Antoine de Jerphanion : l'obstiné de Boulogne qui rêve de mairie
Dans la deuxième ville d'Île-de-France, Antoine de Jerphanion n'est plus seulement un jeune prometteur. Ce trentenaire à l'allure impeccable, enseignant à Dauphine et consultant, s'est imposé comme le principal aiguillon de la droite locale face au maire sortant. Loin d'être un héritier, cet « enfant de Boulogne » est un obstiné qui a bataillé pour se faire une place dans les Hauts-de-Seine.
Un opposant constructif face au baron local
Face au baron local Pierre-Christophe Baguet, maire depuis 2008 et élu au conseil municipal depuis 1983, Antoine de Jerphanion se revendique comme un opposant constructif : « Nous avons voté 40 % des délibérations. Je refuse de faire de la politique politicienne pouvant nuire aux Boulonnais. » Pour ce marathonien, la politique n'est pas un sprint, mais une épreuve d'endurance.
Une vocation précoce et des déconvenues formatrices
Son goût pour la politique, qui apparaît tôt, ne relève pas de l'atavisme. Dans sa famille, son père médecin et sa mère engagée dans le monde associatif ne parlent pas politique. Et pourtant à 13 ans, il fait le mur pour assister à un meeting de Jean-Pierre Fourcade sur la réforme des retraites. À la fin de la réunion, en entendant celui qui est alors maire de Boulogne parler d'urbanisme et de projet pour la ville, l'adolescent s'enflamme et se dit qu'il sera maire…
L'envie ne le quittera plus, en dépit des déconvenues qui jalonneront son parcours. Responsable des jeunes UMP à 16 ans, il découvre en effet vite que la politique locale n'a rien d'un long fleuve tranquille. À 18 ans, il veut se présenter à une élection interne de l'UMP. Sa candidature est invalidée par les instances nationales du parti, laissant le maire en place, Pierre-Christophe Baguet, comme seul candidat. « J'ai réalisé que le monde politique n'était pas du tout le milieu sympa que j'imaginais. J'étais encore très naïf », souffle-t-il en haussant les épaules.
Pour tenter de minimiser l'histoire et d'apaiser les esprits, Roger Karoutchi, l'un des hommes forts des Hauts-de-Seine aujourd'hui sénateur LR, lui glisse à l'oreille : « Boulogne, c'est toujours Dallas. » Une phrase que le candidat a fait sienne…
De l'Assemblée nationale à l'indépendance politique
En 2012, Antoine de Jerphanion devient le collaborateur parlementaire de Thierry Solère, fraîchement élu député des Hauts-de-Seine, tout en continuant ses études de droit. Après cinq ans passés à l'Assemblée nationale, il décide de prendre son indépendance politique : le juriste de formation commence à enseigner le droit public à l'université Paris-Dauphine.
Lors des municipales de 2020, lassé des logiques d'appareil – qui avaient notamment entraîné le parachutage de Claude Guéant à Boulogne en 2012 –, Jerphanion choisit de s'émanciper du système partisan qu'il considère comme une « machine à élection », peu efficace pour résoudre les problèmes concrets. Sans étiquette, il crée la surprise en frôlant les 16 % aux élections municipales face à Baguet.
Un revirement digne de Dallas et une porte qui claque
S'ensuit un revirement digne de Dallas. En janvier 2024, il intègre la majorité municipale. Le mariage tourne court. « Il était hors de question que je garde mon écharpe d'adjoint pour être une potiche », tranche-t-il. Il claque la porte sur fond de désaccords profonds :
- Le parachutage de Stéphane Séjourné (Renaissance) aux législatives en 2024
- La fermeture « brutale » de la patinoire
- « Les millions engloutis dans l'équipe de basket »
Candidat à la législative partielle en février 2025, de Jerphanion obtient au second tour 40,35 % des voix. La LR Elisabeth de Maistre est élue députée mais son résultat le conforte : l'alternance municipale est possible.
Un diagnostic sans complaisance sur Boulogne
Désormais candidat officiel à la mairie, il livre un argumentaire bien rodé et un diagnostic sur Boulogne sans complaisance. « La dette explose, notamment avec l'île Seguin, où le maire s'est obstiné à construire des bureaux alors que le télétravail se développait. On finance du vide », lâche-t-il. Avant de souligner : « Les familles s'en vont : 17,5 % d'enfants en moins dans les écoles publiques entre 2020 et 2025. Les quais de Seine n'ont toujours pas été aménagés ».
Une vision concrète pour transformer Boulogne
Sa vision pour Boulogne ? Transformer l'immense projet de stade de basket de 5 000 places en une Cité de la gastronomie avec ferme urbaine sur le toit. Un objectif qui lui tient à cœur, lui qui confie volontiers son amour pour la cuisine familiale. Son plat signature ? « Le poulet aux morilles ». « La transmission, les recettes en famille, c'est ce qui crée du lien », dit-il.
Il propose aussi :
- La réouverture de la patinoire convertie en terrain de Padel
- Trois nouveaux sites pour ce sport en pleine explosion
- Des aménagements urbains pensés sur les grands axes et sur les points dangereux
Un philippiste qui refuse de polémiquer
Il revendique une approche rationnelle, « philippiste », dit-il, « c'est-à-dire loin des polémiques stériles ». « Les Boulonnais veulent de l'honnêteté et de l'écoute. Aujourd'hui, quand vous apportez un sujet à la mairie, on vous explique soit que tout va bien, soit que c'est trop technique pour que vous compreniez les enjeux ! », grince-t-il.
Rejoint par la LR Virginie Mathot, il assure sentir « la vague monter ». Pour lui, « le cycle Baguet est terminé, marqué par l'usure d'un système ». Il note en souriant que le record du monde de marathon appartient à un homme de 37 ans. Et d'ajouter : « J'en ai 34, ma carrière est en construction ». À Boulogne, la course ne fait que commencer.



