Monaco : le président du Conseil national dénonce des freins publics et privés en coulisses
Monaco : freins publics et privés dénoncés par le président

Monaco : le président du Conseil national dénonce des freins publics et privés en coulisses

Déterminé à servir le prince Albert II et satisfait de sa relation avec le ministre d'État de Monaco, le président du Conseil national Thomas Brezzo regrette des freins publics et privés en coulisses. En pleine campagne annuelle #WhiteCard de l'ONG Peace and Sport, il brandit le carton blanc de la paix entre Monégasques dans cet entretien exclusif.

Une erreur de communication politique

À la veille de la reprise des travaux en Assemblée, le président évoque les coulisses des semaines écoulées depuis le vote du budget primitif. Un trimestre où Thomas Brezzo a dû enregistrer deux défections dans sa majorité et un début de polémique. Le 6 mars, il rompait avec la tradition de non-ingérence de la Principauté, en apparaissant sur scène lors du meeting de la future maire de Menton, Alexandra Masson. Une séquence qui a interloqué à Monaco, d'autant que le leader du Rassemblement national, Jordan Bardella, a salué son « ami le président du Conseil national de Monaco » au micro.

« C'était une erreur », reconnaît Thomas Brezzo, qui justifie sa présence « à titre privé ». « J'avais prévu d'y aller avant même que Bardella ne soit annoncé, pour soutenir une amie, une députée qui a toujours tenu compte des intérêts de Monaco. Ma place ne devait pas être là mais il y a eu un changement de dernière minute dans l'organisation. Depuis, Alexandra n'a pas arrêté de s'excuser. » Comme Eric Ciotti à Nice, la maire de Menton aura d'ailleurs joué de l'image de Monaco durant sa campagne.

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« Je n'ai peut-être pas ce vice des animaux politiques, trop d'honnêteté et de droiture », concède Thomas Brezzo, qui recadre sur sa volonté d'accentuer le travail avec les villes limitrophes. « La création du rond-point en bas du Mont des Mules, c'est grâce à nous par exemple. Parce que l'on a réuni des maires qui ne se voyaient même pas entre eux. » Des barrières qui tombent alors que la loi des silos regagnerait du terrain côté gouvernement.

Transparence gouvernementale mais action entravée

On vous a quitté au vote du budget primitif serrant la main du ministre d'État pour acter votre confiance, ce dernier vous promettant une année d'action et de transparence. Le premier trimestre 2026 a-t-il été dans ce sens ? Sur la transparence, il n'y a absolument rien à dire. Dès le lendemain du budget, il y a eu l'histoire du talus du collège Charles-III et le ministre d'État m'a tenu au courant au jour le jour. Il a refait la même chose au début de la guerre au Moyen-Orient, me tenant tous les jours au courant du nombre de personnes qui étaient bloquées là-bas.

La transparence est totale, même plus importante qu'avec ses prédécesseurs. Je joue franc-jeu avec lui, on se parle quasiment tous les jours des dossiers. La discussion est totalement ouverte et débridée. Je n'ai aucun doute sur son honnêteté et sur la sincérité des informations qu'il me transmet. Après, au niveau des actions, je pense qu'il s'aperçoit que ce n'est pas si simple de mettre les choses en œuvre. L'absence de responsabilité des conseillers du gouvernement envers le ministre d'État, et donc du Prince, est problématique. C'est un frein à son action.

Immobilisme sur les grands dossiers

Parmi les élus qui se sont abstenus ou qui ont voté contre le budget, certains ont souligné un « immobilisme » sur de grands dossiers. Qu'en est-il ? Le CTVD [centre de traitement et de valorisation des déchets], on n'a toujours pas de nouvelles. L'appel à projet devait être lancé, malheureusement la volonté d'avancer du Ministre se heurte à la vision de Mme Caron. Ce qui fait grimper les coûts de manière excessive et, selon moi, on part sur un projet somptuaire.

