Amélie de Montchalin, à 40 ans, devient la première femme présidente de la Cour des comptes
Amélie de Montchalin accède, à seulement 40 ans, au poste prestigieux de première présidente de la Cour des comptes. Cette nomination, validée en Conseil des ministres le 11 février, marque une nouvelle étape dans une carrière politique fulgurante, débutée en 2017 comme députée de l'Essonne avec la vague En marche. Économiste de formation, diplômée d'HEC et de Harvard, elle a cumulé quatre portefeuilles ministériels – Affaires européennes, Fonction publique, Transition écologique et Comptes publics – avant cette promotion.
Une nomination historique sous le feu des critiques
Première femme à diriger cette institution bicentenaire, chargée de contrôler les deniers publics, elle succède à Pierre Moscovici. Son installation officielle interviendra lors d'une audience solennelle. Cependant, cette désignation fait grincer des dents au sein de l'opposition et parmi certains experts. Les reproches portent principalement sur son jeune âge – le poste est traditionnellement confié à des profils expérimentés en fin de carrière – et sur un risque perçu de conflit d'intérêts, puisqu'elle quitte le gouvernement pour en juger les comptes.
« Si elle reste 28 ans, c'est un peu long quand même. Au bout de dix ans, on finit par s'encroûter ! », souligne François Ecalle, ancien magistrat de la Cour. Le mandat, irrévocable, est théoriquement limité par une retraite à 68 ans. Une source interne à l'institution note aussi le caractère « inhabituel » de cette nomination, rappelant que les conseillers maîtres doivent avoir au moins 45 ans.
Le spectre du conflit d'intérêts et les garde-fous
L'opposition, de La France Insoumise au Rassemblement National, dénonce une situation où la nouvelle présidente serait « juge et partie » sur les budgets qu'elle a contribué à élaborer. François Ecalle reconnaît cette difficulté, notamment pour les comptes de 2025, mais la relativise en invoquant la collégialité des décisions au sein de la Cour.
Pour apaiser les craintes, Carine Camby, première présidente par intérim, a assuré que des mécanismes solides existent. Un collège de déontologie examinera en détail les éventuels conflits d'intérêts d'Amélie de Montchalin dès son arrivée. Celle-ci pourrait aussi « se déporter sur les sujets concernant les comptes 2025 », une mesure jugée salutaire pour la perception extérieure.
Une technocrate respectée, même par ses adversaires
Malgré la polémique, Amélie de Montchalin s'est forgée une réputation de compétence et de rigueur budgétaire. Décrite comme « techno pur jus, soldat en mission » par la sénatrice communiste Éliane Assassi, ou comme « directe, solide et bosseuse » par un élu local, son travail est reconnu au-delà des clivages politiques.
Jérôme Guedj, le socialiste qui l'a battue aux législatives de 2022, la voit comme « l'incarnation de l'orthodoxie budgétaire dans toute sa splendeur ». Même l'Insoumis Éric Coquerel, président de la commission des finances, lui reconnaît « beaucoup de qualités », comme sa technicité et son « toupet ». Jean-Philippe Tanguy (RN) a salué son approche méticuleuse de l'analyse des dépenses.
Un parcours marqué par un seul revers et une ascension rapide
Après des débuts dans le secteur bancaire (BNP Paribas) et l'assurance (Axa), son entrée en politique en 2017 a été suivie d'une ascension rapide. Le seul coup d'arrêt survint en 2022 : battue aux législatives après seulement 45 jours au ministère de la Transition écologique, elle quitta le gouvernement Borne. Rappelée fin 2024 par François Bayrou, elle occupait le poste de représentante permanente de la France auprès de l'OCDE avant cette nomination à la Cour des comptes.
Son entourage souligne son franc-parler et sa constance : « Amélie ne baratine pas. Elle ne change pas de discours selon ses interlocuteurs ». Preuve de son engagement, elle a mené un marathon parlementaire intense d'octobre à janvier, défendant simultanément plusieurs projets de loi financiers et multipliant les interventions médiatiques, week-ends inclus, avec une fermeté courtoise.
Cette nomination, qualifiée par certains magistrats de « faille institutionnelle » dans une tribune du Monde, relance le débat sur l'indépendance des juridictions financières et les conditions de nomination à leur tête. Elle consacre néanmoins une figure majeure du macronisme, dont la carrière continue de défier les conventions.



