Raphaël Glucksmann durcit le ton contre LFI après la mort d'un militant à Lyon
Derrière son costume cravate et son physique longiligne, Raphaël Glucksmann se rêve parfois en cimentier. Début février, en privé, l'eurodéputé s'imaginait profiter des prochaines élections municipales pour consolider sa "digue" vis-à-vis de La France insoumise (LFI), en refusant toute alliance, même locale, avec les troupes mélenchonistes. Ce lundi, invité de RTL, le patron de Place Publique a accéléré l'opération bétonnage.
« Il est impensable que nous continuions à gauche à cultiver le moindre doute vis-à-vis de LFI », a martelé Raphaël Glucksmann, appelant à bâtir une "digue de défense de la démocratie" face au Rassemblement national (RN) comme à LFI. Objectif : étanchéité maximale.
La cause d'un nouveau haussement de ton
La cause de ce nouveau haussement de ton : la mort de Quentin, jeune militant nationaliste, passé à tabac jeudi à Lyon en marge d'une conférence de l'eurodéputée Rima Hassan. Si beaucoup à gauche ont sorti les pincettes, attendant les résultats de l'enquête, Raphaël Glucksmann a décidé de dégainer sans attendre l'artillerie lourde contre la rhétorique mélenchoniste.
« LFI brutalise le débat public depuis des semaines et des mois. Vous ne pouvez pas en permanence utiliser des mots d'une violence extrême sans penser que ces mots se traduiront en acte ! » Qu'il est loin l'été 2024 où Glucksmann, sonné par la dissolution express, finissait par consentir du bout des lèvres au Nouveau Front populaire (NFP) : désormais, croix de bois, croix de fer, à l'approche de la présidentielle, le quadragénaire veut s'ériger en anti-Mélenchon.
LFI épinglée pour ses liens avec la Jeune Garde
Il faut dire que le contexte aide bien l'eurodéputé : depuis ce week-end, les Insoumis sont (une nouvelle fois) sous tous les feux, accusés de complaisance aiguë vis-à-vis des mouvements antifas violents. « LFI encourage depuis des années un climat de violence », a dézingué sur BFM la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
Quant au ministre de l'intérieur Laurent Nuñez, après avoir jugé que "l'ultragauche" était "manifestement à la manœuvre" dans la mort de Quentin, il a pointé les « liens extrêmement forts entre LFI et la Jeune Garde », un "groupe qui appelle à la violence". Ces derniers mois, Jean-Luc Mélenchon avait directement apporté son soutien à ce mouvement antifasciste, créé à Lyon par un certain... Raphaël Arnault, lui-même élu député LFI à l'été 2024.
En avril, alors que Bruno Retailleau avait entamé sa dissolution, le patriarche saluait une organisation "alliée, liée au mouvement insoumis". Si la Jeune Garde se défend de toute responsabilité dans la mort de Quentin, Laurent Nuñez a explicitement évoqué sur France 2 des "témoignages" allant "dans le sens" de l'implication de certains de ses "militants".
« LFI devrait exclure de ses rangs Raphaël Arnault »
En meeting à Montpellier, Jean-Luc Mélenchon, cravate rouge et veste noire, a tenté dimanche de répliquer. « Nous n'avons rien à voir avec cette histoire et ceux qui nous accusent sont des calomniateurs ! » s'est défendu vertement le patriarche insoumis, exprimant son "empathie" pour la famille de Quentin. Avant de tenter un contre-feu, fustigeant le "matraquage médiatique permanent qui appelle à la haine" contre LFI.
Pas franchement de quoi éteindre l'incendie. « LFI devrait exclure de ses rangs Raphaël Arnault et Rima Hassan, qui propage la haine, qui incite à la violence. Cela crédibiliserait, un peu, vos paroles », s'est empressé de répondre, dans la même veine que Raphaël Glucksmann, le maire PS de Montpellier Michaël Delafosse, figure de l'aile la plus anti-LFI du PS.
« Si LFI ambitionne d'être un parti de gouvernement, il faut qu'elle dénonce tout usage de la violence, même verbale, d'où qu'elle vienne », le rejoint auprès du Point Pierre Ouzoulias. Et ce sénateur communiste de soupirer : « LFI assume de représenter la seule radicalité à gauche. L'affrontement est sa stratégie politique. Elle ne peut donc pas prôner la retenue... » Comme un parfum de gauches irréconciliables... et de marginalisation croissante de LFI, récemment classée à l'extrême gauche par le ministère de l'intérieur.
Une étanchéité relative
Pour autant, derrière la mousse médiatique, ce climat électrique est-il à ce stade de nature à ériger définitivement un mur infranchissable entre LFI et le reste de la gauche, comme le souhaite Raphaël Glucksmann ? Pas si sûr. D'abord, nombreuses sont les personnalités de gauche qui demandent d'attendre les conclusions de l'enquête pour se prononcer.
« Aujourd'hui nous ne sommes pas en mesure de dire de manière factuelle, “les antifascistes ont tué”, on ne le sait pas encore », avançait lundi matin sur France Info l'écologiste Sandrine Rousseau, après avoir condamné le drame. « Je ne veux pas faire précisément ce qu'on reproche à LFI, c'est-à-dire jeter quelqu'un en pâture sans avoir les éléments », lâchait quelques heures plus tard auprès du Point une figure de la gauche sociale-démocrate, peu suspecte de complaisance avec les Insoumis.
Reste qu'au-delà des précautions (légitimes) sur l'avancée de l'enquête, certains à gauche se montrent, sur le fond, encore plus prudents pour la suite. « Si la Jeune Garde est impliquée, c'est sûr qu'il faudra que Raphaël Arnault dise quelque chose mais on ne peut pas attribuer à LFI tout ce que fait la Jeune Garde », plaide un ex-Insoumis, évincé lors des dernières législatives.
Autre "purgé", le député Alexis Corbière publiait encore ce lundi matin dans L'Obs une tribune invitant les forces du (feu) NFP à "cesser le fracas de la division surjouée". Aux antipodes du ciment glucksmanien, la mythologie unitaire sait se faire coriace.
Et au PS ?
« Quand on est anti-fasciste, on ne répond pas aux provocations de l'extrême droite par la violence physique », est montée au créneau sur X la députée Chloé Ridel, en charge de l'élaboration du programme pour 2027, sans cibler directement, à ce stade, LFI. Pour les prochaines municipales, la maison rose, pourtant en froid glacial dans l'hémicycle avec les troupes mélenchonistes tout au long de la séquence budgétaire, n'exclut pas des rapprochements d'entre-deux-tours avec des Insoumis dans certaines villes.
Les événements des derniers jours vont-ils rebattre les cartes ? « Je ne pense pas, estime sans détour un élu socialiste en pleine campagne. Il y a encore un mois avant les élections, il va se passer des choses entre-temps. Et puis, il y a une telle peur du PS de perdre ses mairies... » En attendant, Glucksmann n'en a pas fini de brandir sa truelle.



