Emmanuel Grégoire officiellement intronisé maire de Paris après sa victoire électorale
Emmanuel Grégoire élu maire de Paris, succède à Hidalgo

Emmanuel Grégoire devient officiellement maire de Paris

Le socialiste Emmanuel Grégoire, âgé de 48 ans, a été officiellement intronisé maire de Paris ce dimanche matin. L'ancien adolescent de Jonzac succède ainsi à Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo à la tête de la capitale française. Cette cérémonie d'installation marque l'aboutissement d'un parcours politique qui a débuté dans les années 1990, lorsque le jeune lycéen prenait le car chaque matin à 6h45 depuis Saint-Fort-sur-Gironde pour rejoindre le lycée Jean-Hyppolite à Jonzac.

Une victoire nette au second tour

Après sa nette victoire au second tour des élections municipales, avec 50,52% des voix et neuf points d'avance sur sa rivale de droite Rachida Dati, le député PS a été formellement élu maire de Paris. Le vote du conseil municipal a confirmé cette victoire avec 103 conseillers municipaux sur 163 qui ont voté en sa faveur. Cette majorité regroupe l'intégralité des élus socialistes, écologistes et communistes, et progresse de dix élus par rapport à la précédente mandature, face à une opposition de droite morcelée en trois groupes distincts.

Une cérémonie solennelle et émouvante

Ceint de l'écharpe tricolore, le nouveau maire a pris la parole en fin de matinée, après une longue standing ovation de l'assemblée. L'ambiance était à la fois solennelle et, comme c'est l'usage pour les conseils d'installation, détendue. Emmanuel Grégoire, souvent décrit comme discret et introverti, n'avait pas caché son émotion le soir du premier tour. Ce dimanche, il a prononcé un premier discours sobre et méthodique, annonciateur de ce que sera probablement sa manière d'exercer le pouvoir.

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Les priorités du nouveau maire

Dans son discours d'intronisation, Emmanuel Grégoire a détaillé ses principales priorités pour la capitale :

  • Le périscolaire, secteur frappé par plusieurs scandales d'agressions sexuelles récentes
  • Le logement, avec l'objectif qu'"aucun mètre carré ne doit rester inutile ou inutilisé"
  • La rénovation thermique des bâtiments parisiens
  • La sécurité dans les rues de la capitale
  • La lutte contre la pauvreté, affirmant qu'"aucun enfant l'hiver prochain ne doit dormir dans la rue"

Le tournant Jospin et un parcours politique singulier

Le nouveau maire a préféré parler de Paris que de lui-même, sauf pour évoquer le rôle déterminant qu'a joué Lionel Jospin dans sa trajectoire politique. C'est d'ailleurs Bertrand Delanoë qui lui a appris, pendant la soirée du second tour, la mort de l'ancien Premier ministre. "Lionel Jospin incarnait une gauche qui gouverne sans renier ses idéaux", a souligné Emmanuel Grégoire. "C'est pour lui que je me suis engagé en politique."

Cet engagement remonte à 2001, alors qu'il n'avait que 24 ans. Ce jeune social-démocrate avait pris sa carte au Parti Socialiste pour s'investir dans la campagne présidentielle du leader de la gauche plurielle. Il venait alors d'arriver à Paris après une enfance en Seine-Saint-Denis et une adolescence dans la région de Jonzac, où sa mère institutrice et son beau-père s'étaient installés. Il a ensuite poursuivi ses études à Bordeaux, menant de front des études de philosophie à l'université et à Sciences Po.

De l'ombre à la lumière

À Paris, Emmanuel Grégoire s'est partagé pendant une dizaine d'années entre le secteur privé, dans une entreprise de conseil médical, et le militantisme au PS. Il a ensuite rejoint les cabinets de Bertrand Delanoë puis de Jean-Marc Ayrault à Matignon entre 2012 et 2014. "C'est là qu'il a été remarqué pour ses talents d'organisateur", commente un cadre du PS parisien. "Il est rigoureux, sait bien faire travailler des gens ensemble, susciter de l'émulation intellectuelle. Il est aussi retenu, manque un peu de fantaisie. Le grand risque pour lui serait de s'enfermer dans une image techno."

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En 2014, l'homme de l'ombre entre dans la lumière du suffrage universel en devenant l'adjoint d'Anne Hidalgo, puis son premier adjoint à partir de 2018. Cependant, l'échec sévère de la maire de Paris à l'élection présidentielle de 2022 a profondément dévasté leur relation. Anne Hidalgo lui reprochait de ne pas l'avoir suffisamment soutenue et de s'être rapproché d'Olivier Faure, dont elle critiquait les ambiguïtés vis-à-vis de La France Insoumise. Deux années de disgrâce ont suivi, au point qu'Emmanuel Grégoire, entre-temps élu député, a décidé de quitter la Ville de Paris l'année dernière.

La réconciliation et le départ d'Anne Hidalgo

Après des mois de tensions dont il a su jouer pour se démarquer de son ancienne cheffe, Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire se sont réconciliés récemment. Ce dimanche, le nouveau maire a chaleureusement salué la désormais ex-maire. Après vingt-cinq ans de mandats, d'abord comme numéro deux de Bertrand Delanoë, puis comme patronne, Anne Hidalgo a quitté l'Hôtel de Ville à 12h15. Des collaborateurs émus avaient formé pour elle une haie d'honneur, marquant la fin d'une ère pour la politique parisienne.

Un conseil municipal renouvelé

Au conseil municipal, Emmanuel Grégoire devra composer avec une opposition sur sa droite, représentée par une cinquantaine d'élus, mais aussi, nouveauté importante, sur sa gauche. Neuf conseillers Insoumis font leur entrée dans l'hémicycle parisien. Sophia Chikirou a d'ailleurs annoncé la couleur dès ce premier conseil : "Nous sommes 9 sur 163, mais je vous garantis un ressenti à 90 !". Pour sa part, Rachida Dati, qui coprésidera un groupe d'opposition Les Républicains, n'a pas assisté à ce premier conseil municipal pour des raisons familiales.

Le nouveau maire de Paris hérite ainsi d'une capitale aux défis multiples, avec une majorité renforcée mais aussi une opposition plus diversifiée que jamais. Son style sobre et méthodique, hérité de ses années dans l'ombre du pouvoir, sera mis à l'épreuve dans les mois à venir alors qu'il devra concrétiser ses promesses de campagne dans un contexte économique et social complexe.