Une réunion d'information est prévue en avril pour nous présenter les projets mais je n'ai pas l'impression que cela avance. On ne peut pas, après autant d'années d'études pour connaître toutes les solutions possibles et envisageables, ne pas encore avoir pris de décision à un coût raisonnable. On ne peut pas prévoir une usine à plus de 1,5 milliard d'euros si on intègre le coût du socle ! Ce qui représente presque un budget annuel.

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Par ailleurs, je sais que les discussions ont repris sur le CCF [centre commercial de Fontvieille], notamment avec la Socri. Le Ministre a pu les rencontrer et il y a eu un dialogue franc. Mais pour pouvoir avancer, il faut déjà régler le problème qui a été engendré avec la Socri à l'époque de Pierre Dartout. Je fais référence à une présentation catastrophique au printemps 2024, où le prestataire s'était fait descendre par le gouvernement de manière hallucinante. Ce qui avait entraîné en grande partie le non-vote du budget.

Le ministre d'État a en revanche pu réinstaurer le dialogue avec les commerçants. C'est une bonne chose mais il faut que le projet, qui dure depuis bientôt huit ans, avance. Il est impératif qu'avant début 2028, on ait un calendrier et des chiffres arrêtés. D'autant que c'est le seul projet important qui serait générateur de recettes pour la Principauté.

Manque de coordination gouvernementale

Comment expliquez-vous que ces dossiers s'enlisent dans le temps ? Il y a un manque de clarté au sein même du gouvernement. Ce n'est pas à moi de dire exactement ce qu'il se passe mais j'ai l'impression que chacun tire la couverture à soi. On n'entend plus parler d'interministérialité telle que Didier Guillaume l'évoquait. Ce mot a totalement disparu du langage et cela préjudicie à l'action gouvernementale. Chaque département est dans son propre silo.

Il n'y a que sur le logement où c'est assez positif dans la concertation. Même si on va avoir un trou dans les livraisons et que l'information nous a été cachée alors même qu'elle était connue du gouvernement. Un exemple de ce fonctionnement en silos ? Quand on fait des réunions sur la mobilité par exemple. On a que le département de l'Urbanisme mais pas le département de l'Intérieur. Alors que sur la mobilité, il y a quand même la police qui intervient à un grand niveau. Je ne comprends pas cette absence de coordination et de consultation.

Risques de crispations futures

L'environnement que vous décrivez laisse craindre de nouvelles crispations entre élus et gouvernement. Heureusement que le Ministre est transparent, ce qui permet de comprendre ce qu'il se passe et remédier à l'absence d'informations sur certains sujets. Mais on ne doit pas se contenter de cela pour l'avenir de Monaco. Cela fait bien trop longtemps que de grands projets n'avancent pas et si ce n'est toujours pas le cas à la fin de l'année, je vous garantis que le budget risque de ne pas être voté.

On a perdu une année avec le décès de Didier Guillaume et l'intérim d'Isabelle Berro-Amadeï et on a voté un budget sans avoir la réalisation d'aucune promesse de Didier Guillaume. Il y a eu quelques avancées, mais pas sur des sujets majeurs. Les élus ne se contenteront plus de simples informations ou promesses pour l'avenir. Là, il faudra du concret.

Apaisement sur le logement mais défis persistants

On note un apaisement sur la question fondamentale du logement tout de même. On aura 319 logements livrés d'ici fin 2029, avec la livraison notamment du Bel Air, des Lucioles, du Larvotto Supérieur. Mais encore une fois, nous avons voté le dernier budget sans avoir l'information du décalage de cette année de travaux sur le Bel Air qui pourtant était connue, puisque dans les réponses aux questions que nous avons adressées en juin au gouvernement sur le budget rectificatif, nous avions eu comme réponse que le gouvernement était au courant du problème géotechnique qui entraînait cette année de retard.

Les dernières attributions de logement sont satisfaisantes ? Sur la dernière commission, 156 demandes n'ont pas été satisfaites sur les 349 dossiers. À pondérer, parce qu'un tiers des demandes était des demandes de complaisance. Mais le ratio est moins bon que les deux dernières années, avec 50 % de taux de satisfaction. Ce qui prouve parfaitement que le nombre de constructions à hauteur de 100 logements par an, est une nécessité sur l'avenir.

