Marc Lazar : "Le terme 'fasciste' permet de rassembler toutes les sensibilités de gauche"
Marc Lazar : "Fasciste", un terme qui rassemble la gauche

Marc Lazar décrypte l'usage politique du terme "fasciste" dans le débat public

Dans un entretien exclusif accordé au Nouvel Observateur, l'historien Marc Lazar, spécialiste reconnu de l'Italie mussolinienne et auteur de l'ouvrage "Pour l'amour du peuple. Histoire du populisme en France", analyse avec précision l'utilisation contemporaine du mot "fasciste". Ce terme, à la fois injure politique courante et notion historique complexe, demeure particulièrement flou dans son acception actuelle.

Un terme qui s'est imposé dans le langage politique

L'insulte "facho" s'est progressivement imposée dans le langage courant, des discussions de rue aux échanges sur les réseaux sociaux. Cette diffusion massive intervient dans un contexte politique particulier où l'extrême droite se trouve aux portes du pouvoir et l'exerce déjà dans certaines régions. Le terme "fasciste", ainsi que son dérivé "néofasciste", occupent désormais une place significative dans le débat public français.

Marc Lazar explique que cette utilisation répond à un double objectif : désigner clairement une menace politique perçue comme dangereuse et tenter d'organiser un barrage efficace contre cette dernière. L'historien souligne que "utiliser le mot 'fasciste' permet de rassembler toutes les sensibilités de gauche", créant ainsi un front commun face à un adversaire identifié.

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Entre injure politique et concept historique

Le professeur émérite d'histoire et de sociologie politique à Sciences-Po et à l'université Luiss-Guido Carli de Rome insiste sur la nature ambivalente de ce terme. D'un côté, il fonctionne comme une injure politique immédiatement compréhensible, chargée d'une forte connotation négative. De l'autre, il renvoie à un concept historique précis, celui des régimes fascistes du XXe siècle, dont l'étude nécessite une approche nuancée et contextualisée.

Cette dualité crée une tension permanente dans son utilisation. Le terme sert à la fois à disqualifier politiquement et à établir des comparaisons historiques, parfois approximatives. La mort récente de Quentin Deranque, militant identitaire à Lyon, a d'ailleurs ravivé les interrogations et les débats autour de ces notions complexes.

Un instrument de mobilisation politique

Pour Marc Lazar, l'usage intensif du mot "fasciste" dans le débat politique français contemporain dépasse largement la simple insulte. Il constitue un véritable instrument de mobilisation et de construction identitaire pour les forces de gauche. En désignant un ennemi commun sous cette appellation, différentes sensibilités politiques parviennent à surmonter leurs divergences pour s'unir contre ce qu'elles perçoivent comme une menace existentielle.

L'historien rappelle cependant la nécessité de ne pas galvauder ce terme historique. Si son utilisation politique peut se comprendre dans le contexte actuel, elle ne doit pas occulter la spécificité des régimes fascistes historiques et la complexité des phénomènes politiques contemporains. Cette réflexion s'inscrit dans une période où les frontières entre populisme, extrême droite et fascisme font l'objet de débats académiques et politiques intenses.

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