Drapeaux européens retirés par des maires RN : la polémique en quatre questions clés
Maires RN retirent drapeaux UE : la polémique expliquée

Drapeaux européens retirés par des maires RN : la polémique en quatre questions clés

Plusieurs maires nouvellement élus du Rassemblement national ont récemment retiré le drapeau de l'Union européenne des façades de leurs mairies, un geste symbolique qui a immédiatement provoqué une vive polémique politique. Ces actions, revendiquées publiquement par les édiles concernés, s'inscrivent dans la tradition souverainiste du parti d'extrême droite et ont suscité des réactions contrastées au sein de la classe politique française.

Que s'est-il exactement passé ?

Le maire de Carcassonne, Christophe Barthès, a été l'un des premiers à annoncer publiquement le retrait du drapeau européen. « Dehors les drapeaux européens à la mairie ! Place aux drapeaux français », a-t-il déclaré sur le réseau social X (anciennement Twitter) le dimanche 29 mars, accompagnant son message d'une vidéo le montrant en train de décrocher personnellement l'emblème européen. Seuls les drapeaux tricolore et occitan sont restés visibles sur la façade de l'hôtel de ville.

Le même scénario s'est reproduit à Cagnes-sur-Mer dans les Alpes-Maritimes, où le nouveau maire RN Bryan Masson a publié une photographie de la façade de sa mairie dépourvue de drapeau européen. À Harnes dans le Pas-de-Calais, le maire Anthony Garénaux-Glinkowski a quant à lui retiré à la fois le drapeau européen et le drapeau ukrainien dès son installation le 24 mars. Ces actions ont reçu le soutien public de cadres du parti, notamment du député Jean-Philippe Tanguy qui a affirmé que « les Français ont refusé par référendum en 2005 le drapeau européen, il est donc illégitime en France ».

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Que dit la loi concernant l'affichage des drapeaux ?

Contrairement à certaines idées reçues, aucun texte de loi n'impose actuellement la présence permanente du drapeau européen sur les façades des mairies françaises. La seule exception concerne la journée de l'Europe célébrée chaque 9 mai, où son affichage est recommandé. La situation est différente dans le milieu scolaire, où l'article L111-1-1 du Code de l'éducation stipule explicitement que la devise de la République, le drapeau tricolore et le drapeau européen doivent être apposés sur la façade des écoles et établissements du second degré, qu'ils soient publics ou privés sous contrat.

Pour le drapeau français, aucune obligation légale permanente n'existe non plus, bien que l'usage républicain veuille qu'il orne de manière continue les bâtiments publics. Cependant, lors des quatorze journées nationales commémoratives comme le 14 juillet, le pavoisement des mairies par le drapeau national devient obligatoire. En 2023, une proposition de loi visant à rendre obligatoire l'affichage simultané des drapeaux français et européen sur les mairies des communes de plus de 1 500 habitants avait été adoptée par l'Assemblée nationale, mais elle n'a toujours pas été examinée par le Sénat.

Comment le gouvernement a-t-il réagi ?

Le ministre chargé de l'Europe, Benjamin Haddad, a exprimé une « colère froide » face à ces initiatives, les qualifiant de « populisme qui montre que le RN n'a pas changé ». Interrogé par l'AFP, il a lancé une série de questions provocatrices : « Vont-ils aussi refuser les fonds européens que touchent nos agriculteurs, nos entreprises pour la réindustrialisation, nos territoires ? Vont-ils rendre leurs indemnités du Parlement européen ? ». Ces interrogations prennent une dimension particulière lorsqu'on sait que Christophe Barthès, viticulteur à la tête d'une importante exploitation, a bénéficié de près de 300 000 euros d'aides européennes entre 2010 et 2025.

Y a-t-il eu des précédents similaires ?

La question des drapeaux sur les frontons des mairies revient régulièrement dans l'actualité politique française. Depuis février 2022 et l'invasion russe de l'Ukraine, de nombreuses communes se sont interrogées sur l'opportunité d'afficher le drapeau ukrainien en signe de solidarité. Le tribunal administratif de Versailles a estimé que cet affichage constituait « un symbole de solidarité envers une nation victime d'une agression » plutôt qu'une revendication politique.

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En septembre 2025, peu avant la reconnaissance officielle de la Palestine par la France, la présence de drapeaux palestiniens sur certaines mairies avait également provoqué de vifs débats et divisé la classe politique. Cet affichage avait conduit à plusieurs gardes à vue et suscité la colère du ministre de l'Intérieur de l'époque, Bruno Retailleau. Ces précédents illustrent combien la symbolique des drapeaux municipaux dépasse souvent le simple cadre décoratif pour devenir un enjeu politique à part entière.