Les municipales 2026, un test crucial pour les alliances à droite
À quatorze mois de l'élection présidentielle de 2027, les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 constituent un premier test d'importance majeure pour ceux qui envisagent une alliance entre Les Républicains (LR) et les formations d'extrême droite. Bien que les rapprochements demeurent pour l'instant sporadiques et localisés, des signaux faibles mais significatifs émergent sur l'ensemble du territoire national, révélant une évolution progressive des lignes politiques traditionnelles.
Des soutiens locaux qui défient la ligne officielle
Plusieurs exemples concrets illustrent cette tendance préoccupante pour la direction des Républicains. À Nice, le député européen LR Christophe Gomart a publiquement affiché son soutien à Éric Ciotti, président de l'Union des droites pour la République (UDR), un parti allié au Rassemblement national (RN). Dans la ville de Colmar, le président de fédération LR Alain Kott apporte ouvertement son appui à une liste conduite par le RN, ce qui lui a valu une suspension rapide de la part de l'appareil du parti.
À Bourg-en-Bresse, la situation est tout aussi révélatrice : la tête de liste Reconquête ! Benoît de Boysson bénéficie du soutien actif de cadres locaux des Républicains, formant ainsi la liste « Bourg ambition » qui mêle allègrement les deux sensibilités politiques. Dans la capitale française, l'adjointe au maire du 17e arrondissement de Paris, Aurélie Assouline (LR), a quant à elle rejoint la campagne de la candidate Reconquête ! Sarah Knafo, créant ainsi un précédent notable dans le paysage politique parisien.
Une stratégie délibérée d'affaiblissement du barrage républicain
Ces initiatives locales ne surviennent pas dans un vide politique. Depuis plusieurs mois déjà, Bruno Retailleau, président des Républicains, et Laurent Wauquiez, chef des députés LR à l'Assemblée nationale, ont sciemment affaibli le traditionnel barrage républicain en optant pour la stratégie du « Tout sauf LFI [La France insoumise] ». Cette position constitue un appel implicite à voter pour l'extrême droite dans certaines configurations électorales précises, marquant ainsi une évolution majeure par rapport au « ni-ni » sarkozyste qui préconisait simplement l'abstention en cas de second tour opposant la gauche au Rassemblement national.
Cette évolution stratégique trouve un écho troublant du côté de l'extrême droite. Jordan Bardella, président du RN, utilise presque les mêmes mots pour appeler à voter pour la droite traditionnelle lorsqu'une candidature mélenchoniste pourrait l'emporter. Bien que ce scénario demeure statistiquement rare lors d'élections municipales, il pourrait créer un précédent délétère à l'approche des échéances nationales plus importantes, notamment la présidentielle de 2027.
La préparation idéologique d'un rapprochement structurel
Marginalisés par neuf années de macronisme et par les succès électoraux continus du Rassemblement national, poussés en outre par des médias conservateurs de moins en moins réticents à l'idée d'une union des droites, les dirigeants de LR ont progressivement fait tomber de nombreux garde-fous idéologiques qui les séparaient traditionnellement de l'extrême droite.
Bruno Retailleau, candidat déclaré à l'élection présidentielle depuis le 12 février, tempête régulièrement contre ce qu'il nomme « le gouvernement des juges », explique sans ambages que l'État de droit n'est « ni intangible ni sacré », et prône une révision constitutionnelle permettant l'organisation de référendums sur la question sensible de l'immigration. À l'Assemblée nationale, Laurent Wauquiez a laissé ses députés programmer une proposition de loi controversée sur la légitime défense des policiers, utilisant un vocabulaire et des thématiques qui rapprochent sensiblement les positions des deux familles politiques.
Le rôle trouble des formations intermédiaires
Dans ce contexte politique en mutation, les formations de l'UDR et de Reconquête !, nettement plus libérales sur le plan économique que le RN traditionnel, font office de sas de décompression entre les deux familles politiques. Elles permettent ainsi à des élus LR, réticents à un rapprochement direct avec le Rassemblement national, de rejoindre plus facilement des listes ciottistes ou zemmouristes sans avoir l'impression de franchir une ligne rouge idéologique.
Ce phénomène se déroule dans une confusion savamment entretenue par certains acteurs médiatiques. Sarah Knafo, qui refuse catégoriquement le qualificatif d'« extrême droite », est ainsi complaisamment décrite dans de nombreux journaux et sur certaines chaînes d'information comme une femme de droite classique, alors même que sa formation politique est entièrement au service d'Éric Zemmour, personnalité condamnée à plusieurs reprises pour « provocation à la haine raciale » et « injures racistes » pour des propos tenus en 2019 et 2023.
Une dissolution plutôt qu'une union
Cette bataille sémantique, soigneusement orchestrée, ne doit cependant pas masquer la réalité politique fondamentale : un rapprochement structurel entre LR et l'extrême droite n'aurait rien à voir avec une « union des droites » vantée à longueur d'interviews par Jordan Bardella. Il aboutirait bien plutôt à une dissolution progressive de l'ex-droite gaulliste dans le creuset de l'extrême droite, avec des conséquences potentiellement irréversibles pour le paysage politique français.
Les fissures apparues dans le rempart républicain pourraient ainsi s'élargir considérablement pendant l'entre-deux-tours des municipales, posant des questions cruciales : assistera-t-on à des fusions de listes dans certaines communes ? Observera-t-on des retraits concertés de candidats de part et d'autre ? Les réponses à ces interrogations dessineront probablement l'avenir des droites françaises à l'approche de la présidentielle de 2027.



