Le 22 mars, Gaël Mancuso a remporté la triangulaire municipale de Saint-Hilaire-de-Brethmas, dans le Gard, avec 48,24 % des voix, contre 41,12 % pour le maire sortant Jean-Michel Perret et 10,64 % pour Sylvie Galtier. Seulement 180 voix séparaient les deux premiers. Près de six mois après son élection, ce maire divers droite encarté au Rassemblement national veut imprimer sa marque : communication, réorganisation des services, renforcement de la sécurité, maîtrise des finances. Derrière les économies revendiquées, ses premiers choix dessinent une autre politique, avec ses dépenses, ses contradictions et ses tensions.
Une victoire par rejet, une gouvernance assumée
Sébastien Roumiguié, ancien adjoint au maire, estime que cette victoire relève d'abord d'un rejet profond de son prédécesseur. « La grande majorité des citoyens ont voté contre Jean-Michel Perret », affirme-t-il, évoquant une « forme locale de dégagisme ». Une situation paradoxale qui aurait pu inviter à la prudence le nouveau maire, mais il n'en fut rien. « Il a supprimé à grande vitesse toutes les manifestations qui étaient organisées et qui contribuaient à dynamiser la vie locale », déplore Sébastien Roumiguié, ancien adjoint à la communication et président d'honneur de l'association « Sentiers et Patrimoine ».
Gaël Mancuso balaye ces critiques. Il revendique neuf mois de travail sur le terrain et de rencontres pendant sa campagne, où il dit avoir eu « l'impression de faire partie de la famille », « d'être pour eux un fils, un cousin, un neveu, un beau-frère ». Une proximité qui n'empêche pas une certaine verticalité. « Une gouvernance verticale, c'est normal : je suis le maire, je dois arbitrer certaines décisions », justifie-t-il.
Des critiques d'opposition et des fissures dans la majorité
Sylvie Galtier, élue d'opposition issue de la liste « Pour St Hilaire », dénonce « une gouvernance très autoritaire et très verticale ». Elle met en garde : « Il veut aller vite, mais ce qui risque de le freiner, de toute façon, c'est le problème budgétaire, puisqu'il l'a dit lui-même : ils ont trouvé des caisses vides, soi-disant. Je pense que cela va freiner leur allant. »
Les cinq élus du groupe « Initiatives pour Saint-Hilaire » contestent également une méthode qu'ils jugent solitaire et teintée d'amateurisme. Sabine Nicolas, Laurent Clerc et Orlane Chabassut pointent « la décision initiale de mettre fin à douze contrats d'agents périscolaires, finalement réexaminée après la mobilisation des syndicats et des parents ». Ils questionnent aussi la cohérence de certains arbitrages budgétaires. « Il a une instabilité dans les prises de décisions », résume Orlane Chabassut.
Cette conduite pourrait fragiliser sa majorité. La démission de Nell Bonnet, conseillère municipale déléguée notamment à la culture, annoncée le 30 septembre, illustre ces fissures. Dans un message sur Facebook, l'élue expliquait vouloir « être fidèle à mes valeurs ». Gaël Mancuso évoque des difficultés familiales et le sentiment de ne pas trouver sa place dans l'équipe, tout en assurant que sa majorité reste « solidaire ». « Ils savent qu'ils peuvent se tourner vers moi, que je suis disponible pour les aider ou pour arbitrer quand ils en ont besoin », affirme-t-il.
Des économies ciblées et des dépenses assumées
Sur le fond, le changement est brutal. « Tout ce qui coûte me dégoûte », assène Gaël Mancuso, prêt à tailler dans les plusieurs millions d'euros du budget communal. Pourtant, de nouvelles dépenses apparaissent : refonte de l'identité visuelle de la commune, rétablissement de l'éclairage public nocturne pour un surcoût annoncé de 5 000 euros, et renforcement avec armement de la police municipale.
L'abandon de l'éco-quartier illustre cette politique. Le projet, estimé par la nouvelle équipe à 14 millions d'euros hors taxes, est jugé inepte. « C'était un projet très, très ambitieux. Je l'accorde : un projet qui aurait pu être magnifique pour une Région, une Agglomération, mais pas pour une commune comme Saint-Hilaire », justifie le maire. Une partie de l'opposition regrette une réflexion limitée et idéologique. « Ce qui nous inquiète, c'est qu'il y a quand même de l'argent qui a été déjà dépensé. Il faudra aussi rembourser potentiellement les subventions qui ont été déjà versées pour les études », détaille Orlane Chabassut, qui craint de voir Saint-Hilaire devenir « un village dortoir ». « Aujourd'hui, vous avez votre enfant qui veut faire du judo. Vous allez devoir aller peut-être faire 10, 15 kilomètres pour trouver un club, parce que le maire a décidé de faire payer les associations qui ne sont pas de la ville », ajoute-t-elle.
Sylvie Galtier tient une position plus nuancée. « L'argent public n'est pas là pour être gaspillé », affirme-t-elle, justifiant l'augmentation des prix de la cantine ou la remise en question de l'éco-quartier. Elle approuve le renforcement de la police municipale, mais critique la disparition de plusieurs animations estivales. « On a l'impression que Saint-Hilaire va devenir la belle endormie », s'inquiète-t-elle.
Un cap pragmatique, projet par projet
Faisant fi de ses opposants, le premier magistrat entend avancer « projet par projet ». D'abord l'agrandissement du cimetière, puis « le projet phare de mandat, la rénovation de l'école René-Deleuze, où j'espère une inauguration en septembre 2028 », avant le complexe sportif. « Je ne suis pas là pour faire rêver mes élus, je suis là pour avancer de manière pragmatique », prévient Gaël Mancuso. En attendant, le maire veut continuer de faire des économies et de bousculer les habitudes, laissant aux habitants le soin de juger ce qu'ils gagneront ou perdront au prix de cette nouvelle méthode.