LFI et RN : une alliance de circonstance pour dominer le marché du populisme
LFI et RN : une alliance stratégique pour le populisme

L'alliance inattendue de LFI et du RN pour dominer le paysage politique

Depuis l'annonce surprise de Marine Le Pen en octobre 2022, où elle a déclaré voter une motion de censure contre le gouvernement présentée par La France insoumise, le ton a été donné dans le paysage politique français. Le tonnerre a retenti avec encore plus de force en 2024, lorsque le Rassemblement national, après avoir fait monter les enchères sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale, a mêlé ses voix à celles du « Nouveau front populaire », dominé par les mélenchonistes. Cette manœuvre a finalement conduit à la chute réussie du gouvernement de Michel Barnier, marquant un tournant stratégique majeur.

Une convergence tactique, non idéologique

Il ne s'agit absolument pas d'une convergence idéologique entre ces deux formations politiques. En réalité, La France insoumise et le Rassemblement national s'affrontent sur pratiquement tous les sujets de société et d'économie. Cependant, comme l'a souligné Gabriel Attal, le patron du groupe Renaissance, en citant Tocqueville dans l'hémicycle : « En politique, la communauté des haines fait presque toujours le fond des amitiés ». La réalité est plus prosaïque et stratégique : LFI et le RN cherchent délibérément à élargir le marché politique qui est le leur, celui du populisme, afin de vider de sa substance un centre politique qui s'étend de la droite républicaine au parti socialiste, voire à certains écologistes.

L'objectif stratégique : imposer un duel extrémiste

L'objectif principal de cette manœuvre consiste à installer durablement dans l'opinion publique la conviction que le prochain duel au second tour de l'élection présidentielle opposera nécessairement les candidats de ces deux partis extrémistes. Cette stratégie vise à marginaliser les forces politiques traditionnelles et à redéfinir les termes du débat politique national autour de leur opposition artificiellement amplifiée.

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Le tour de chauffe des municipales

L'entre-deux tours des élections municipales a offert aux deux formations un merveilleux tour de chauffe stratégique, où chacune a voulu, à sa manière, vassaliser les partis qui refusent officiellement toute alliance. Le Parti socialiste d'un côté, Les Républicains de l'autre ont subi des pressions considérables. Les socialistes ont cédé à cette pression dans plusieurs villes importantes, et n'ont eu que leurs yeux pour pleurer à Clermont-Ferrand, à Brest ou encore à Tulle. Ils ont cependant su garder la tête haute avec un certain succès à Paris, à Marseille ou encore à Lille. Les Républicains ont quant à eux tenu bon et refusé la « main tendue » proposée par Jordan Bardella le soir du 15 mars dernier, montrant une résistance notable face à cette stratégie d'absorption.

Laminer les autres pour mieux s'affronter

La fin de la séquence municipale n'a absolument pas marqué la fin du ballet politique où La France insoumise et le Rassemblement national exécutent sans relâche un pas de deux désormais bien rodé. La victoire puis l'installation de maires issus de La France insoumise ont occasionné de nombreux débordements préoccupants :

  • Injures, huées et menaces physiques envers les élus sortants
  • Propos problématiques de plusieurs maires nouvellement élus
  • Déclarations controversées comme celles de Bally Bagayoko à Saint-Denis affirmant que les fonctionnaires municipaux « qui ne sont pas en phase avec le projet politique, forcément, partiront »
  • Omar Yaqoob à Creil remerciant ses électeurs et ses militants en ourdou
  • Aly Diouara à La Courneuve postant une vidéo sur son accession au pouvoir municipal accompagnée de ces mots : « Une ville, un peuple, un maire »

L'inconvenance de ce dernier slogan n'a pas échappé au député RN Julien Odoul, qui a immédiatement fait le rapprochement avec celui du régime nazi : « Un peuple, un État, un chef ». Ces éléments contribuent à créer un climat politique particulièrement tendu et polarisé.

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La légitimation réciproque des extrêmes

De son côté, La France insoumise a pu légitimer sa lutte contre ce qu'elle qualifie de « vague fasciste », selon les éléments de langage soigneusement distillés depuis quelques semaines. Cette rhétorique s'est particulièrement renforcée après les propos racistes diffusés sur la chaîne News à propos de Bally Bagayoko. Des propos tellement hallucinants que le président de la République en personne les a condamnés fermement, et que le maire de Saint-Denis a reçu le soutien public du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, profondément choqué par ces « attaques ignobles ».

Des provocations qui fragilisent la République

Toutes ces provocations calculées ne contribuent en rien à résoudre les difficultés structurelles que connaît actuellement la France. Au contraire, elles aggravent considérablement les fractures sociales et politiques, et abîment durablement les institutions de la République. Et c'est précisément le but recherché par leurs auteurs : élargir, à leur profit exclusif, le marché du populisme en créant un climat de confrontation permanente qui marginalise les voix modérées et centre l'attention médiatique sur leur opposition artificiellement dramatisée.