Pressions extérieures et conflits personnels

On subit les pressions extérieures, les positions des clans Pastor et Palmero sur les terrains qui jouxtent la Principauté. La mise en place de l'agence domaniale changera la donne ? Il y a au moins 100 appartements qui devraient pouvoir être mis dans le logiciel, 180 en comptant ceux qu'il convient de rénover. Avec cette agence, il n'y aura même presque plus de commissions sur les récupérations. Dès qu'une quinzaine d'appartements seront en récupération, les gens pourront y prétendre.

Il y aura des attributions plus fréquentes et cela va grandement améliorer la satisfaction des Monégasques. Ensuite, il y a le projet Annonciade 2. Là, on n'a aucune visibilité. Avec le talus du collège Charles-III qui vient encore allonger le problème. On subit aussi les pressions extérieures, les positions des clans Pastor et Palmero sur les terrains qui jouxtent la Principauté alors qu'on pourrait envisager les deux projets, pour pouvoir étendre le quartier de l'Annonciade. Si on a du foncier disponible et qu'on peut acquérir à la frontière immédiate de Monaco, il ne faut pas se gêner ! On en a besoin pour des infrastructures de ces terrains.

L'État est otage de ces conflits ? Ces conflits personnels sont devenus presque étatiques et causent des dégâts dans le fonctionnement des institutions monégasques. Des pressions existent même de manière insidieuse, parce que des choix pourraient laisser supposer qu'on va avantager l'une ou l'autre de ces deux personnes. C'est difficile de s'immiscer dans un conflit qui n'est pas le nôtre mais moi-même, je me retrouve mêlé indirectement. J'essaie au maximum de m'en éloigner, d'ailleurs je n'ai même pas lu le livre de Claude Palmero. Mais je ne pense pas que ce conflit-là ait des répercussions sur les élus eux-mêmes.

Liste grise du GAFI : une situation injuste

Depuis le 27 juin 2024, Monaco est inscrit sur la liste grise du GAFI pour ses largesses en matière de contrôle du blanchiment d'argent. Si des réformes législatives et institutionnelles ont été réalisées, le pays reste sous surveillance renforcée. Les émissaires du Gafi ont certes reconnu les efforts de la Principauté mais la sortie de liste, espérée pour 2026, devrait attendre 2027 au mieux. La faute notamment à un manque d'effectivité des sanctions pénales. En filigrane, surtout quelques dossiers embarrassants d'investisseurs étrangers en Principauté.

« J'ai toujours dit de ne pas être trop positif sur l'issue de négociations, recadre Thomas Brezzo. On sait qu'on n'est pas maître du jeu, et pour avoir négocié avec le Greco, Moneyval et autres, on a affaire à de véritables ayatollahs dans ces organisations. » « On se retrouve dans une situation aujourd'hui qui, malheureusement, avec tous les efforts qui ont été faits par les professionnels, est injuste, poursuit le président du Conseil national. L'Irak est sorti de la liste grise, le Mali, la Côte d'Ivoire, la Tanzanie ! »

« Personne ne pourra dire que le Conseil national n'a pas fait le job, embraye Thomas Brezzo quant aux wagons de lois votées dans la précipitation entre 2024 et 2025, regrettant que cela n'ait pas été anticipé « dès 2018 » par le gouvernement. Président qui refuse les critiques envers la Justice, qui plus est dans la gestion de dossiers internationaux par essence. « Rejeter la faute sur la Justice serait totalement injuste. Les juges monégasques pâtissent de la lenteur des juridictions étrangères qui, elles-mêmes, ont déjà du retard et du mal à traiter leurs propres dossiers. »

Quant au système bancaire, « il repose sur les systèmes français et suisse, donc il est parfaitement en conformité avec les normes anti-blanchiment. Il faut saluer le travail qui a été fait par l'ensemble des acteurs de l'économie de Monaco qui, aujourd'hui, ne sont pas récompensés. Et les promesses du gouvernement ne sont pas tenues. »