Gérard Larcher réélu président du Sénat, doit composer avec le RN
Gérard Larcher réélu président du Sénat, face au RN

Gérard Larcher a été réélu président du Sénat dès le premier tour du scrutin, jeudi 1er octobre, recueillant 203 voix sur 302 exprimées au Palais du Luxembourg à Paris. Le sénateur des Yvelines, âgé de 77 ans, entame ainsi son sixième mandat à la tête de la chambre haute, qui le conduira jusqu'en 2029.

Une réélection sans opposant majeur

Cette réélection était attendue par la classe politique, qui lui a accordé une nouvelle fois sa confiance. Gérard Larcher n'a eu aucun opposant déclaré lors du vote, à l'exception des présidents des trois groupes de la gauche, minoritaire au Sénat. Son score de 203 voix dépasse largement le périmètre de sa majorité, constituée des Républicains et de l'Union centriste, même si environ quarante sénateurs ont voté blanc.

Ni le groupe macroniste, ni les groupes centristes n'ont présenté de candidat face à lui, pas plus que le nouveau groupe Rassemblement national et ses alliés de l'Union des droites pour la République (UDR), qui se sont abstenus. « On sait très bien qu'on n'est pas en mesure d'obtenir la présidence », a expliqué la présidente du groupe Edwige Diaz, qui en a profité pour annoncer le nouveau nom de son groupe, baptisé Union nationale pour les territoires.

Une première prise de parole scrutée

Après son élection, Gérard Larcher a lancé : « Dans l'esprit de liberté, de responsabilité et de respect mutuel qui est la marque de notre Assemblée, chaque voix sera respectée, j'en serai le garant ». Une déclaration surveillée de près, alors que l'arrivée d'un groupe d'extrême droite dans l'hémicycle constitue une première.

Dans un discours axé sur son projet parlementaire plutôt que sur l'irruption de ce nouveau groupe, il a défendu le Sénat comme « point d'équilibre d'une démocratie que je sens à la peine ». Interrogé par la presse, il a qualifié l'arrivée du groupe RN-UDR de « symbole de l'expression de la démocratie municipale », appelant à « respecter le suffrage universel indirect » issu des élections sénatoriales.

Composer avec le groupe RN

L'élection intervient après la création d'un groupe Rassemblement national et alliés (RN-UDR) de 15 élus, qui fait suite à des élections sénatoriales réussies pour le parti lepéniste, qui ne comptait que trois élus au Sénat avant dimanche. Cependant, l'ambiance au sein du parti a été ternie par les accusations d'antisémitisme visant Jordan Bardella après la publication par Mediapart d'écrits attribués au patron du RN.

Le sénateur LR Roger Karoutchi a salué cette réélection : « Gérard est un président d'expérience. Il a traversé des épreuves, des gouvernements successifs d'orientation politique diverses. C'est le personnage le mieux armé pour faire en sorte que l'arrivée de ce groupe (RN-UDR) soit un événement, et pas une secousse ».

Le bureau du Sénat en question

Gérard Larcher a garanti le respect de chaque sensibilité au sein du bureau du Sénat, sa plus haute instance, où les groupes sont représentés à proportion de leur importance. Alors que la gauche appelle à un « cordon sanitaire » pour empêcher le RN d'accéder à des postes clés comme une vice-présidence, il a rappelé l'existence de « règles qui font fonctionner le bureau ». Il s'est toutefois dit ouvert à certaines modifications du règlement, notant que « la physionomie du Sénat » avait changé.

La présidente du groupe écologiste Mélanie Vogel s'inquiète pour sa part : « Traiter le groupe RN comme un groupe comme les autres, cela participe à sa normalisation ». Elle prépare un courrier pour appeler les autres groupes à empêcher l'accès de l'extrême droite à une vice-présidence.

L'installation du nouvel hémicycle prendra encore quelques jours, les sénateurs ayant jusqu'à lundi pour se rattacher aux différents groupes. L'incertitude demeure notamment au sujet du groupe des Indépendants, à majorité Horizons, dirigé par Claude Malhuret. Plusieurs sources parlementaires s'attendent à le voir perdre des membres après des dissensions internes, alors qu'il comptait 20 élus avant les sénatoriales.