Les souvenirs de Lionel Jospin sur la victoire de François Mitterrand en 1981
L'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé à l'âge de 88 ans, avait partagé en mai 2021 ses mémoires intimes de la soirée du 10 mai 1981, lorsque François Mitterrand remporta l'élection présidentielle. Cet article, initialement publié le 7 mai 2021, plonge dans les coulisses de cet événement historique, révélant les tensions et les espoirs qui ont marqué cette période charnière de la politique française.
La préparation et l'attente au siège du Parti socialiste
En novembre 1980, François Mitterrand, alors Premier secrétaire du Parti socialiste (PS), annonce à Lionel Jospin sa candidature à l'élection présidentielle de 1981 et propose son nom pour lui succéder à la tête du parti. Cette décision est officialisée au congrès de Créteil en janvier 1981. Le 10 mai 1981, Jospin, en tant que Premier secrétaire du PS, se trouve au siège du parti avec d'autres dirigeants, dans une attente fébrile. Peu avant 19 heures, un appel téléphonique des instituts de sondage confirme la victoire certaine de Mitterrand, déclenchant une vague d'émotion.
Jospin décrit cette journée comme une longue attente qui se dénoue brusquement. Il passe la matinée à visiter les bureaux de vote du 18e arrondissement de Paris, où il est conseiller depuis 1977, pour sentir l'ambiance du terrain. L'après-midi, il retourne rue de Solférino, au siège du PS, pour se préparer à l'événement imminent. Lorsque la victoire est prédite, il appelle Mitterrand pour partager la joie, notant que le futur président reste calme malgré l'enthousiasme général.
Les stratégies et les défis de la campagne
François Mitterrand, selon Jospin, n'avait pas de certitude absolue sur sa victoire, mais il était optimiste. Il avait rassuré les socialistes en affirmant que même en cas de défaite, leurs efforts porteraient des fruits. La situation politique en 1981 différait de celle de 1974 : le Parti socialiste, affranchi des polémiques avec les communistes, était plus libre et plus fort. Mitterrand était conscient des divisions à droite, ce qui rendait la victoire possible.
Jospin évoque également le rôle de Mitterrand dans la campagne, soulignant leurs relations étroites. En tant que président du bureau exécutif et du secrétariat national, Jospin travaillait en étroite collaboration avec Mitterrand, qui se démultipliait sur le terrain pour mobiliser les sympathisants. Les résultats du premier tour, avec Mitterrand à 25,85 % et Valéry Giscard d'Estaing à 28,32 %, donnaient de l'espoir, surtout avec le soutien des communistes au second tour.
La célébration et les conséquences de la victoire
Après l'annonce de la victoire, la jubilation se répand rue de Solférino, d'abord parmi les dirigeants, puis les permanents, les militants et enfin les électeurs en liesse. Jospin ressent à la fois un accomplissement et le poids de la responsabilité future, sachant que le PS passerait de l'opposition au pouvoir. La fête à la Bastille, organisée spontanément mais préparée à l'avance avec un podium, symbolise cette transition, accueillant orateurs et musiciens sous une douce pluie qui n'éteint pas les enthousiasmes.
Jospin revoit Mitterrand plus tard dans la nuit au siège du PS, où le président-élu, encore parmi ses partisans, affirme avoir remporté la victoire en leur nom. Il souligne la nécessité d'une majorité à l'Assemblée nationale, qui sera obtenue lors des élections législatives du 28 juin 1981. Pour Jospin, la vague rose des législatives apporte une joie moins intense mais plus personnelle, car il est élu député dans le 18e arrondissement avec deux amis, marquant le début de nouvelles responsabilités.
Cet article, tiré des archives de Sud Ouest, offre un témoignage précieux sur un moment clé de l'histoire politique française, mettant en lumière les émotions et les stratégies qui ont conduit à la victoire de François Mitterrand.



