Les municipales 2026, un prélude décisif pour la présidentielle 2027
Les élections municipales ne sont traditionnellement pas considérées comme prédictives de la présidentielle qui suit. Cependant, avec un scrutin présidentiel prévu dans un an seulement, le premier tour de dimanche offre déjà des enseignements politiques cruciaux pour 2027. Le paysage se dessine avec des rapports de force en pleine évolution.
Édouard Philippe, la figure montante du centre et de la droite
Le premier enseignement majeur est la position archi dominante qu'occupe désormais Édouard Philippe sur l'arc politique couvrant la droite et le centre. Sa réélection annoncée au Havre, bien que largement acquise, sera perçue comme un succès notable. Des sondages l'avaient brièvement donné en difficulté, rendant sa victoire d'autant plus significative. Son sourire entendu au soir du premier tour en disait long sur sa confiance retrouvée.
On ne peut s'empêcher de penser à François Hollande qui, en 2011, avait lancé avec succès sa conquête de l'Élysée après s'être fait réélire à la tête du conseil général de la Corrèze. Bis repetita ? « Philippe a quinze jours après sa victoire pour se mettre en pole position », presse un habitué de l'Élysée, qui l'encourage à rassembler largement sans se laisser griser. Au sein de la macronie, les plus fins stratèges anticipent déjà un possible ralliement au leader d'Horizons.
La gauche et le RN face à des défis stratégiques
La gauche apparaît en très grande difficulté pour 2027. Il est difficile d'imaginer un candidat de cette famille politique – si l'on peut encore parler de famille – faisant mieux au premier tour que Jean-Luc Mélenchon, qui confirme son statut de tacticien hors pair. En s'alliant à La France Insoumise dans de nombreuses communes, les socialistes sont devenus, de fait, ses obligés.
Du côté du Rassemblement National, toujours favori dans les sondages pour 2027, rien n'est encore tranché. La question de savoir si Jordan Bardella ou Marine Le Pen sera candidat reste ouverte, avec un verdict de justice attendu le 7 juillet. Notons également l'émergence à l'extrême droite de Sarah Knafo, égérie de Reconquête, dont une candidature l'an prochain semble probable.
La droite et le piège de l'union
À droite, le vieux fantasme de l'union des droites semble avoir vécu. Les mains tendues par Jordan Bardella ont été méprisées. Les Républicains goûtent aux délices de l'autonomie stratégique : pas d'alliance avec le RN ni avec la macronie, une position qui fonctionne puisqu'ils maintiennent leur influence dans de nombreuses communes petites et moyennes. « On peut prendre Strasbourg, Besançon et pourquoi pas Paris », espère un dirigeant LR.
Dans ce contexte, l'attitude de Bruno Retailleau, qui refuse de soutenir à Nice le candidat Horizons Christian Estrosi, intrigue. Ce choix risque de faire élire Éric Ciotti et de se fâcher avec Philippe, alors que beaucoup imaginent mal la droite ne pas se rallier à lui au final. « Retailleau a trois possibilités pour 2027 », spécule un ténor de droite : poursuivre sa candidature, se rallier à Philippe, ou basculer vers le RN.
Un paysage politique polarisé
Enfin, ce scrutin municipal a montré que la tenaille LFI-RN était plus forte que jamais. Le scénario d'un second tour de la présidentielle entre les extrêmes n'est plus un fantasme, mais une possibilité sérieuse. Dans les prochaines semaines, ceux qui se déclareront pour l'Élysée, à commencer par Gabriel Attal, devront éviter de passer pour des diviseurs en ajoutant leurs noms à une liste déjà longue de postulants.
Le match annoncé pour 2027 se prépare dès aujourd'hui, avec des alliances fragiles et des stratégies en constante évolution. Les municipales de 2026 auront servi de révélateur puissant des dynamiques à l'œuvre.



