, Marine Le Pen, pourtant peu encline à l'autocritique, a publiquement appelé le Rassemblement national (RN) à entreprendre son aggiornamento.
Une organisation trop centralisée
« Le RN a toujours été un mouvement très concentré dans son organisation, a concédé la députée du Pas-de-Calais dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Valeurs actuelles. Tout provient du siège, pour le siège et par le siège. Ce dispositif n'est plus possible face à la crise de croissance électorale que nous traversons. »
Marine Le Pen ravive ainsi un sujet aussi ancien que son parti : l'implantation locale, longtemps négligée et devenue un véritable boulet pour une formation qui aspire désormais à accéder au pouvoir.
L'objectif des élections municipales
À l'approche des élections municipales, dont le premier tour est prévu le 15 mars, le président du RN, Jordan Bardella, nourrit l'ambition de conquérir « des dizaines de villes », citant notamment Marseille, Toulon, Nice et Nîmes parmi ses cibles prioritaires.
Pourtant, pendant très longtemps, le Front national (FN) s'était accommodé de son absence de légitimité territoriale. Depuis sa fondation en 1972, ce parti avait pour vocation première de servir les ambitions personnelles d'un homme, Jean-Marie Le Pen.
L'héritage de Jean-Marie Le Pen
Pour le fondateur du FN, un seul scrutin importait réellement : l'élection présidentielle. Depuis le référendum de 1962 instaurant l'élection du chef de l'État au suffrage universel direct, l'ancien député poujadiste considérait toutes les autres échéances électorales comme marginales.
« Nous étions plusieurs autour de lui à considérer que la présidentielle n'était qu'un couronnement, à condition que le corps social soit acquis à nos idées, convaincu par des relais et soutiens locaux, se souvient Bruno Gollnisch, son indéfectible compagnon de route politique. Mais Jean-Marie Le Pen regrettait que cela nécessitât un siècle. Faute d'avoir tout ce temps devant lui, il voulait tout faire basculer par la présidentielle. »
Cette vision centralisée et focalisée sur la seule élection présidentielle a durablement marqué la culture interne du parti, expliquant en grande partie ses difficultés historiques à s'implanter durablement dans les territoires.
Le défi actuel du RN est donc de taille : transformer une structure longtemps pyramidale en un mouvement capable de remporter des victoires locales significatives, condition sine qua non pour prétendre sérieusement à l'exercice du pouvoir national.



