À moins de deux ans de l'élection présidentielle, la guerre des mots fait rage au sein du bloc central. Dans un ouvrage à paraître mercredi 23 septembre, Édouard Philippe, président d'Horizons, s'en prend vertement à Gabriel Attal, son principal rival pour la succession d'Emmanuel Macron. Le maire du Havre qualifie notamment son adversaire de « très immature » et remet en cause son expérience politique, dans une passe d'armes qui illustre les profondes divisions de la majorité.
Des attaques croisées entre prétendants
Depuis plusieurs mois, le camp de Gabriel Attal, qui se dit « meilleur en campagne », instille auprès de la presse une comparaison peu flatteuse pour Édouard Philippe, le caricaturant en un autre Édouard, Balladur. Ce dernier, longtemps favori de l'élection présidentielle de 1995, avait finalement été devancé au premier tour par Jacques Chirac. Une stratégie de déstabilisation à laquelle l'ancien Premier ministre répond désormais par les armes de la petite phrase.
Dans « Le Crépuscule des princes » (Editions du Rocher), écrit par les journalistes Jérémy Marot (AFP) et Pauline Théveniaud (RTL), Édouard Philippe s'agace : « Dire "Je suis meilleur en campagne que lui", ça veut dire quoi ? Il a gagné quelles campagnes ? Trois campagnes législatives, dans les Hauts-de-Seine, avec l'étiquette macroniste. » Une réplique cinglante, qui oublie au passage sa propre promesse de ne « pas tomber dans le ballet des petites phrases ».
Un bilan jugé insuffisant
L'ancien locataire de Matignon poursuit sa charge en comparant son rival à Édouard Balladur : « Balladur, c'était un type qui était élu parisien, qui n'avait jamais été élu local. Ça ressemble beaucoup à Gabriel… » Il souligne également le manque d'expérience gouvernementale de Gabriel Attal, qui n'a « pas fait un an au ministère de l'Éducation » et n'a « jamais fait un budget à Matignon ». Une critique appuyée, qui vise à délégitimer la candidature du député de 37 ans, lequel avait annoncé son intention de se présenter dans l'Aveyron en mai dernier, une annonce qu'Édouard Philippe avoue avoir trouvée « un peu chier ».
De son côté, Gabriel Attal réaffirme dans le même ouvrage sa confiance en ses capacités : « Comme je suis le meilleur en campagne… je ferai le rassemblement. À la fin, ce qui compte c'est celui qui a le plus envie. » Il se targue également d'avoir « une capacité à avoir des positions tranchées qu'(Édouard Philippe) n'a pas ». Une réponse directe aux attaques de son aîné, qui ne cache pas son ambition pour 2027.
Le bloc central en ébullition
Cette confrontation suscite des réactions au sein même de la majorité. Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale (Renaissance), fustige « un combat de coqs » où les candidats « vont tous jouer les gros bras ». Une mise en garde qui n'empêche pas les ambitions de s'exprimer. À l'Élysée, le conseiller en communication du président, Jonathan Guémas, observe avec circonspection « deux TGV lancés à pleine vitesse ».
La question d'une éventuelle entente entre les deux rivaux début 2027 reste posée, alors qu'ils s'étaient fait la promesse de s'entendre. Mais les héritiers d'Emmanuel Macron, engagés dans une guerre de succession sans merci, montrent peu d'empressement à défendre le bilan du président sortant. Édouard Philippe, qui avait marqué les esprits en appelant à une « élection présidentielle anticipée », redit son sentiment d'un second quinquennat « raté », pire, d'un « désastre ».
Le président des Républicains, Bruno Retailleau, a déjà tourné la page : « Le macronisme, c'est Emmanuel Macron tout seul, ce n'est pas un projet. Il s'éteindra à la fin de son dernier quinquennat. » Un constat qui laisse présager une recomposition politique majeure à l'approche du scrutin.



