Le « coup de Tulle » : quand Hollande s'allie avec LFI dans son fief
Du temps de François Mitterrand, l'expression « coup de Jarnac » était fréquemment utilisée en politique, en référence à la ville natale du président. Cette formule historique évoque un coup d'escrime porté par Chabot de Jarnac en 1547 lors d'un duel à Saint-Germain-en-Laye. Désormais, faudra-t-il parler du « coup de Tulle » à propos de François Hollande ?
Une alliance électorale surprenante
L'ancien président de la République a en effet déconcerté en favorisant dans son fief corrézien une union avec La France Insoumise, alors même qu'au niveau national il critique vivement une telle alliance. Cette situation soulève une question : y aurait-il un Hollande des villes et un autre des champs ?
Résumons les faits. Bernard Combes, maire sortant de Tulle, a été devancé au premier tour des élections municipales par la liste de droite avec 32 % contre 37,5 %. Pour conserver le pouvoir, il ne lui reste qu'une option : s'associer sur son flanc gauche à une liste regroupant le PCF, des citoyens, des écologistes et... LFI. Sans cette alliance, c'en serait fini du règne hollandiste sur la préfecture de la Corrèze.
Tulle, place emblématique pour Hollande
Cette ville revêt une importance symbolique considérable pour François Hollande. Il en fut le maire entre 2001 et 2008 avant de passer le flambeau à son collaborateur Bernard Combes. Il y a été élu député pour la première fois en 1993, et plus récemment en 2024. Il y a également présidé le conseil départemental. C'est de Tulle qu'il a lancé son aventure présidentielle, et il aime y revenir pour se ressourcer.
Si Tulle tombait à droite, ce serait un séisme dans cette ville historiquement ancrée à gauche. Cette orientation politique s'explique notamment par le tragique épisode de la pendaison de 99 habitants par la division SS Das Reich pendant la Seconde Guerre mondiale, en réaction à une offensive des résistants communistes FTP.
« Pas une liste LFI » selon Hollande
D'où cette alliance électorale de circonstance avec la liste large de gauche. « Ce n'est pas une liste LFI », a souligné François Hollande dans le quotidien local La Montagne. « C'est une liste menée par Nicolas Marlin et Stéphanie Perrier qui étaient tous les deux dans la majorité de Bernard Combes. Depuis 1977, il y a toujours eu une liste d'union à Tulle avec le PCF et ensuite les écologistes. »
Tempête dans un verre d'eau ? LFI est en effet réduit à une portion congrue de deux sièges seulement. Mais le symbole reste fort. « Sincèrement, il n'y a pas de sujet », précise-t-on dans l'entourage de l'ancien chef de l'État. « On n'est pas du tout dans un cas de figure de fusion comme à Toulouse ou à Limoges. La liste est menée par les communistes et les écologistes, le président a toujours encouragé à faire l'union. » D'ailleurs, François Hollande avait en 2001 « reçu » la mairie de Tulle des mains des communistes.
Les réactions locales et nationales
Avec les communistes, pas de problème ! C'est d'ailleurs aussi la position du chef de file de la droite locale, le LR Pascal Coste, président du conseil départemental de Corrèze depuis 2015. « Nous, gaullistes, avons toujours entretenu avec les communistes de bonnes relations, liés par le passé commun de nos deux familles dans la résistance », explique Pascal Coste. « Nos actions conjuguées ayant permis de sauver le pays. Nous avons ici, d'ailleurs, la seule croix de Lorraine à doubles fûts qui représente les deux piliers de la Résistance. Donc, pour nous, travailler avec les communistes, on n'est pas hostile. Mais s'allier avec les Insoumis, là, on dit : non ! »
Le responsable LR poursuit : « Ils sont peut-être deux, mais sur une petite liste, ça fait tache : ils représentent un tiers des effectifs. Et ajoutons que François Hollande est récidiviste, puisqu'il a été élu en 2024 député sous la bannière Nouveau front populaire. Les discours, c'est bien, les actes, c'est mieux. »
L'intervention d'Olivier Faure
L'affaire n'enflammerait sans doute pas la scène électorale nationale si Olivier Faure, le patron du Parti Socialiste, n'avait pas poussé une pichenette en tweetant le lien vers l'article de La Montagne faisant état de cette union. Le dessous des cartes révèle que Bernard Combes avait quitté le PS quand Olivier Faure en a pris la tête, ce qui explique pourquoi il se présente aujourd'hui sous l'étiquette « Divers gauche ».
Le « coup de Tulle » apparaît ainsi comme un véritable Clochemerle à gauche, mettant en lumière les contradictions et les réalpolitik locales qui peuvent diverger des positions nationales. Cette situation illustre la complexité des alliances électorales dans les territoires historiquement ancrés à gauche, où les considérations locales peuvent parfois primer sur les lignes directrices nationales des partis politiques.



