Municipales à Lyon : un débat télévisé sous le choc de la mort de Quentin Deranque
À quelques semaines des élections municipales, le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a participé à un débat télévisé houleux avec ses principaux rivaux, mardi 24 février. Cet événement a été en grande partie phagocyté par la mort tragique du militant d'extrême droite radicale Quentin Deranque, battu à mort à Lyon le 12 février. « Ce drame nous a tous bouleversés », a affirmé d'emblée le maire sortant, soulignant l'impact de cette affaire sur la campagne électorale.
Une alliance possible avec La France insoumise sous conditions
Interrogé sur la possibilité de s'allier avec la candidate de La France insoumise (LFI), Anaïs Belouassa Cherifi, Grégory Doucet a répondu pour la première fois clairement par l'affirmative. « Oui, mais à certaines conditions », a-t-il précisé, exigeant notamment que personne dans son équipe ne soit « impliqué dans des violences ». Il n'a pas exclu une fusion des listes si la députée parvenait à atteindre la barre des 10 % au premier tour. « Le soir du premier tour, les Lyonnais et les Lyonnaises nous auront envoyé un message, et notre responsabilité sera de les entendre », a-t-il déclaré.
Anaïs Belouassa Cherifi a également laissé la porte ouverte à cette alliance, affirmant que sa priorité était d'empêcher Jean-Michel Aulas de devenir maire. « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ce ne soit pas le cas », a-t-elle martelé. Cette ouverture survient dans un contexte tendu, où l'extrême droite, la droite, le centre droit et même une frange de la gauche socialiste réclament une rupture totale avec LFI depuis la mise en examen de suspects liés à un député LFI dans l'affaire Deranque.
Jean-Michel Aulas, favori des sondages mais critiqué
Jean-Michel Aulas, ancien patron de l'Olympique lyonnais (OL) et soutenu par la droite et le centre droit, reste le grand favori des sondages. À 76 ans, ce novice en politique pointe avec plus de dix points d'avance au premier tour et est donné largement vainqueur au second. Lors du débat, il s'est présenté comme « candidat de la société civile », cherchant à se démarquer des querelles partisanes.
Cependant, ses adversaires l'ont vivement critiqué. Grégory Doucet l'a accusé d'être « à côté de la plaque », tandis qu'Anaïs Belouassa Cherifi l'a qualifié de « coquille vide ». Alexandre Dupalais, candidat de l'Union des droites pour la République (UDR) allié au Rassemblement national (RN), a ajouté : « À part de grandes dépenses non financées, personne n'a compris votre ligne politique ». Malgré ces attaques, Dupalais a parfois « volé à son secours », notamment en répondant à des questions sur le bilan d'Aulas à la tête de l'OL concernant la lutte contre les supporteurs extrémistes et violents.
L'ombre de la Jeune Garde et les tensions politiques
La candidate insoumise a été bombardée de questions sur ses liens avec « la Jeune Garde », un groupe antifasciste fondé à Lyon en 2018 par le député LFI Raphaël Arnault et dissous en juin 2025. Certains de ses membres sont suspectés dans les violences contre Quentin Deranque. Anaïs Belouassa Cherifi a répondu : « Personne ne doit mourir pour ses idées, je condamne toutes les violences mais je reste une militante antifasciste ».
Le gouvernement a annoncé avoir saisi la justice concernant une possible « reconstitution » de la Jeune Garde, et Emmanuel Macron a demandé la dissolution de cinq de ses « émanations » locales. Le président a également enjoint le gouvernement à veiller à ce que la campagne des municipales « se déroule sereinement », après que vingt-deux permanences parlementaires de LFI ont été dégradées en une dizaine de jours.
Un contexte marqué par le deuil et les manifestations
Les obsèques de Quentin Deranque se sont déroulées mardi dans la plus stricte intimité, après une messe dans une église lyonnaise. Sa mort a suscité une marche de 3 200 personnes à Lyon, rassemblant de nombreux militants identitaires ou nationalistes, et entachée par des saluts nazis. Ce drame continue de peser lourdement sur la campagne électorale, exacerbant les tensions politiques et sociales.
Grégory Doucet, qui aura besoin de toutes les voix de gauche pour remporter un second mandat, avait jusqu'ici refusé de se prononcer sur une alliance avec LFI. Ce débat télévisé, sous haute tension, a donc marqué un tournant dans une campagne déjà très polarisée, où les enjeux de violence et d'alliances politiques restent au cœur des préoccupations des Lyonnais.



