Un an avant la présidentielle : le scénario Philippe se dessine
Dans exactement un an, la France se trouvera à la veille du premier tour de l'élection présidentielle. Une année, c'est à la fois une éternité et un battement de cils dans l'univers politique. Longue, car mille événements imprévisibles peuvent surgir pour bouleverser radicalement le paysage et invalider le dernier sondage Elabe pour La Tribune dimanche. Mais courte aussi, parce que les tendances structurelles sont désormais bien ancrées, et elles indiquent qu'un seul profil semble en mesure de se qualifier pour le second tour de 2027 et de l'emporter face au champion du Rassemblement National : Édouard Philippe.
Le positionnement stratégique de l'ancien Premier ministre
Seul l'ancien Premier ministre peut en effet espérer rassembler à la fois le soutien des électeurs les plus à droite des Républicains et des centristes de Renaissance, tout en attirant la gauche réformiste qui préférera voter « utile » plutôt que de subir un duel Mélenchon contre le RN se terminant par une victoire de l'extrême droite. Son positionnement, situé au barycentre du socle commun, lui confère un avantage considérable. Il apparaît même comme l'ultime recours pour éviter que la France ne se donne à un héritier de Jean-Marie Le Pen.
Le premier obstacle : un programme « vinaigré »
Mais le maire du Havre doit d'abord triompher de trois obstacles de taille. Le premier concerne son programme. Annoncé comme « massif » dans les colonnes du Point, le moment de son dévoilement est sans cesse reporté. Et pour cause : fondé, promet le candidat, sur un « langage de vérité », il contiendra sans doute plus de vinaigre que de miel pour séduire les électeurs. Même si les Français savent au fond d'eux-mêmes qu'il faudra, par exemple, travailler davantage et plus longtemps, ils pourraient être tentés de privilégier les solutions des candidats démagogues, c'est-à-dire pratiquement tous les autres.
La concurrence interne : un champ de bataille
Deuxième obstacle majeur : la concurrence au sein même du camp modéré. Avec un total de voix de gauche souvent famélique, généralement bien en dessous des 30 %, chaque candidat de ce camp s'estime autorisé à tenter sa chance. Dépasser Raphaël Glucksmann ou même Jean-Luc Mélenchon, qui oscillent autour de 10 à 12 %, ne paraît pas insurmontable.
C'est pourquoi Gabriel Attal comme Bruno Retailleau se donnent environ six mois pour faire leurs preuves, ou pour qu'Édouard Philippe trébuche. Le problème est qu'ils prendront pour cible le favori de leur propre camp, et certaines blessures politiques peuvent s'avérer mortelles. À force de jouer au plus malin, tout le monde risque d'y perdre.
Le défi personnel : l'image d'Édouard Philippe
Enfin, troisième et dernier obstacle : Édouard Philippe lui-même. Il est respecté, pris au sérieux, estimé, y compris par ses adversaires, mais personne n'est véritablement emballé. Il apparaît comme un technocrate un peu froid, une sorte de sous-Juppé qui n'a pas réussi à fendre l'armure. Il a beau être élu par des quartiers populaires dans sa ville, et écrire des pages émouvantes sur son père ou ses lectures, il conserve une image légèrement rigide. Ne va-t-on pas lui ressortir son obstination à limiter la vitesse à 80 km/h, mesure qui a contribué à faire surgir le mouvement des Gilets jaunes ? Sans affirmer qu'il a changé – une ritournelle qui ne prend plus – il doit au moins montrer qu'il sait être à l'écoute.
Le favori des sondages n'est pas celui qu'on croit
On dit souvent que le favori un an avant l'échéance n'est jamais l'heureux élu. Cet adage pourrait bien s'appliquer au Havrais. En réalité, ce n'est pas lui qui occupe actuellement la place de chouchou des sondages, mais Jordan Bardella. Le « plan B » de Marine Le Pen bat en effet tous les candidats au second tour sauf… Édouard Philippe, et encore de justesse (51,5 % contre 48,5 %). Si le jeune premier du RN est confirmé comme candidat après le 7 juillet, date du jugement de Marine Le Pen, le maire du Havre peut espérer que les critiques convergeront alors vers la coqueluche des Français.
Une stratégie électorale inversée
Ceux qui voudront éviter de voir Jordan Bardella entrer à l'Élysée devront procéder à l'inverse du réflexe habituel. Alors qu'au premier tour, on choisit traditionnellement, et au second on élimine, cette fois, c'est dès le premier tour qu'il faudra éliminer tous les concurrents d'Édouard Philippe, de gauche comme de droite, pour pouvoir mieux le choisir au second ! Une stratégie complexe qui illustre la singularité de cette prochaine présidentielle.



