Raphaël Glucksmann en campagne en Occitanie, entre marchés et meetings
Sur le marché de Lavaur, dans le Tarn, Raphaël Glucksmann déambule entre les stands de fromage et de pain. L'eurodéputé, foi de charbonnier en bandoulière, interpelle un couple de retraités : « Il y a encore une majorité de Français qui ne veulent pas de duel Bardella-Melenchon ! ». Dans cette commune occitane aux briques ocre, dirigée depuis 1995 par Bernard Carayon, ancien LR passé à l'UDR d'Éric Ciotti en 2024, le patron de Place Publique est venu samedi soutenir le candidat d'union de la gauche, Régis Navellou. Mais surtout, il trace son sillon en vue de l'échéance présidentielle de 2027.
« La clarté lors de ces municipales est la condition de toute la suite », confie-t-il, lâchant un « À bon entendeur » lourd de sens. Le quadragénaire, qui n'a pas encore officialisé sa candidature à la présidentielle, se voit en « digue démocratique » contre les extrêmes. « Nous pouvons bloquer la bascule de la France, au cœur de l'Europe, hors du cadre de la démocratie libérale », estime-t-il, la veille, dans un TGV filant vers Perpignan.
Perpignan, laboratoire du marinisme et terrain d'affrontement
L'éternel lanceur d'alerte sur la guerre en Ukraine ou le régime chinois, qui nourrit l'ambition de se présenter comme un recours contre Jordan Bardella au second tour, a choisi de ferrailler à Perpignan. Loin du bocal politique parisien, il tente un tour de chauffe dans cette cité dirigée par Louis Aliot (RN) depuis 2020.
« Perpignan mérite de sortir de l'isolement ! », tonne-t-il vendredi lors d'un meeting de soutien à Agnès Langevine, candidate Place Publique à la tête d'une liste alliant gauche et centre droit. Aux côtés de Boris Vallaud et Carole Delga, Glucksmann, poing levé et costume bleu, ambitionne de raviver un front républicain sérieusement écorné dans cette terre bleu marine. « Vous êtes la puissance, et non l'extrême droite qui n'en est que l'illusion ! », s'enflamme-t-il devant une salle conquise.
Une tâche ardue dans cette ville totem où Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon se sont aussi précipités pour soutenir leurs candidats respectifs.
Charge frontale contre Jean-Luc Mélenchon et LFI
Sans surprise, Raphaël Glucksmann ne réserve pas ses flèches au seul RN. Le député européen en est convaincu : impossible de couler le Charybde Bardella sans rompre définitivement avec le Sylla Mélenchon.
« On ne lutte pas contre l'extrême droite avec celles et ceux qui jouent avec les noms de famille à consonance juive ou d'origine étrangère », dénonce-t-il à la tribune perpignanaise. Une contre-attaque en règle visant les sorties du tribun insoumis sur la prononciation du nom de famille de Jeffrey Epstein ou du sien. « OK Jean-Marie Le Pen », avait répondu sur X l'eurodéputé au patriarche plus tôt dans la semaine.
Pourtant, en 2024, au lendemain d'européennes réussies, Glucksmann, déstabilisé par la fureur de la dissolution et la pression des appareils de gauche, avait fini par se rallier au Nouveau Front Populaire. De l'histoire ancienne, jure-t-il aujourd'hui. « C'est fini, il n'y aura plus d'alliance ! », martèle-t-il à un jeune homme rencontré devant la gare de Toulouse.
Une ligne nationale inflexible, même au prix de tensions locales
Le patron de Place Publique promet que dans l'entre-deux-tours des municipales, il retirera ses candidats et son logo de toute liste qui succomberait à une alliance avec LFI. « Ce sera parfois très difficile pour les militants et les élus locaux qui font campagne depuis six mois ou un an, mais nous avons forgé une ligne nationale et il faut l'appliquer. »
Une stratégie pas totalement partagée par le reste de la gauche non LFI. Si le PS a dénoncé mardi les « propos antisémites » de Jean-Luc Mélenchon, sa direction n'exclut toujours pas de « rares » rapprochements. « La position de Glucksmann est intenable », tance un important cadre socialiste. « Vous avez des mecs qui, sur place, ont fait campagne. Glucksmann retirera son logo mais ses mecs resteront. Sa position est celle des gens qui sont exclusivement dans la strate nationale et le débat de la présidentielle. »
Optimisme mesuré en vue de 2027
Accoudé au wagon-bar du TGV, l'eurodéputé, qui espère rallier à lui l'appareil socialiste pour mener campagne en 2027, se montre inflexible. « Il y a une évolution positive du PS qui rejoint progressivement notre ligne. Le communiqué de mardi est un pas important pour la suite. Le mot “antisémite” est écrit noir sur blanc dans un document officiel adopté à l'unanimité. Je ne vois pas comment il pourrait y avoir le moindre retour en arrière après ça. Et je sais que mon avis est largement majoritaire. »
Optimisme Glucksmannien en vue de son aventure présidentielle ? À gauche, un premier acte du feuilleton 2027 s'apprête en tout cas à se nouer dans l'entre-deux-tours des municipales, avec des lignes de fracture déjà bien visibles.



