La loi de Godwin atteinte par la France Insoumise
La loi de Godwin, formulée par un avocat américain sans prétention scientifique, connaît un succès durable car elle décrit un phénomène fréquemment observé dans les débats. Lorsqu'un interlocuteur se retrouve en difficulté lors d'une controverse, il a tendance à évoquer Hitler ou le nazisme pour mettre un terme à toute discussion. C'est précisément à ce stade que la France Insoumise est parvenue aujourd'hui, après une escalade verbale où elle maintient son affection et sa solidarité envers l'organisation dissoute Jeune Garde.
Le contexte lyonnais et la contre-attaque de LFI
Plusieurs membres de la Jeune Garde sont mis en cause dans le lynchage de Quentin Deranque à Lyon, tandis que son fondateur, Raphaël Arnault, siège comme député LFI. La contre-offensive lancée depuis le début de la semaine s'appuie sur la marche organisée en hommage à la victime samedi dernier. Bien que cette manifestation se soit déroulée dans le calme, elle a accueilli dans ses rangs certaines figures de l'ultra-droite antisémite la plus radicale, avec des saluts nazis et des slogans racistes ou homophobes. Ces débordements inacceptables ont conduit la justice à engager des poursuites.
La France Insoumise y a trouvé une nouvelle source d'inspiration et de justification : si les « antifascistes » comme ceux de la Jeune Garde existent, c'est simplement pour lutter contre le fascisme qui gangrènerait le pays. En passant sous silence les violences perpétrées par les « antifa », la machine à fantasmes s'est mise en marche à plein régime.
Les déclarations incendiaires des dirigeants
Pour Jean-Luc Mélenchon, lors d'une conférence de presse sélective lundi soir, Quentin Deranque était un « néonazi », un qualificatif infamant que l'orateur ne prend pas la peine de justifier. Ses proches se montrent plus loquaces. Mathilde Panot, en deux jours, multiplie les rapprochements hasardeux : « Moi je dis merci aux antifascistes et nous en sommes. L'antifascisme, c'est d'abord la résistance au fascisme. Et nous n'accepterons jamais dans notre pays que le fascisme prenne le pouvoir par les urnes, ce que veut faire Marine Le Pen entourée de tous ces groupuscules d'extrême droite qui pullulent autour d'elle. »
Elle évoque même Marc Bloch, l'historien bientôt panthéonisé, et le Front populaire, les associant à l'antifascisme contemporain. Pauvre Marc Bloch et Léon Blum, qui auraient bien du mal à se reconnaître dans la figure de Raphaël Arnault et de ses compagnons ! Mathilde Panot ajoute : « L'Histoire retiendra qu'en France en 2026, 82 ans exactement après l'exécution de Missak Manouchian, certains ont permis un défilé de néonazis. » Ce qui suggère que les agresseurs présumés de la Jeune Garde seraient les héritiers des résistants les plus héroïques.
Comparaisons historiques et accusations médiatiques
Manuel Bompard compare quant à lui le défilé de samedi à « une parade fasciste », une analogie qui semble ignorer les réalités historiques de l'entre-deux-guerres. Il affirme sur les réseaux sociaux : « Nous avons assisté à une parade fasciste dans les rues de Lyon. Le gouvernement a laissé manifester des groupuscules néonazis violents et antisémites qui ont scandé des slogans racistes, homophobes et fait des saluts nazis. »
Sophia Chikirou, lors d'une réunion publique dans le cadre de sa campagne pour les municipales à Paris, s'est exclamée : « Virez les fascistes des médias parce qu'on n'en peut plus des laquais, des fascistes sur les plateaux télé ! » Il s'agit vraisemblablement de tous ceux qui osent interroger LFI sur ses liaisons dangereuses avec des groupuscules violents et interdits.
Une stratégie politique délibérée
Il serait facile de ne voir dans ces références abusives et anachroniques qu'une tentative de diversion d'un mouvement en difficulté. C'est évident, mais cela reste insuffisant. En braquant les projecteurs sur le « péril fasciste », La France Insoumise poursuit sa stratégie de duel, front contre front, avec l'extrême droite. Un duel qui représente sa meilleure chance politique d'échapper à la marginalisation, en polarisant le débat public et en créant une dynamique d'affrontement qui sert ses intérêts électoraux.



