La visite de quatre jours du pape Léon XIV en France, conclue lundi 28 septembre, a provoqué de vives réactions politiques, la droite et l'extrême droite saluant un message axé sur l'identité et les racines chrétiennes du pays, tandis que des experts soulignent que le souverain pontife a aussi mis l'accent sur des valeurs aux antipodes du discours nationaliste.
Des réactions politiques contrastées
L'eurodéputé du Rassemblement national Matthieu Valet a lancé sur le réseau X : "La Renaissance de notre si belle France", accompagnant son message d'une photo de Marine Le Pen souriant à une religieuse, place de la Concorde. François-Xavier Bellamy, vice-président du parti Les Républicains, s'est félicité de voir "cette France qui tient à ses racines, à son identité, à son héritage", tandis que le président des LR, Bruno Retailleau, a renchéri sur les "racines chrétiennes" du pays.
Le président Emmanuel Macron a finalement assisté à la dernière messe du pape lundi à Metz, après une absence très remarquée à celle de samedi à Paris, à laquelle de nombreuses personnalités politiques, du centre à l'extrême droite, étaient présentes. L'Élysée avait à l'origine assuré qu'il n'assisterait à aucune d'entre elles, sa présence en 2023 à celle du pape François à Marseille ayant été vivement critiquée au nom du principe de laïcité.
Une appropriation critiquée par les experts
L'ex-Premier ministre et candidat à la présidentielle Gabriel Attal, présent samedi à la messe, a salué des foules nombreuses illustrant le besoin de "concorde" et de "rassemblement" des Français. Blandine Chelini-Pont, professeure d'histoire contemporaine à l'Université d'Aix-Marseille, résume : "Tout le monde a cherché un peu à tirer la couverture à lui, y compris Jean-Luc Mélenchon qui a expliqué qu'il n'irait pas à la messe (...) tout en insistant sur les textes sociaux du pape et en invitant les croyants de droite à confronter leur choix politique aux enseignements de leur pape."
Selon elle, "cela a alimenté l'appropriation de la visite par le Rassemblement national qui a depuis longtemps instrumentalisé ou récupéré les racines chrétiennes de la France dans sa communication". Le vice-président du RN Sébastien Chenu a démenti toute volonté de "récupération", jugeant aussi que "la laïcité, ce n'est pas l'interdiction d'aller assister à un culte".
Un message axé sur la diversité et l'ouverture
Durant quatre jours, le pape a beaucoup insisté sur la diversité, l'ouverture et la bienveillance envers les migrants, loin du discours à droite de l'échiquier politique, soulignent les experts interrogés. Charles Mercier, directeur d'études et historien du catholicisme à l'École Pratique des Hautes Études à Paris, estime : "Ces quatre jours, c'était une manière de répondre au populisme et aux problèmes d'identité ressentis par un certain nombre de Français."
Selon lui, "les organisateurs ont réussi à faire droit au besoin de reconnaissance de cette identité chez une partie des catholiques" mais aussi à le "détourner du combat civilisationnel (mis en avant par l'extrême droite, ndlr) pour l'orienter vers une ouverture à la diversité".
La laïcité et l'expression religieuse dans l'espace public
Le pape a déclaré au passage qu'une "juste laïcité ne consiste pas à exclure la religion de l'espace public", alors que le RN se dit partisan d'interdire le port du voile islamique dans la rue. Sébastien Chenu a répliqué : "Nous, on combat l'islamisme, on ne combat pas une religion", récusant toute pique envers son camp.
La visite de Léon XIV a donné lieu à des scènes de liesse à Paris et Lourdes. Charles Mercier souligne : "Il arrive dans un contexte nouveau, avec une forme de réveil catholique chez une partie des jeunes et un monde plus anxiogène où il apparaît comme une figure morale importante."