Scission surprise à Marmande : la rupture entre Jean-Luc Dubourg et le RN dévoilée
Scission à Marmande : Dubourg quitte le RN avant les municipales

Scission politique inédite à Marmande

À quelques jours de la date limite pour déposer les candidatures aux élections municipales, la ville de Marmande se prépare à un scrutin plus fragmenté que prévu. Alors que quatre listes étaient envisagées depuis plusieurs mois, ce sont finalement cinq formations qui s'offriront aux suffrages des Marmandais. Cette situation résulte directement de la scission surprise de la liste du Rassemblement national, survenue jeudi 12 février.

Une alliance qui tourne au conflit

La rupture entre Jean-Luc Dubourg et le RN est le fruit d'une accumulation de mésententes, de vexations et de désaccords internes qui ont transformé des alliés d'hier en adversaires d'aujourd'hui. Pourtant, tout semblait bien engagé pour cette campagne municipale. À l'automne, l'ancien maire centre-droit Daniel Benquet avait annoncé son soutien plein et entier à une liste d'union derrière la bannière du RN et de l'UDR.

« Le rapprochement des mouvements de la droite populaire est inéluctable. Je dois juste ouvrir une voie », prophétisait alors l'ancien maire, faisant ainsi tomber la digue marmandaise entre la droite traditionnelle et l'extrême droite, sans pour autant se porter candidat lui-même.

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Le rôle dévolu à Jean-Luc Dubourg

Le rôle de chef de file a été confié à son ancien adjoint et grand ami Jean-Luc Dubourg, autour duquel s'était constitué un collectif depuis l'été. Cependant, ce n'est que début décembre que le nom de Jean-Luc Dubourg, non-membre du RN, a été officiellement dévoilé pour conduire la liste. Difficile de savoir si cette décision a fait l'objet de débats approfondis en interne avant d'être approuvée par la commission nationale d'investiture du RN.

On sait en revanche que la députée RN Hélène Laporte et Jean-Luc Dubourg n'ont fait connaissance qu'au mois de septembre. Daniel Benquet a alors fait valoir auprès du RN les qualités et la légitimité de son ancien adjoint aux travaux. Mais très rapidement après l'investiture, les chemins ont commencé à diverger de manière significative.

La loyauté au RN mise en cause

En façade, les différents acteurs minimisent l'importance de cette rupture pourtant inédite à moins d'un mois du premier tour. « Il n'y a rien de personnel », entend-on du côté du RN. En réalité, il aura fallu de nombreuses tensions et rivalités pour en arriver à cette situation qui affaiblit l'ensemble des protagonistes.

« Cette décision intervient à la suite de constats objectifs établissant l'incapacité de Monsieur Dubourg à fédérer durablement autour de sa personne », cinglent, le 12 février, Hélène Laporte et Sébastien Delbosq, délégué départemental du RN.

La veille, neuf personnes avaient annoncé qu'elles quittaient la liste Dubourg, dont au moins six encartées au RN et promises aux premières places. Trois autres étaient déjà parties. « Comme Monsieur Dubourg n'est pas encarté, on se retrouvait à soutenir une liste RN-UDR-RPR alors qu'il n'y avait quasiment plus personne du RN », explique Sébastien Delbosq.

« Il nous fallait être loyaux vis-à-vis de nos électeurs », complète la députée, vice-présidente de l'Assemblée nationale, qui a fait de la prise de Marmande une priorité stratégique.

La carte Belacel et les reproches mutuels

Dans ces circonstances tendues, la carte André Belacel, membre du RN depuis quelques mois, s'est imposée comme une alternative. L'ancien policier à la retraite a fait partie des démissionnaires et reproche à Jean-Luc Dubourg son absence lors d'opérations de tractage, ou encore à la parade du festival Mondoclown où les colistiers devaient profiter de l'événement pour faire campagne.

André Belacel n'avait pas non plus apprécié que Jean-Luc Dubourg dévoile le programme sécuritaire dans les médias sans son aval alors qu'il en réclame la paternité intellectuelle. « Il ne fédérait pas du tout. On n'avait pas envie de le suivre. Il y avait plein de choses qui n'allaient pas », constate André Belacel.

« Je ne pouvais pas imaginer que j'allais travailler avec lui pendant six ans alors qu'on n'était déjà pas d'accord au bout de deux mois. C'était impossible », ajoute-t-il avec franchise.

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La version de l'équipe Dubourg

Côté Jean-Luc Dubourg, où l'on a conservé les deux tiers de la liste initiale et le soutien précieux de Daniel Benquet, on déplore « des diktats de partis politiques et des ambitions personnelles », présentés comme les véritables origines de la scission.

« Depuis plusieurs semaines, Monsieur André Belacel, qui avait rejoint tardivement notre collectif, œuvrait pour soustraire à Jean-Luc Dubourg sa place de tête de liste », fait savoir Stéphane Tujas, directeur de campagne et colistier.

Jean-Luc Dubourg n'a pas supporté l'emprise de la puissante machine électorale du RN, « constatant des différences profondes de stratégie et de conduite de campagne ». « Notre légitimité ne viendra jamais d'un tampon parisien ou d'un adoubement de circonstance. Ils auraient préféré un soldat plus malléable », tance, à son tour, Jean-Luc Dubourg.

Une campagne municipale transformée

Le candidat a également recadré ses anciens alliés lorsqu'ils ont attaqué le maire sortant sur la gestion des inondations. « L'heure n'est pas aux polémiques politiciennes, mais bien à la solidarité », défendant ainsi le maire socialiste Joël Hocquelet, dont le pataquès à droite fait à l'évidence les affaires.

Cette scission inattendue transforme complètement la dynamique de la campagne municipale à Marmande. Alors que la Garonne s'apprêtait à recouvrir la plaine de Coussan et à mettre entre parenthèses temporairement la campagne électorale, c'est désormais une bataille à cinq listes qui s'annonce, avec des équilibres politiques profondément modifiés et des alliances redéfinies.