Marc Lazar décrypte le populisme français dans un nouvel ouvrage chez Gallimard
Marc Lazar analyse le populisme français dans un livre

Le populisme français sous la loupe de Marc Lazar

Le terme « populisme » envahit régulièrement le débat public tout en demeurant particulièrement flou. Dans un ouvrage récemment paru aux éditions Gallimard, le politiste et historien Marc Lazar s'attaque à cette ambiguïté. Intitulé « Pour l'amour du peuple », ce livre de science politique propose une définition précise du concept et explore son histoire singulière en France.

Définir un mot « fourre-tout »

Marc Lazar, professeur émérite à Sciences Po Paris et à l'université Luiss de Rome, souligne d'emblée la difficulté. « Populisme est un mot fourre-tout, utilisé à tout bout de champ dans les médias et instrumentalisé dans l'espace politique », explique-t-il. Il sert soit d'arme rhétorique pour disqualifier l'adversaire, soit d'étiquette revendiquée par certains, comme les proches de Jean-Luc Mélenchon, pour affirmer leur proximité avec le peuple.

Face à cette confusion, le spécialiste propose une définition structurée en trois dimensions :

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  • Une idéologie opposant le peuple aux élites, plus souple que des doctrines comme le conservatisme ou le communisme.
  • Une manière de faire de la politique qui simplifie à l'extrême et joue sur les émotions, notamment la peur et la colère.
  • Une volonté socioculturelle de transgresser le discours dominant, une révolte du bas contre « l'establishment ».

Une histoire française récurrente

Contrairement à une idée reçue, le populisme n'est pas un phénomène nouveau en France. L'historien rappelle des épisodes récurrents : le boulangisme à la fin du XIXe siècle, les ligues des années 1930, le poujadisme des années 1950. « Il s'agissait de flambées », précise-t-il. La nouveauté actuelle réside dans l'ascendant que les forces populistes ont pris sur l'agenda politique et médiatique, voire leur accès au pouvoir dans certains pays comme les États-Unis ou la Hongrie.

Marc Lazar identifie trois changements fondamentaux expliquant la montée en puissance du populisme depuis vingt ans : la défiance envers la politique, la crise économique et le questionnement identitaire lié à la mondialisation et aux migrations.

Le « populisme intermittent » et le rôle des réseaux sociaux

Le politiste introduit la notion de « populisme intermittent » pour décrire la tentation, chez les candidats aux élections, d'utiliser démagogie et simplisme. Il cite l'exemple de Jacques Chirac en 1991 ou d'Emmanuel Macron en 2017, qui ont joué de ces ressorts de manière fugace durant leur campagne, sans en faire une doctrine de gouvernement.

Concernant les réseaux sociaux, Marc Lazar les voit non comme l'origine du populisme, mais comme son vecteur et amplificateur, privilégiant l'outrance et l'émotionnel. Il alerte sur l'enjeu démocratique de restaurer de la complexité et de la nuance dans le débat public, notamment sur des sujets comme l'immigration ou le pouvoir d'achat.

Une spécificité française et les défis contemporains

Pour expliquer la longue histoire française du populisme, du boulangisme à Éric Zemmour, le chercheur pointe une spécificité nationale : « L'adhésion à la démocratie représentative n'a jamais été totale. » Cette tension, héritée de la pensée rousseauiste et de la Révolution, nourrit un antiparlementarisme persistant.

Il observe également un face-à-face structurant entre deux conceptions radicalement opposées du peuple et de la nation : une vision ethnoculturelle portée par le Rassemblement National et une apologie d'un peuple métissé défendue par La France insoumise. « Ces deux formations proposent chacune à leur manière un roman national », analyse-t-il, notant le silence des « partis de gouvernement » sur ces questions d'appartenance.

Enfin, concernant Donald Trump, souvent qualifié de « fasciste », Marc Lazar rejette cette facilité. Il préfère le concept de « démocratie illibérale » pour décrire un régime qui piétine l'État de droit, tout en reconnaissant des traits communs comme le nationalisme ou le culte de la personnalité, mais sans atteindre la violence systématique des régimes fascistes historiques.

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À travers cet ouvrage dense, Marc Lazar démontre que, malgré ses usages multiples et parfois abusifs, la notion de populisme reste un outil précieux pour comprendre les mutations politiques contemporaines, particulièrement dans le contexte français où elle plonge ses racines dans une histoire riche et complexe.