Le retournement spectaculaire du Rassemblement national sur la politique migratoire européenne
C’est un véritable virage à 180 degrés qui interpelle les observateurs politiques. Marine Le Pen, pourtant coutumière des critiques acerbes envers le "en même temps" d’Emmanuel Macron, semble avoir adopté cette stratégie à son compte. La preuve par les tweets : le 31 octobre 2025, elle fustigeait le règlement "Retour", le qualifiant de "projet mortifère" auquel le Rassemblement national "s’opposera sans faiblir". Quatre mois plus tard, le 9 mars 2026, son groupe au Parlement européen adopte un texte similaire et elle salue un "succès".
Une contradiction qui soulève des questions
Ce revirement offre un enseignement politique saisissant : il est apparemment possible de dénoncer un "coup d’Etat juridique" tout en y participant activement. Comme le disait John F. Kennedy, "la victoire a cent pères", et chacun semble réécrire l’histoire pour s’attribuer les lauriers. Un pilier du groupe PPE nuance cependant cette version : "En réalité, les élus du RN ont été contraints de voter ce texte parce que, sinon, ils auraient été esseulés dans leur propre groupe. Ils essaient de faire oublier que le fait que ce soit un règlement, et non une directive, était une ligne rouge pour eux."
Le contexte du règlement "Retour"
Il y a un an, en mars 2025, la Commission européenne présentait ce projet de règlement "Retour" – un euphémisme bruxellois pour désigner les expulsions d’étrangers en situation irrégulière. Porté par le commissaire à la Migration, Magnus Brunner (PPE), l’objectif est de durcir considérablement la directive de 2008, jugée trop laxiste. En effet, seules 20 % des décisions de retour en Europe sont actuellement mises en œuvre. Le règlement vise à harmoniser les règles, avec l’avantage de s’appliquer directement à tous les États membres dès son adoption, contrairement à une directive qui nécessite une transposition nationale.
Le paradoxe souverainiste du RN
C’est précisément cet aspect qui a conduit Marine Le Pen à dénoncer une "violation du principe de souveraineté des États en matière migratoire". Les élus RN ont en vain tenté de faire passer un amendement pour revenir à une directive. Pourtant, le parti semble adopter une posture différente à Strasbourg. Dans un entretien au média The European Conservative le 23 septembre, Fabrice Leggeri, ancien patron de Frontex et nouvel élu RN, salue "un pas dans la bonne direction". Cette dualité crée des tensions au sein du groupe des Patriotes pour l’Europe, présidé par Jordan Bardella, où certains ont du mal à suivre cette ligne fluctuante.
Ce revirement illustre les contradictions internes du Rassemblement national, tiraillé entre son discours souverainiste à Paris et des compromis pragmatiques à Bruxelles. L’adoption finale en session plénière du Parlement européen sera un test crucial pour la cohérence politique du parti.



