Les médias étrangers scrutent les résultats des municipales françaises
Au lendemain des élections municipales, les médias étrangères ont chacun leur interprétation des résultats. Portés par les victoires à Paris, Lyon et Marseille, les socialistes sont mis à l'honneur par la BBC. "Les socialistes français se maintiennent au pouvoir dans les grandes villes, un coup de pouce électoral pour la gauche traditionnelle", titre le média britannique. À l'inverse, pour le quotidien belge Le Soir, "c'est la droite qui s'en sort le moins mal", malgré son "échec cuisant dans la capitale".
Une France écartelée selon la presse internationale
Le journal suisse Le Temps dépeint avec précision la situation en titrant sur "une France écartelée". "Si cet éclatement des résultats permet à chacun de voir midi à sa porte, il peut aussi suggérer une analyse supplémentaire : la population française, agitée par des débats de plus en plus clivants, semble de plus en plus se couper en quatre parts (si ce n'est plus) irréconciliables et bien définies", analyse le quotidien. Il va même jusqu'à souhaiter "bonne chance" au successeur d'Emmanuel Macron en 2027 "pour gouverner un attelage si divergent".
Les extrêmes refroidis par les résultats
Dans ces élections municipales, la presse internationale s'est particulièrement intéressée à la capitale. "Dans un paysage politique très fragmenté, il y a une règle qui semble inébranlable en France : le Parti socialiste tient les rênes de la Mairie de Paris", constatent les Espagnols d'ABC. La BBC souligne quant à elle que Rachida Dati "s'est avérée être une candidate qui divise, et son procès imminent pour corruption aura influencé certains électeurs contre elle".
La BBC estime surtout que cette victoire met en exergue "l'échec des alliances entre la gauche traditionnelle et LFI" alors que les listes d'union gauche/LFI ont été défaites à Clermont-Ferrand et à Brest. "Le baiser des insoumis s'est aussi transformé en baiser du diable pour les Verts à Strasbourg", note Le Soir, alors que la maire sortante écologiste, Jeanne Barseghian, a perdu son mandat malgré son accord avec La France insoumise.
Seule exception notable : la ville de Lyon est considérée comme "un cas à part, parce que le challenger de droite, l'homme d'affaires Jean-Michel Aulas, a mené une mauvaise campagne". La France insoumise remporte cependant "des victoires de premier ordre" selon Die Welt, avec les succès de Saint-Denis et de Roubaix. Insuffisant pour le journal allemand qui estime que "dans un discours peu enthousiaste, Manuel Bompard, chef du parti LFI, a tenté d'embellir les résultats".
Le RN et LFI : des résultats mitigés
Dans son numéro dominical, The Times n'hésite pas à mettre en parallèle les résultats de La France insoumise avec ceux du Rassemblement national. "Dans l'ensemble, les résultats ont été mitigés pour le Rassemblement national d'extrême droite et le parti de gauche radicale La France insoumise", estime le journal britannique. "Les deux ont enregistré quelques avancées, mais n'ont pas réussi à réaliser de percées décisives à l'échelle nationale." Même son de cloche dans les colonnes du Soir : "Alors que l'extrême droite et la France insoumise avaient bombé le torse la semaine dernière, elles ont vu leurs ardeurs refroidies".
D'une manière générale, le Rassemblement national ne sort pas vainqueur de ces élections pour la presse étrangère. "Mitigés" pour le New York Times, ses résultats sont "en demi-teinte" pour ABC qui pointe que, malgré la victoire d'Éric Ciotti à Nice, "le Rassemblement national a essuyé plusieurs défaites cuisantes, notamment sur son terrain, dans le sud-est de la France". Pour El Pais, les défaites de Laure Lavalette à Toulon et Julien Sanchez à Nîmes "sont un coup porté à l'extrême droite dans sa manœuvre pour obtenir des mairies de la côte méditerranéenne".
L'absence remarquée du camp macroniste
Le grand absent de ces élections est le camp macroniste. "Les victoires au Havre et à Bordeaux ont été deux des rares nouvelles positives pour les macronistes", souligne ABC, qui pointe la faible implantation locale de la majorité depuis 2017. "Même l'ancien ministre François Bayrou a perdu à Pau, près du Pays basque", remarque le média espagnol. Pour Le Temps, le journaliste Paul Ackermann a des mots forts : "On notera d'ailleurs qu'une famille politique n'existe plus dans ce paysage : celle du président actuel, le Macronisme." Seul Édouard Philippe sort son épingle du jeu et apparaît comme un candidat sérieux pour 2027.
Une répétition générale avant la présidentielle
À un an de la présidentielle, les municipales apparaissent comme une "répétition générale", comme le titre le quotidien italien La Repubblica. Si ces élections ne permettent pas "de tirer des conclusions directes sur le vainqueur de l'élection présidentielle d'avril 2027" pour Die Welt, elles donnent des indications précieuses sur les alliances possibles, selon le journal allemand. Au Royaume-Uni, la BBC pointe la victoire des "partis traditionnels" sur les candidats "des extrêmes" mais s'inquiète : "que se passe-t-il si - dans un second tour présidentiel - il y a deux candidats des extrêmes ?"
Les analyses convergent vers un constat : la fragmentation politique française s'accentue, rendant la gouvernance future particulièrement complexe. Les médias étrangers observent avec attention cette évolution qui pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières hexagonales.



