Christian Estrosi : « Si j'ai des regrets, je préfère les garder »
Estrosi : « Si j'ai des regrets, je préfère les garder »

Dans un entretien accordé à Nice-Matin, Christian Estrosi, maire de Nice depuis 2008, revient sur dix-huit années de mandat marquées par de grands chantiers et des polémiques. Il assume ses choix, de l'Allianz Riviera au tramway en tunnel, et évoque ses fiertés comme ses regrets.

Un constat alarmant en 2008

À son arrivée en 2008, Christian Estrosi dit avoir trouvé une ville « en situation complexe » : quinze emprunts toxiques, de faibles recettes économiques, une insécurité forte, des réseaux de prostitution, un milieu niçois qui « faisait main basse » sur la gestion des terrasses, un hôpital Pasteur « au point zéro » et une situation sociale fragilisée. Nice perdait alors entre 300 et 500 habitants par an, ne comptait que 23 000 étudiants et souffrait d'une désorganisation entre l'Est et l'Ouest.

Sa vision était « très grande » : il voulait faire de Nice une « ville verte de la Méditerranée », un slogan repris dans sa première profession de foi. Pour porter cette ambition, il a misé sur des outils juridiques : l'opération d'intérêt national dans la plaine du Var, la création de l'Éco-Vallée et celle de la métropole, « la première de France ». Cela a permis d'établir un schéma de mobilité à 2030, un plan climat et un plan local d'urbanisme métropolitain.

L'Allianz Riviera : un choix assumé

Le stade Allianz Riviera a suscité de vifs débats, notamment sur sa taille, son coût et le choix du partenariat public-privé (PPP). Interrogé sur ce point, Christian Estrosi affirme qu'il referait « naturellement » le même choix : « Il fallait un équipement à la hauteur, moderne. Sur son implantation, sur le choix du PPP, c'était la bonne formule à l'époque, et toujours aujourd'hui. »

Il rappelle que la France était candidate à l'Euro 2016 et devait construire neuf stades aux normes UEFA, avec une participation financière de l'État. Philippe Séguin, alors président de la commission Grand Stade à la Fédération française de football, proposait la procédure PPP. Estrosi a comparé : un stade de 18 000 places au Ray ou un stade de 35 000 places à l'ouest, où le tramway était prévu. Le coût était identique, mais le grand stade était homologué par l'UEFA et permettait à l'OGC Nice de jouer l'Europe.

Le PPP reste contesté, mais Estrosi le défend : « Le PPP nous a permis de faire le stade très vite. Il est sur vingt-sept ans, nous avons livré le stade en 2013. Dans 14 ans, le stade sera rendu par l'exploitant à l'état neuf, parce que c'est le contrat. » Il justifie ce choix par le retard accumulé par Nice et la nécessité de « mettre un coup d'accélérateur ».

Le tramway : un investissement rentable

Les lignes 2 et 3 du tramway, livrées entre 2018 et 2019, étaient « la priorité des priorités » pour recréer une seule ville de l'Est à l'Ouest. Les premières études prévoyaient un tram sur la promenade des Anglais, mais Estrosi a préféré un tunnel pour une vitesse commerciale et une capacité de transport plus fortes, reliant le port à l'aéroport. « L'avion, le tram, la gare routière, le train, le bateau : on avait la totale multimodalité. »

Aujourd'hui, le tramway compte près de 130 000 usagers par jour. Estrosi considère que l'investissement de « presque un milliard d'euros à bas taux et amortissable en vingt-cinq ans » est « de l'argent gagné ».

La démolition d'Acropolis et du TNN

La démolition d'Acropolis et du Théâtre National de Nice (TNN) pour prolonger la Coulée verte a provoqué une forte opposition. Estrosi justifie la décision pour Acropolis : le centre ne recevait plus les grands congrès, les plafonds étaient bas, le bâtiment était en très mauvais état et aurait nécessité des investissements considérables. Il évoque aussi le risque de débordement du Paillon : « Un jour, il débordera. Il faudra que l'eau puisse s'écouler en surface plutôt que de s'engouffrer dans les rues adjacentes. »

Pour le TNN, il souligne les malfaçons : 150 places inutilisables, de l'amiante et des travaux lourds à prévoir. Aujourd'hui, le TNN dispose de trois scènes, dont une à l'église des Franciscains, un bâtiment du XIIIe siècle réhabilité. « Il y a davantage de salles de répétition, des studios pour les artistes et une costumerie. » Un projet de nouvelle salle de 900 places au Palais des Expositions était presque achevé, avec une livraison prévue en 2029.

La sécurité : un effort massif

Sur la sécurité, Estrosi affirme avoir considérablement renforcé les moyens : 180 policiers municipaux à son arrivée, contre 1 000 personnes aujourd'hui dans les services de sécurité, dont 650 policiers municipaux et plus de 180 ASVP. La ville compte près de 6 000 caméras, un centre de supervision urbain, des caméras embarquées dans les transports, 1 700 boutons d'alerte, 303 bornes d'appel d'urgence SOS et 177 haut-parleurs.

Près de 600 millions d'euros ont été consacrés à la rénovation urbaine dans les quartiers. Il a également fallu dix-huit ans pour livrer l'hôpital Pasteur et autant pour l'hôtel de police, où police nationale et municipale sont mutualisées.

Fiertés et regrets

Sa plus grande fierté est d'avoir « fait entrer Nice dans la cour des grands » : la ville est classée à l'Unesco, elle a accueilli la seule arrivée du Tour de France cycliste hors des Champs-Élysées, et des grands événements internationaux comme l'UNOC envisagent de s'y tenir. « Si, en 2008, j'avais dit tout cela, qui m'aurait cru ? »

Sur les regrets, Estrosi reste discret : « Si j'ai des regrets, je préfère les garder au fond de moi parce que je veux mesurer s'ils sont justifiés ou pas. » Il en cite un : avoir délégué sa confiance à « quelques rares personnes qui l'ont trahi », en laissant à chacun le soin de se reconnaître.