L’Union européenne (UE) doit-elle renouer le dialogue avec la Russie de Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre en Ukraine ? L’épineuse question revient sur la table mais divise aussi les Vingt-Sept, réunis les 18 et 19 juin lors d’un sommet du Conseil européen à Bruxelles.
Revigoré par la signature de son protocole d’accord avec l’Iran, le président américain Donald Trump a fait savoir lors du sommet du G7 à Évian qu’il accorderait davantage d’attention à la résolution du conflit entre l'Ukraine et la Russie. D’autant plus que, sur le plan militaire, Kiev fait plus que résister à l’envahisseur, frappant en profondeur le territoire russe et menant, jeudi 18 juin, l'une des plus importantes attaques de drones sur Moscou depuis 2022.
Des opportunités que les Européens entendent saisir pour retrouver un rôle actif dans ces négociations de paix, là où Donald Trump avait jusqu'ici préféré discuter seul avec Vladimir Poutine. Mais par quels moyens ? Le timing est-il bon ? Et qui devrait mener ces discussions ? Autant d’interrogations qui opposent deux camps distincts parmi les dirigeants européens.
« Personne d’autre que Costa »
L’initiative de réouvrir un canal diplomatique avec Moscou est venue du président du Conseil européen, Antonio Costa, qui représente les 27 États membres. Son chef de cabinet, Pedro Lourtie, se serait entretenu avec des conseillers du président russe Vladimir Poutine, rapporte Politico. Qu'Antonio Costa tende cette main au Kremlin sans en avertir l’ensemble des pays européens a su frustrer quelques capitales.
Malgré tout, plusieurs États membres, dont la Belgique, la Slovénie et l’Autriche, se sont ralliés à sa cause. « Toute démarche susceptible de conduire à une cessation des hostilités et à l’ouverture de négociations doit être bienvenue », a insisté le Premier ministre slovène Janez Jansa. Ces pays plaident pour une négociation menée sous l’égide du président du Conseil européen et ce, de manière unie au nom de l’UE. « La première question est de savoir si Poutine souhaite négocier. D’ici là, personne d’autre que Costa ne peut représenter l’Union européenne », a défendu, à l’issue du sommet, le Premier ministre belge Bart De Wever auprès de Politico. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a aussi soutenu son homologue au Conseil européen.
L’entourage d’Antonio Costa informe que sa décision diplomatique a été encouragée par la demande du président ukrainien Volodymyr Zelensky d'une plus grande implication de l’Europe dans les négociations. À la suite d’un entretien avec Antonio Costa, Volodymyr Zelensky avait déclaré en mai 2026 qu'« il est important pour l'Europe d'avoir une voix forte et une présence dans ce processus, et il convient de déterminer qui représentera précisément l’Europe », rappelle Euronews.
Le format de l'E3 privilégié
Antonio Costa et son équipe ajoutent aussi que ces contacts avec des responsables du Kremlin « avaient pour seul objectif d'établir un canal de communication afin de disposer, le moment venu, d'un canal diplomatique avec la Russie pour défendre les intérêts de l'UE ».
Ce « moment venu » n’est pas encore d'actualité pour le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz. Les deux dirigeants, soutenus par la Pologne, les pays baltes et les pays nordiques, ont critiqué l’approche d’Antonio Costa, jugeant qu’il était encore trop tôt pour parler à Vladimir Poutine. Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à la feuille de route édictée lors du sommet du G7 à Évian, qui vise à augmenter le soutien militaire à l’Ukraine afin de consolider ses avancées sur le front et à sanctionner la Russie.
Surtout, plutôt qu'Antonio Costa envoyé spécial au nom de l’UE, Emmanuel Macron et Friedrich Merz préféreraient le format de l’E3, rassemblant la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, pour mener ces pourparlers. Paris et Londres sont déjà à l’origine de la « coalition des volontaires » pour l’Ukraine. Mais le format E3 pourrait s’étendre à cinq, la Pologne et l'Italie souhaitant aussi participer à ces négociations.



