Budget à Monaco : la brouille entre élus et gouvernement persiste
Budget à Monaco : brouille entre élus et gouvernement

La séance publique consacrée à l'examen du budget rectificatif 2026 a été interrompue mercredi soir à Monaco sur décision du président du Conseil national, Thomas Brezzo. Ce dernier déplore « l'inflexibilité » du gouvernement pour échanger. Dès jeudi matin, une partie des élus ont échangé avec la presse pour expliquer leur décision, tandis que le ministre d'État, Christophe Mirmand, relativise la portée de cet incident.

Une interruption de séance assumée par le président du Conseil national

« Le plus important pour nous c'est de voter ce budget, notre volonté n'est pas d'aller vers une crise institutionnelle », a insisté Thomas Brezzo devant la presse jeudi matin. La décision de reporter l'étude du texte a été prise après la consultation de son vice-président lors de la suspension de séance, et « à l'unanimité » du groupe majoritaire. Le rapport de la commission des Finances était « assez équilibré, marquant nos insatisfactions sur plusieurs points, notamment un immobilisme assez chronique dans tous les domaines de l'action publique », a-t-il rembobiné. Les élus espéraient que le ministre d'État avancerait sur certains dossiers, mais ont été déçus par « le ton condescendant employé, l'inflexibilité totale sur tous les sujets, le manque de considération pour l'assemblée ».

Le ministre d'État minimise la portée de l'incident

De son côté, Christophe Mirmand ne voit pas « une marque de défiance » dans cette interruption de séance. Après un déjeuner avec Thomas Brezzo jeudi, il a déclaré : « Quelle que soit la tonalité de nos échanges, cela ne nous empêche pas de continuer à travailler de la façon la plus confiante possible. Parfois nous ne sommes pas au rendez-vous de certains engagements. Parfois certaines critiques doivent être aussi relativisées. » Pour lui, le budget rectificatif est « un budget d'ajustement » pour équilibrer dépenses et recettes, et non un budget « qui traduit un geste politique ». Le décalage de son étude ne devrait pas perturber les finances de l'État.

Le ministre d'État a qualifié cette querelle de « forme de jeu de rôle » et a assuré : « Je veux naturellement rassurer les élus du plus profond respect du gouvernement vis-à-vis d'eux. Il n'y a ni désinvolture, ni mépris, cela fait partie de la vie de nos institutions. »

Le vice-président du Conseil national dénonce une « dérive autoritaire »

Jean-Louis Grinda, vice-président du Conseil national, a exprimé son scepticisme quant au climat de confiance, dénonçant « une dérive autoritaire de l'État. Fermer à double tour les portes sur tous les sujets, ce n'est pas acceptable. » Il a invité le gouvernement à « reprendre ses esprits », rappelant que la semaine passée, des propos sur la démocratie et l'État de droit avaient été tenus devant le Conseil de l'Europe à Strasbourg.

Logement et priorité nationale : les points de friction

Les débats sur le budget rectificatif doivent reprendre la semaine prochaine, à condition que le gouvernement fasse des propositions sur deux sujets prioritaires : la priorité nationale et le logement. Thomas Brezzo réclame des « avancées concrètes », notamment la mise en place d'une commission pour garantir la priorité nationale. Le ministre d'État n'entend pas créer cette commission, qui pourrait « créer une confusion dans les responsabilités », mais propose de donner l'assurance que le gouvernement applique la priorité nationale en tant qu'employeur.

Sur le logement, les élus demandent 100 logements de plus par an pour éviter la pénurie, alors que le rythme actuel est de 40. « On ne lâchera pas », a martelé Thomas Brezzo. Christophe Mirmand a rappelé que « le logement est la première politique de l'État », assumant le « trou d'air » de 2026 et 2027 en raison de chantiers complexes, mais avançant que la rénovation d'appartements existants permettra de poursuivre le Plan jusqu'à la livraison de la première tour du Bel Air en janvier 2028.

Les élus d'En Avant Monaco, deuxième groupe politique, ont précisé qu'ils n'ont pas apprécié « la manière de faire » de reporter l'étude du budget. « Cette démarche nous a privés de la possibilité de débattre de l'essentiel des problèmes de la population », a estimé Régis Bergonzi, président du mouvement.