Deux anciens Premiers ministres, deux approches radicalement différentes
Ils ont tous deux connu l'enfer de Matignon, bien que l'un y soit resté cinq fois plus longtemps que l'autre, et ils sont tous deux candidats potentiels à la prochaine élection présidentielle, même si l'un a déjà déclaré sa candidature tandis que l'autre entretient encore un certain suspense. Au-delà de ces similitudes, Édouard Philippe et Gabriel Attal naviguent chacun à leur manière, avec des stratégies médiatiques bien distinctes. La crise internationale actuelle ne fait que souligner davantage leurs divergences.
Le silence calculé d'Édouard Philippe
Édouard Philippe, qui a occupé le poste de Premier ministre pendant trois années et un mois, le mandat le plus long sous Emmanuel Macron, bénéficie d'une expérience politique solide et d'un réseau international étendu. Depuis son départ de Matignon, il n'a jamais hésité à mettre en avant sa vision géopolitique, notamment en insistant sur la nécessité pour l'Union européenne d'être une puissance respectée. Pourtant, face à l'offensive américano-israélienne en Iran et à l'embrasement du Moyen-Orient, le maire du Havre observe un silence total.
Ce mutisme délibéré s'explique en partie par ses priorités locales. Édouard Philippe doit concilier sa candidature aux municipales du Havre, où il est menacé par le candidat communiste Jean-Paul Lecoq, avec ses ambitions nationales. "C'est un silence délibéré, Édouard Philippe n'est pas un commentateur de plateau mais un homme d'État qui se prépare pour l'élection présidentielle", explique Nathalie Loiseau, eurodéputée Renew et cheffe du pôle Europe/International du parti Horizons. "Les Havrais n’attendent pas de lui qu’il leur parle d’autre chose que du Havre."
Cette stratégie inquiète cependant certains de ses soutiens au sein d'Horizons. Un haut cadre du parti confie, un brin agacé : "Quand vous êtes candidat à la fonction suprême, vous devez monter sur ces sujets-là. D’autant plus qu'Édouard a la stature et la légitimité pour le faire. Mais on a beau lui dire qu'il ne peut pas être invisible, il nous répète qu'il ne faut pas l'attendre sur autre chose que Le Havre…"
L'offensive médiatique de Gabriel Attal
À l'inverse, Gabriel Attal a choisi de multiplier les prises de parole sur la scène internationale. Le plus jeune Premier ministre de la Ve République est actuellement en tournée européenne, rencontrant les chefs d'État et de gouvernement de cinq pays après s'être rendu en Ukraine pour marquer les quatre ans de la guerre d'agression russe. Il enchaîne les plateaux télévisés et les interviews sur le conflit en Iran et au Moyen-Orient.
Dès les premières manifestations réprimées à Téhéran, Gabriel Attal s'était illustré en ne condamnant pas par principe une intervention militaire contre le régime des mollahs. Depuis le début de l'offensive le 28 février, il martèle sa doctrine : "Le droit international ne peut pas être un totem d'immunité pour ceux qui le bafouent matin, midi et soir", a-t-il répété sur France 2. Il remet en cause l'ONU, qualifiée de "guichet humanitaire" et d'"ONG climatique", et appelle à une "nouvelle gouvernance internationale" basée sur les rapports de force entre grandes puissances.
Ces positions radicales contrastent avec celles des diplomates du Quai d'Orsay et de l'Élysée, mais Gabriel Attal joue à fond la carte du renouvellement. Contrairement à Édouard Philippe, il sait qu'il doit encore affirmer sa stature d'homme d'État et son envergure internationale. Sa "nouvelle République" pourrait même devenir le nouveau nom du parti Renaissance.
Deux visions pour 2027
Alors que le monde traverse une période de tensions géopolitiques extrêmes, les deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron dessinent deux visions bien distinctes de la politique étrangère française. Édouard Philippe, prudent et concentré sur son ancrage local, mise sur sa carrure déjà établie. Gabriel Attal, plus offensif et médiatique, cherche à se positionner comme un novateur capable de redéfinir les règles du jeu international.
Leurs stratégies reflètent également leurs situations respectives : l'un doit d'abord assurer sa réélection municipale, l'autre peut se permettre de viser directement l'élection présidentielle. Dans les deux cas, leur approche de la crise au Moyen-Orient révèle des personnalités politiques aux antipodes l'une de l'autre, promettant une campagne présidentielle riche en contrastes.



