Emmanuel Grégoire, le nouveau maire de Paris, un parisien moyen au destin politique singulier
Emmanuel Grégoire, le maire de Paris, un parisien moyen au destin singulier

Emmanuel Grégoire, un portrait du parisien moyen devenu premier magistrat

Le nouveau maire de Paris incarne une figure singulière : celle du parisien moyen. Cette remarque ne se veut aucunement désobligeante, bien au contraire. Emmanuel Grégoire, âgé de quarante-huit ans, coche la plupart des cases qui dessinent le portrait-type de l'habitant de la capitale. Né en banlieue, il a passé son adolescence en Charente-Maritime avant de revenir s'installer à Paris. Diplômé de Sciences Po Bordeaux sans être surdiplômé, il dirige une famille recomposée de cinq enfants.

Son parcours professionnel mêle expérience dans le privé et engagement public. Passionné de football, il supporte le PSG mais aussi le RC Lens, et apprécie les bières en terrasse comme les déplacements en métro, y compris après sa victoire au premier tour des municipales. Ceux qui le connaissent le décrivent unanimement comme un type sympa, sans aspérités, qui ne hausse jamais le ton et s'entend avec presque tout le monde.

Une ascension dans l'ombre d'Anne Hidalgo

La carrière politique d'Emmanuel Grégoire s'est longtemps développée dans l'ombre protectrice d'Anne Hidalgo. Après avoir dirigé le cabinet de Bertrand Delanoë de 2010 à 2012, il prend la tête de la turbulente fédération socialiste de Paris à partir de 2015. Sa nomination comme premier adjoint en 2018 consacre cette proximité. En réponse, l'élu du 12e arrondissement fait preuve d'une fidélité absolue, défendant pied à pied la maire de Paris lors de l'affaire des abus sexuels en milieu périscolaire en 2015.

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À l'Hôtel de ville, on se souvient des soirées improvisées dans son bureau après chaque conseil de Paris, avec boissons et karaoké spontané où étaient conviés élus de tous bords et personnel municipal. Cette approche consensuelle masque cependant des tensions sous-jacentes qui finiront par émerger.

La difficile émancipation politique

Ce n'est qu'en 2024 qu'Emmanuel Grégoire tente de sortir de l'ombre de la maire de Paris. En février, il déclare au Monde qu'il faut à Paris « une nouvelle histoire », manifestant ses ambitions pour le fauteuil de maire. Mais cette tentative d'émancipation ne dure qu'une poignée de jours. Après la colère d'Anne Hidalgo, Grégoire rentre dans le rang, allant jusqu'à accuser le journal d'avoir travesti ses propos.

Cet épisode fait sourire ses adversaires qui y voient la marque d'un homme velléitaire. L'accusation revient au printemps 2024 lorsque, le dimanche 9 juin, alors qu'Emmanuel Macron vient de dissoudre l'Assemblée nationale, Grégoire part en vacances en Sicile pour faire demi-tour le lendemain et annoncer sa candidature dans la septième circonscription de Paris.

La rupture définitive et l'affirmation du leadership

Cette fois, Emmanuel Grégoire va au bout de sa démarche. « J'ai pris un risque, mais j'ai gagné ma liberté », déclare-t-il un an plus tard. Élu député en battant Clément Beaune avec le soutien de LFI dans le cadre du Nouveau Front Populaire, il se libère définitivement de la tutelle d'Anne Hidalgo.

Lors de la campagne municipale, il affronte avec succès le candidat soutenu par la maire de Paris, Rémi Féraud, lors de la primaire socialiste. Jamais un mot plus haut que l'autre, jamais de critique publique, sauf lorsque les micros sont éteints. Un jour de décembre 2024, interrogé sur sa capacité à dire du mal d'Anne Hidalgo et de Rémi Féraud, il répond avec un léger mépris : « Non, je ne dis jamais de mal de mes collaborateurs ».

Un chef désormais attendu à la tête de Paris

Durant la campagne, Emmanuel Grégoire fait preuve d'une autorité nouvelle. Il écarte sans heurts de sa liste des figures historiques du PS parisien comme Patrick Bloche, l'ancien premier adjoint d'Hidalgo, ou François Vauglin. Quand la maire du 12e arrondissement, Emmanuel Pierre-Marie, est soupçonnée de maltraitance par des collaborateurs, Grégoire tranche immédiatement en l'écartant de la campagne.

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À la tête de l'Hôtel de ville, le nouveau maire devra désormais faire travailler ensemble socialistes, écologistes et communistes. Les écologistes, qui ont accepté pour la première fois de se ranger derrière le PS dès le premier tour, seront probablement exigeants en matière de postes et de politiques à mettre en œuvre. Sans aucun doute, Emmanuel Grégoire aura besoin de mobiliser tout son sens de la diplomatie, cette qualité qui l'a caractérisé tout au long de son parcours, pour naviguer ces nouvelles responsabilités et alliances complexes.