Livia Jampy, élue insoumise, défend les lycéens et dénonce les violences policières
Livia Jampy défend les lycéens et dénonce les violences

Livia Jampy, élue à la Ville et à la Métropole de Montpellier sur la liste des Insoumis depuis mars 2020, est partie prenante du mouvement des lycéens. Dans un entretien à Midi Libre, elle explique son engagement contre la sélection à l’université, la précarité étudiante et la crise du logement, tout en appelant à « écouter » la colère des lycéens.

Une réponse au Premier ministre

Interrogée sur les accusations du Premier ministre qui l’accuse d’attiser les tensions en relayant des images de violences policières lors des blocages lycéens, Livia Jampy répond : « C’est lui qui alimente les tensions. Ce mouvement est parti de Créteil pour protester contre le manque de professeurs, et il s’est étendu partout, notamment à Montpellier. Montrer la réalité des violences subies par des mineurs de 15 à 18 ans est un devoir, pas une provocation. »

Elle précise que des lycéens ont été blessés, « compressés ou étranglés », et qu’un élu municipal, Kamel Moufid, a été « jeté au sol par un policier » à la sortie du blocage de Jules-Guesde. Un signalement à la justice a été effectué avec plusieurs députés. « Les forces de l’ordre n’ont pas à adopter de tels comportements face à des jeunes qui demandent simplement des enseignants », ajoute-t-elle.

Écouter les lycéens et renoncer aux coupes budgétaires

Pour apaiser la situation, Livia Jampy estime qu’il faut « d’abord écouter les lycéens au lieu d’envoyer la police face à une colère légitime ». Elle demande au gouvernement de « renoncer aux suppressions de postes et aux coupes budgétaires prévues dans l’Éducation nationale et l’enseignement supérieur ».

Concernant les annonces sur les frais de scolarité ou le budget étudiant, elle dénonce une « marchandisation du savoir ». « Vouloir faire payer des frais aux prépas ou augmenter ceux des étudiants étrangers relève d’une marchandisation du savoir. Cela préfigure une hausse générale pour tous », explique-t-elle. Elle qualifie également le gel des APL de « mesure intolérable » alors que le logement est le premier poste de dépense des étudiants et que Montpellier connaît une grave crise du logement.

Des blocages dans des facultés inhabituelles

Interrogée sur les blocages dans des facultés peu habituées à ce type de mouvement, comme la faculté de droit, Livia Jampy répond que les étudiants ne bloquent pas pour des raisons de sécurité, mais « par solidarité et pour leurs propres revendications ». Elle souligne que le refus de Parcoursup chez les lycéens rejoint le rejet de la sélection en master via Mon Master. « La colère est globale et touche de nombreux sites à Montpellier comme au niveau national. 90 % des campus sont bloqués », affirme-t-elle.

Une précarité étudiante alarmante

Livia Jampy dresse un constat alarmant de la précarité étudiante à Montpellier. « La précarité alimentaire touche des centaines de jeunes dépendants des distributions de nourriture », dit-elle. La sélection en master aggrave la situation : sans master, les étudiants perdent leur statut, leur bourse, leur logement Crous et, pour les étrangers, leur titre de séjour. Beaucoup doivent travailler à côté pour financer leurs études, ce qui crée de fortes inégalités pour la réussite des examens.

Un rôle d’élue dans une institution déconnectée

Livia Jampy juge que l’institution municipale est « très déconnectée de la jeunesse » et fonctionne trop souvent comme une « chambre d’enregistrement ». Elle déplore que la majorité réagisse avec suspicion dès que l’opposition exprime des désaccords. « Mais cet espace reste essentiel pour porter les préoccupations des jeunes, exiger la gratuité des transports pour tous les étudiants ou questionner l’utilisation de la police municipale dans des opérations de maintien de l’ordre face à la jeunesse », précise-t-elle.

Elle évoque également un incident où un maire l’avait rabrouée lors d’une séance, qu’elle qualifie de « symptomatique ». « En conseil de Métropole, certains maires élus depuis très longtemps disent ne pas faire de politique. C’est un milieu hostile pour une jeune femme qui combat les violences patriarcales y compris en politique », confie-t-elle.

Une union de la gauche pour la présidentielle ?

Interrogée sur une possible union de la gauche pour la présidentielle, Livia Jampy répond : « Nous n’avons pas le temps d’attendre des tractations. Face aux politiques de précarisation menées par Emmanuel Macron et au risque de l’extrême droite, nous avons un programme de rupture, une équipe et un candidat, Jean-Luc Mélenchon. Nous appelons toutes les personnes qui partagent ces idées à nous rejoindre. »

Sur le terrain montpelliérain, les groupes d’action travaillent prioritairement sur l’inscription des jeunes et des habitants des quartiers populaires sur les listes électorales, notamment dans les résidences universitaires, pour combattre l’abstention. Des actions de tractage, de porte-à-porte et des réunions publiques sont organisées. La prochaine réunion publique a lieu le 15 octobre à Frontignan avec Manuel Bompard, Nadège Abomangoli et Sylvain Carrière. « Beaucoup de lycéens ne demandent qu’à s’engager. On a des dizaines de groupes d’action dans les quartiers de Montpellier avec des militants ponctuels ou récurrents », ajoute-t-elle.

Un parcours engagé depuis 2018

Née en 2001 à Montpellier, Livia Jampy a obtenu son bac au lycée Mermoz. Son engagement a commencé en Terminale, contre l’instauration de Parcoursup et la sélection à l’université en 2018. Marquée par l’action du commando à la faculté de droit, elle devient militante et s’engage dans le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, « le seul à continuer à parler de sélection à l’université ». Titulaire d’une licence en droit et d’un master en management des universités, elle s’apprête à passer les concours de la fonction publique et occupe un poste d’AED au lycée Joffre. Élue sur la liste des insoumis en mars 2020, elle siège au conseil municipal et au conseil de Métropole. Elle se projette en politique en affirmant : « Je vais là où c’est utile. Cela a été le cas pour les élections municipales. J’occupe un poste de combat qui est d’être élue pour porter nos revendications et notre programme. Je serai là où on a besoin de moi. »