À quelques jours des élections sénatoriales, prévues ce dimanche 27 septembre, les maires de l'Ouest Hérault se confient à Midi Libre sur les tractations politiques qui agitent le territoire. Treize listes sont en lice pour décrocher l'un des quatre sièges de sénateur de l'Hérault, et les avis divergent sur l'issue du scrutin.
Des maires partagés entre indifférence et intérêt
Pour Philippe Vidal, maire divers gauche de Cazouls-lès-Béziers, ces élections revêtent une importance certaine : « Oui c'est important car les sénateurs représentent les élus. J'ai un regret, c'est que le Sénat manque de poids par rapport à l'Assemblée nationale. »
À l'inverse, Robert Ménard, maire de Béziers, ne cache pas son peu d'enthousiasme : « Ça ne m'intéresse que très peu, c'est exactement tout ce que je n'aime pas avec ce mode de scrutin qui privilégie les grands électeurs. Pourquoi eux et pas les citoyens ? Surtout, cette élection est le règne des partis politiques et des réseaux, c'est tout ce qui me débecte. J'irai simplement voter dimanche, parce que c'est obligatoire. »
Le collège électoral de Béziers compte à lui seul 117 grands électeurs. Robert Ménard a confirmé qu'aucune consigne de vote ne serait donnée, une position partagée par de nombreux maires de l'Ouest Hérault contactés par Midi Libre.
Des candidats jugés « hors-sol » par certains édiles
Au total, 2 729 grands électeurs déposeront leur bulletin à la préfecture de l'Hérault, à Montpellier. Les grandes villes du département pourraient jouer un rôle d'arbitres grâce à leurs réserves de voix. Un maire du territoire confie : « Ménard n'aura pas toutes les voix de Béziers, pareil pour Lopez-Liguori à Agde et, surtout, ils ne seront pas dans l'isoloir pour vérifier ce qu'a voté leur majorité. »
Les têtes de listes ont multiplié les visites dans les mairies pour récolter des voix. Un édile du Biterrois témoigne : « Je les ai tous reçus, je peux vous dire qu'il y en a certains qui sont complètement hors-sol, et d'autres qui ont compris ce que préoccupent les maires. » Philippe Vidal, lui, ironise : « Je pense surtout que c'est le bal des faux culs. Si on les écoute, chaque liste obtiendra entre 1 000 ou 2 000 voix tellement les gens ont promis qu'ils voteraient pour eux. Je ne ferai pas de pronostic mais je pense qu'il y en a qui vont tomber de haut. »
Hussein Bourgi en position de favori, la droite et le RN en embuscade
Selon certains experts, 260 à 280 voix seraient nécessaires pour obtenir un siège. Plusieurs tendances se dessinent parmi les maires héraultais de l'Ouest. L'un d'eux estime : « Hussein Bourgi sera réélu, il n'y a aucun doute là-dessus. Parce qu'il a été partout pendant son mandat, il n'y a pas une fête de village qu'il ne connaisse pas, pas un dossier qu'il ne maîtrise pas. »
La question est de savoir si le score du sénateur socialiste sortant permettra à Julie Frêche, vice-présidente de la Métropole de Montpellier et numéro deux sur sa liste, d'être également élue. Un maire d'une commune ouest héraultaise prophétise : « Ce n'est pas dit. Je pense qu'il y a beaucoup de maires qui se disent qu'Hussein Bourgi va récupérer beaucoup de voix de Montpellier, donc ça ne sert pas à grand-chose de voter pour lui. Ils voteront sans doute plutôt pour Aurélien Manenc, qui est bien ancré dans les Hauts Cantons. Florence Brutus pourrait, elle, profiter du soutien de Bilhac, d'autant qu'elle représente la Région… Et le dernier siège, je pense qu'il sera pour la droite et Joseph Francis grâce à tous ses soutiens dans le Montpelliérain. »
Le Rassemblement national espère également décrocher un siège, avec la députée Manon Bouquin en tête de liste. Aurélien Lopez-Liguori, maire d'Agde et quatrième sur la liste RN, se montre confiant : « Elle a fait une très bonne campagne, qui ne se voit pas puisque cela concerne des grands électeurs. Il y a eu beaucoup de changements à la tête des collectivités qui sont plus sensibles à notre discours et à ce que l'on représente. D'autant que nous sommes en campagne pour la présidentielle, ça pourrait aider à ce que l'on vote pour nous puisque les grands électeurs peuvent être des citoyens qui voteront RN en 2027. C'est leur moment de sortir du bois s'ils veulent être représentés. Et vu l'éclatement des listes, je ne pense pas qu'il faille autant de voix que ça pour être élu, mais plutôt un peu plus d'une centaine. »
Le suspense reste entier pour ces élections sénatoriales, où les équilibres politiques de l'Hérault pourraient être bouleversés.