Divisions au PS après les municipales : la gauche anti-LFI revigorée, Faure sous pression
Divisions au PS après les municipales : la gauche anti-LFI revigorée

Divisions au PS après les municipales : la gauche anti-LFI revigorée, Faure sous pression

L'humeur politique peut basculer en une semaine. Dimanche dernier, une ambiance morose régnait chez les figures de la gauche opposée à La France Insoumise (LFI), consternées par les percées insoumises dans les métropoles. Carole Delga, Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann et François Hollande semblaient isolés, assistant impuissants aux fusions PS-LFI à Toulouse, Avignon, Nantes, Brest ou Limoges. Une semaine plus tard, au soir du second tour, ces mêmes barons ont retrouvé leur tonus, persuadés d'avoir obtenu leur revanche.

Une satisfaction pour les anti-LFI

Carole Delga s'est réjouie sur X : « L'union de la gauche gagne d'abord quand elle est claire dans ses alliances ! » Raphaël Glucksmann a embrayé sur France Inter : « Les électeurs ont tranché pour la clarté. La gauche républicaine qui refuse l'alliance avec LFI, elle gagne. La tambouille ne fonctionne pas. »

Premier motif de satisfaction : la large réélection, sans surprise, des édiles très anti-LFI Nicolas Mayer-Rossignol à Rouen et Michaël Delafosse à Montpellier. À Rennes, Paris, Lille ou Strasbourg, le PS l'emporte également sans avoir eu besoin de s'allier avec LFI. « Quand la gauche est claire et qu'elle ne fait pas n'importe quoi en termes d'alliance, ça marche », clame Ariel Weil, le maire de Paris Centre réélu ce dimanche.

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Bataille de récits et analyse des défaites

La troupe anti-insoumise a scrupuleusement guetté la liste des métropoles où l'alliance du PS et de LFI a été défaite : Limoges, Clermont-Ferrand, Toulouse, Brest, Avignon, etc. Aurélien Rousseau, lieutenant de Raphaël Glucksmann, esquisse : « Nul triomphalisme, le goût est amer au vu des défaites pour la gauche. Mais on voit que la ligne que nous défendons est la bonne. La suspicion née d'alliances à géométries variables pèse et permet à la droite de surmobiliser. »

Un retour de balancier en faveur des anti-LFI ? Les soirées électorales permettent à chacun d'y voir midi à sa porte. Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, se réjouit des victoires à Roubaix, Creil, La Courneuve ou Vénissieux : « La gauche de rupture se renforce ! » Jean-Luc Mélenchon a chargé sur son blog : « Qu'il s'agisse des Écologistes ou des socialistes, nous sommes venus au secours d'équipes souvent déjà bien dépréciées, incapables de gagner seules. Le PS nous a entraînés dans sa chute. » Pierre Jouvet, numéro deux du PS, a répliqué sur France 2 : « LFI ne gagne rien, le seul objectif de votre camp, c'est de faire perdre la gauche. »

Pressions sur la direction du PS

Dans une courte allocution depuis le siège du parti, Olivier Faure a tenté de jouer les équilibristes. Il a estimé que « la provocation outrancière, la conflictualisation à tort et à travers et les dérapages antisémites sont une voie sans issue » concernant LFI, mais a juré que « les gauches irréconciliables conduisent de la même façon à une impasse ». Il s'est réjoui que les socialistes demeurent « la principale force territoriale de la gauche », fort des victoires à Paris, Lille ou Amiens.

Jean-Christophe Cambadélis, ancien Premier secrétaire du PS, qualifie ce discours de « déni » et appelle à « donner une nouvelle direction » au parti. Ariel Weil prévient : « 2027 commence ce soir et il va y avoir un aggiornamento à faire. La question de changement de direction du PS va devoir se poser. »

Jérôme Guedj, ancien compagnon de route de Jean-Luc Mélenchon, a enchaîné les plateaux TV sur une tonalité semblable : « Dès que vous donnez l'impression de fricoter avec LFI, ça nous abîme ! Il faut une clarification à l'intérieur du PS. On ne peut pas aborder une élection présidentielle en godillant. Avoir une direction friable au PS est un boulet. » Une collaboratrice socialiste est allée plus loin : « Faure est en train de tuer le PS ! »

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Interventions de François Hollande et Boris Vallaud

François Hollande a été l'un des premiers à dégainer : « Ces résultats sont l'échec de la méthode de la direction du Parti socialiste. Elle n'a pas su fixer de règles claires pour les accords, ni exercer l'autorité nécessaire pour dire ce qui était acceptable et ce qui ne l'était pas. » À Brest et Tulle, ses proches François Cuillandre et Bernard Combes, alliés à LFI, ont été battus. Hollande estime que « le temps de la clarification est venu », rêvant de tuer dans l'œuf la primaire soutenue par Olivier Faure, Marine Tondelier et François Ruffin.

Boris Vallaud, troisième homme du dernier congrès, a pris ses distances avec la stratégie d'entre-deux-tours sur RTL : « Il n'y a plus de place pour l'ambiguïté stratégique. Dans l'entre-deux-tours, le PS a manqué de clarté. Dans les instances, nous évoquerons tous les sujets, sans tabou, sans ambiguïté, sans faux-semblant. »

Contre-attaque du camp fauriste

Le camp d'Olivier Faure ne compte pas se laisser faire. Un fauriste peste : « À un moment, nous aussi on va sortir du bois. Tout cela est vraiment ridicule. Je ne vois pas d'où l'on tire une leçon aussi univoque que ça des résultats. » Il souligne la réélection de l'écologiste Grégory Doucet à Lyon, bénéficiant du soutien du PS comme de LFI, ou celle de Johanna Rolland à Nantes après une fusion avec LFI.

Johanna Rolland a lancé dimanche soir : « J'assume, je ne regrette pas le choix qui a été le mien. » Le fauriste cible lourdement François Hollande : « À quel moment a-t-il rendu service aux candidats socialistes ? Il ne va pas nous faire croire qu'en partant sans les Insoumis on aurait gagné à Brest. On peut toujours raconter une histoire pour tenter d'attaquer Faure mais il n'est pas en position de faiblesse. » Les partisans de la direction du PS pointeront aussi la défaite d'Hélène Geoffroy, maire sortante de Vaulx-en-Velin, figure de l'opposition à Faure.

Analyse et perspectives tendues

Les socialistes sont replongés dans leurs éternelles querelles intestines. Brice Soccol, politologue, analyse : « Ces élections municipales soulignent la division du PS. Ce qui s'est passé dimanche soir s'inscrit dans la foulée de ce qui avait débuté avec la Nupes : le PS est divisé en deux. » Entre les murs de la vieille maison, l'après-municipales risque d'être encore plus tendu que le scrutin lui-même. Un baron anti-fauriste se prend à rêver : « Les prochaines 48 heures vont être décisives. » La route des roses vers 2027 se couvre un peu plus d'épines, avec des tensions exacerbées et des appels répétés à une clarification interne.