Le budget 2027 cristallise les tensions. Que va-t-il devenir ? Analyse avec Benjamin Morel, politologue constitutionnaliste, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.
Un budget de rigueur sans grande ambition
« C’est un budget qui tente essentiellement de donner des gages en termes de rigueur, il rabote beaucoup plus qu’il ne développe des stratégies globales », explique Benjamin Morel. L’absence de majorité et la nécessité d’élire rapidement un nouveau Président, qui voudra poser sa marque sur l’exercice budgétaire, expliquent ce manque d’ambition.
Les scénarios possibles : 49.3, lois spéciales, ordonnances
Le premier scénario envisageable est que le budget soit adopté par une majorité, « c’est très improbable, mais au moins par le 49.3 ». Cela implique que soit le PS, soit le RN s’abstienne. Les socialistes semblent peu enclins à cette option, vu leurs réactions et leur situation de primaire interne. Le RN pourrait, lui, avoir intérêt à ne pas faire tomber le gouvernement, d’abord parce que si Marine Le Pen arrive au pouvoir, il est confortable d’avoir un budget. Ensuite, cela permettrait au RN de se montrer raisonnable et de faire fructifier sa stratégie de normalisation. Mais son électorat est « chauffé à blanc par la crise sociale », donc il ne faut pas lui donner le sentiment de le trahir.
Si le RN et le PS n’ont pas intérêt à faire au gouvernement le cadeau d’un budget, si le gouvernement tombe sur son budget avec un 49.3, c'est « le scénario des enfers » : il n’y a ni budget, ni gouvernement. Autre option : aller au moins temporairement vers des lois spéciales. Politiquement, c’est désastreux, économiquement tout autant. Enfin, la piste des ordonnances est attendue par beaucoup. Elle a un avantage politique : le gouvernement conserverait son budget initial et dirait aux marchés qu’il n’a fait aucune concession. L’opposition pourrait expliquer qu’elle a gardé les mains pures, sans pactiser avec le gouvernement. Mais pour être crédible, il faudra probablement qu’elle censure. « Donc vous aurez un budget, mais pas de gouvernement. Dans la situation actuelle, il vaut mieux cela que l’inverse », note Benjamin Morel.
Cependant, Sébastien Lecornu a envie de sauver sa tête. Et il n’est pas sûr que ce scénario soit bien reçu par les marchés financiers, car cela montrerait que le pays est encore plus instable qu’on ne le pensait. Ce n’est donc pas non plus la panacée.
En cas de censure, quelle perspective avant la présidentielle ?
Si le gouvernement est censuré, plusieurs options s’offrent. Soit on maintient le gouvernement pour expédier les affaires courantes, comme cela a été fait pour les Jeux Olympiques. Soit on renomme Sébastien Lecornu. Soit, ce qui serait politiquement moins piégeux, nommer un nouveau Premier ministre sans grands projets, comme à la fin du mandat Hollande, quand Valls s’en va pour faire campagne et que Cazeneuve est nommé à Matignon. Il ne mène pas de politique de grand style, mais il tient l’État le temps des élections.